La fois où tu as frappé un mur

woman burnout sit on the floor

Non, je ne te parle pas du mur du trente-cinquième kilomètre du marathon. Tu ne penses pas que tu parviendrais à cette étape-là. Tu y penses, des fois. Mais tu fais juste y penser.

Moi, je te parle du mur qui te cloue au lit pendant des semaines, parfois même des mois. Celui dont tu ne soupçonnais pas l’existence parce que tu te prenais pour une superwoman qui fait tout et que rien n’arrête. C’est comme si on te parlait du Bonhomme Sept Heures; tout le monde en parle, mais personne ne l’a jamais vu.

Ben oui, toi, la hot mommy. De la marmaille en masse, tu veux une nouvelle maison, des fois tu retournes à l’école, tu choisis une carrière prenante. Ben oui, tu t’en sens capable, tu fais tout en même temps. Tu veux être en forme, te sentir valorisée. Tu veux être la maman, l’amoureuse, la femme de carrière. Tu penses que tu seras plus heureuse en ayant tout en même temps. En faisant tout parfaitement.

Mais il y a cette petite voix à l’intérieur qui semble te dire que tu en fais trop. Puis tranquillement, tout au long de l’année, tu reçois des signes. Sournoisement, ton esprit s’agite et s’emballe pour des riens. Mais comme tu ne connais pas ce langage des signes, tu ne les vois pas, les signaux de fumée. Parfois, même, tu ne veux pas les voir.

Tu commences à perdre du poids, t’es fière, tu te pavanes, tu te trouves belle. Tu attrapes toutes les maladies que la marmaille rapporte de la garderie. Voyons ça arrive, c’est normal, tes enfants sont jeunes que tu te dis. C’est de la malchance, que tu penses.

Ton corps te parle si fort mais toi, tu avances, tu persistes, tu tentes  de performer coûte que coûte dans toutes les sphères de ta vie.

Tous les jours, la vaisselle est faite, les lunchs du lendemain sont prêts et tu start trois ou quatre brassées de foncé. Tu te rends disponible pour ton homme que t’aimes tant et que tu voudrais rendre heureux. Tu t’oublies. C’est facile tout ça.

Puis, tu n’en peux plus. Tu craques. Difficile de l’avouer, de le dire à voix haute. Un bon matin, tu ne te lèves pas. Ton corps ne t’obéit pas. Tu prends congé, tu call malade en te disant c’est vendredi, que lundi, ce sera réglé. Mais non, ma belle, parce que le mur, il était là, ancré solidement devant toi comme la muraille de Chine.

Le lundi suivant, c’est pire. Tu es complètement KO. Un raz de marée t’a engloutie. Tu n’es pas malade. Tu n’as pas de maladie grave. T’es juste trop fatiguée et tu continues de refuser de le croire.

Puis les jours se succèdent et se ressemblent. C’est long, c’est dur, t’en brailles une shot, tu veux vendre tes enfants à rabais, déménager dans un 1 ½ pour te rouler en boule et pleurer et dormir, surtout dormir à l’infini, c’est tout ce que tu voudrais. Tu penses même à te séparer. C’est forcément la faute de l’autre. S’il t’avait aidée plus. Mais lui as-tu laissé la chance de le faire ? Mais l’as-tu laissé prendre sa place à sa façon ?

Tu dois maintenant détruire le mur qui t’a frappé. C’est tellement long. Tellement pénible. Il te faudra cheminer, te questionner, réajuster ta vie, te réapproprier ton corps, reprendre le contrôle, découvrir où tu t’es laissé emporter par la vague.

Puis tu réaliseras tôt ou tard que tu t’étais complètement oubliée pour une vie parfaite qui n’existe pas. Et là, le soleil pourra se lever pour de bon et le mur pourra être réduit à néant.

Julie Faguy
JULIE FAGUY

2 thoughts on “La fois où tu as frappé un mur

  1. Caro Répondre

    Merci mille fois! Ce texte, c’est mot pour mot ce que je vie depuis près de 1 an déjà. Tranquillement, je remonte la pente mais c’est tellement difficile! Mais de savoir que ça n’arrive pas juste à moi, ça me redonne espoir 🙂.
    Je continue de lire les différents posts sur votre site et vous me faites un bien énorme!
    Merci encore !!!

  2. Genevieve Répondre

    Trop beau ce texte
    Je le metterais sur un cadre
    Devant ma porte de chambre
    Me rappeller de penser a moi chaque jour
    Xxx

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