À toi, le bébé que je n’aurai pas

woman with newborn

Mon p’tit loup,

Je sais que je te veux, que je t’espère et que je t’aimerais de tout mon cœur. Je sais que je serais une bonne maman pour toi aussi et que tu serais aimé à la folie par tes deux sœurs. Je sais que tu aurais un papa formidable qui prendrait soin de toi et qui te borderait sans condition.

Je sais que je chérirais ce beau ventre arrondi, que pour une des seules fois de ma vie, je serais heureuse de prendre du poids et que j’accepterais avec le sourire ces multiples nausées. Je sais que j’accepterais et que je me résoudrais à avoir une troisième césarienne. Je sais aussi que je serais assez forte pour passer par-dessus les commentaires négatifs parce que je ne t’allaiterais pas.

Je sais que ce serait le retour des courtes nuits et des multiples biberons. Les couches à changer ainsi que les dizaines de pyjamas à laver à tous les jours. Je sais que les coliques feraient partie de notre vie et que le mouche-bébé redeviendrait notre meilleur ami. Je sais aussi que je serais encore plus hypocondriaque et que la vue de ton petit nez qui coule me ferait sûrement disjoncter parce que je penserais que tu serais atteint d’une grave maladie… je me connais !

Je sais que tu me sourirais lorsque tu apercevrais mon visage parmi les étrangers. Je sais que tu me tendrais les bras pour que je te couvre de câlins et de baisers.  Je ne pourrais m’empêcher de compter tes petits orteils et bécoter tes petits pieds. Je sais aussi que le cœur me lèverait lorsque je soupçonnerais un débordement verdâtre vers le haut de ta couche et que je m’arracherais les cheveux de sur la tête lorsque j’aurais à dealer avec ta tête de cochon.

Je sais que tes petits gazouillis me feraient sourire le matin et que je passerais de longues minutes à te regarder dormir et sourire aux anges en plein milieu de la nuit. Je sais aussi que des fois je m’enfermerais dans la salle de bain pour avoir quelques minutes de tranquillité et je sais que je demanderais probablement à ton papa de rester avec toi afin de pouvoir prendre l’air et ventiler.

Je sais tout cela, mais je sais aussi que des fois, je voudrais penser un peu plus à moi. Je voudrais avoir du temps avec ton papa. Pouvoir se retrouver comme lorsqu’on avait vingt ans. Je voudrais redevenir une femme, un peu. J’adore être une maman, mais pour être la meilleure, je dois aussi penser à moi. Tu me trouveras peut-être égoïste et sans cœur, mais j’ai peur de me perdre. J’ai peur de ne pas être à la hauteur. Trois enfants. J’ai toujours pensé qu’avant d’être une maman, j’étais une femme et une amoureuse.

J’ai peur d’entrer dans un tourbillon de routine à la va-vite et de ressortir de cette tempête à soixante ans avec le sentiment que mes rêves n’ont pas été réalisés parce que j’ai tout simplement mis la femme que j’étais de côté. J’ai peur de me réveiller avec un inconnu près de moi parce que la vie de famille m’aura éloignée de lui. J’ai peur de me faire reprocher par tes sœurs de ne pas avoir passé assez de temps avec chacune d’entre elles. J’ai peur de ne pas faire ce qu’il faut pour que toute ma famille soit heureuse. J’ai peur de ne pas vous aimer assez malgré la petite voix qui me dit que mes peurs sont normales et vécues par toutes les mamans.

Maintenant, je dois faire un choix. Ton papa est dans la même situation que moi. Le désir profond de t’aimer est bien présent pour nous deux, mais le désir de prendre soin de notre famille déjà présente est aussi très grand. Il y a de ces matins où je me dis que je suis chanceuse de connaître le bonheur de vivre au quotidien avec tes soeurs. Il y a également de ces matins où la période du terrible two de la petite et la préadolescence précoce de la plus vieille jouent sur ma patience et sur mon envie d’avoir à ramasser ton régurgit en plus de tout ça.

