Ton shift de soir

woman angry cooking

Tu travailles fort toute la journée et tu ne rêves que d’une seule chose, un bon bain chaud dans lequel tu pourrais commencer le roman que tu as reçu pour Noël il y a quatre ans, exactement la même année que tu es devenue mère. Mais j’ai des p’tites nouvelles pour toi, fille. Au moment où ta progéniture t’est sortie du corps, tu as hérité d’une job 24/7 qui rend cette activité pratiquement impossible pour un bon bout de temps. Pourquoi, que tu te demandes? Tout simplement parce qu’à c’t’heure, tu roules sur trois shift, ma grande.

Après ta journée de dur labeur, tu vas chercher tes charmants enfants à leur service de garde respectif, ce qui implique pour toi de jouer à embarque-débarque de ton char, pis à strapper tes enfants dans leur siège d’auto une couple de fois avant de finalement arriver chez vous les bras remplis de superbes dessins produits à la chaîne durant la journée par tes enfants et qui méritent invariablement tous un regard enthousiaste et une approbation élogieuse de ta part.

Ensuite,  après avoir ramassé tout l’attirail de vêtements d’extérieur gentiment déposés au sol par lesdits enfants,  tu te lances dans une course folle contre la montre afin d’essayer de préparer un souper nutritif et varié à ta marmaille même si ta tête et ton corps épuisés te supplient de sacrer une boîte de Kraft Dinner dans une casserole. Mais aux prises avec une culpabilité grandissante, tu sors le couteau pis les brocolis pendant que tu plogues tes enfants devant la télé.

Après une séance de négociation avec ta marmaille, aussi appelée repas en famille, arrive l’heure du bain, moment de prédilection infantile pour inonder ta salle de bain. Mais tu restes zen puisque ce moment est suivi de l’heure du coucher et tu te vois déjà, relaxant bien tranquille dans ton divan lorsque tes enfants se seront couchés sans négociation et endormis aussitôt (not).

Hallelujah!! Quinze minutes plus tard, tu sors de leurs chambre après une histoire, deux verres d’eau parce que j’ai-si-soif-que-je-vais-mourir-de-déshydratation, un dernier pipi, un check-up de monstre en dessous du lit et dans la garde-robe et mille bisous, pis tu te fermes les yeux en te félicitant d’avoir survécu.

Pis là, tu les rouvres à nouveau tes beaux grands yeux, pis tu constates que ta salle de bain ressemble à une zone de guerre tout comme ta cuisine, que la pile de vaisselle sur le comptoir est si haute que tu penses à appeler le livre des records Guinness, que les maudites boîtes à lunch ne sont pas prêtes,  que le panier de linge sale est aussi plein que celui de linge propre, que la pile de comptes qui trône sur le comptoir n’est toujours pas payée et que toute la paperasse qui l’accompagne n’est pas classée.

 Tu te dis que tu vas finalement prêter ton roman à ton amie célibataire. Comme ça elle, elle va avoir le temps de le lire et tu auras peut-être une chance de connaître l’histoire par la bande.

Lâche pas la patate la Grande, encore une quinzaine d’années et tu devrais pouvoir te remettre à la lecture !

Karine Desautels
KARINE DESAUTELS

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