Mais lorsque tes deux sœurs jouent ensemble et rient de bon cœur, je me ferme les yeux et j’entends ton petit rire se mêler aux leurs. Mon cœur se gonfle de joie juste à l’idée de te prendre pour la première fois dans mes bras.

Ma décision n’est pas encore prise. Nous ne sommes pas encore prêts. Sache que si tu vois le jour, je vais t’aimer de toutes mes forces. Ton papa et moi serons toujours là pour toi.

Et si tu demeures à tout jamais un désir, sache que tu auras été le plus beau désir que j’aurai eu de toute ma vie, mon p’tit loup.

Mélissa Boulanger
MÉLISSA BOULANGER

7 thoughts on “À toi, le bébé que je n’aurai pas

  1. Hemilie Répondre

    Go ! Fonce , visiblement tu as le désir et c’est suffisant le reste suivra , j’en n’ai 3 et je suis dans la même position que toi pour le quatrième .
    Mes parents on eu 5 enfants , ils n’avait pas beaucoup de temps pour chacun d’entre nous mais nous les remercions tous de nous avoir donner autant de frère et sœurs . Nous sommes une grande famille unis . L’important c’est de ne pas négliger ton couple qui est la base de votre famille et tout ira bien . 2 ou 3 a faire garder sa change rien 😉👌🏼merci pour ton beau texte

  2. joanie Répondre

    Wowwwww … wowwww … et rewowwww !!!

    Je le relis, relis et relis, puis ca me.fais du bien! Tu as su mettre des mots sur mes idées mes émotions ! Merci de m’avoir aider à tranquillement … tourner la page !

  3. Joa Répondre

    Merci pour ce beau texte. Il y a 2 ans pile, on se posait la même question, on avait les mêmes incertidudes, puis on a dit oui. Notre 3e a aujourd’hui 16 mois. Il est bcp plus difficile que les 2 premiers et la 1ère années a été rock en roll en s’il-vous-plait. On s’est régulièrement demandé durant cette année la pourquoi on s’s’était embarqué là-dedans, ça allait si bien avec deux….. ton texte est la réponse à notre « pourquoi? » Et quand je les regarde s’amuser et se courir après je n’ai plus aucun doute d’avoir pris la bonne décision.

  4. Vio la vilaine Répondre

    Alors ça, c’est un putain de beau billet.
    (Insérez ici vraies larmes chaudes.)

  5. Cécile Répondre

    Magnifique! Les larmes roulent encore sur mes joues…

  6. Annie Répondre

    Félicitation pour ce beau texte. Il y a plus d’un an, je me suis trouvé dans cette même situation de questionnement. Je voulais tellement avoir une fille, c’était profondément ancré en moi….J’ai eu la chance d’avoir ma petite fille. 😀 Aujourd’hui, elle a 9 mois et ses frères ont 4 et 7 ans. Je me trouve chanceuse d’avoir mon conjoint car ce n’est pas toujours facile…Pas facile de recommencer pour une troisième fois les lever la nuit, l’allaitement, avoir un petit être dépendant de nous et de partager notre temps entre 3 enfants. Mon conjoint et moi on s’épaule, on s’oublie, on s’aime et on se pogne parfois!(la fatigue mène à l’irritabilité oui oui) Toutefois, je suis contente d’avoir cette belle famille et c’est une belle richesse pour plus tard. À long terme, on peut regretter un enfant que l’on a pas eu mais on ne peut pas regretter un enfant qui est là….

  7. Maité Répondre

    C’est tellement ça !!!! Cette foutue horloge qui tourne et te retourne les boyaux chaque fois que tu rencontres une poussette avec un bebe tout neuf…. et puis y n’a parfois la nature qui n’est pas d’accord avec toi et qui refuse que les choses se passent comme tu le souhaites… alors Merci. Merci d’avoir parler de ce sentiments si profond.

    Merci ….

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