Ton retour sur ton 36

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Avant de devenir maman, t’étais peut-être pas une « vraie poule » comme on dit, mais t’en passais du temps sur les détails de ta petite face pis de ta petite robe noire de soirée de filles. Mais depuis que t’es maintenant post-poule, il se peut que tu manques cruellement de loyauté envers tout ce flafla qui te paraissait pourtant nécessaire. Appelons un chat, un chat. Il y a une ère au complet de tendances qui t’as fait un show de boucane dans face pis tu ne vois plus rien.

Quand ça fait cinq ans que tu n’as pas acheté une revue de mode, il se peut qu’en déambulant dans le centre-ville, tu deviennes celle qui est assez out pour penser que tout le monde est mal accoutré. Visualise maintenant ça comme un hologramme en tournant ta tête un peu de côté. Le vois-tu, le deuxième degré dans le outfit qui fait que finalement, c’est beau? Si tu n’y arrives pas encore, syntonise n’importe quel talk show et admire un peu, mettons, Marie-Pier Morin. Là, de la même manière que l’image 3D cachée dans le poster d’une image de télévision qui griche te demandant d’avoir un œil qui regarde vers Charlevoix pis l’autre vers Gatineau, ça va te popper bien net. Eh bien ciboire, c’est beau! La petite fashionista en toi vient de se réveiller d’un long sommeil, voire même d’une mort cérébrale.

Il se peut aussi que tu possèdes encore une poche de maquillage bien garnie. Pas de trouble! Mais attends un peu, ma belle. Si ton eyeliner date du soir où tu prévoyais aller te chercher un autographe de Varda à Bouge de là, ça ne compte pas chérie. Pis ton mascara, t’as beau dire qu’il fait encore très bien l’affaire mais on le sait toutes : la semaine passée encore, tu y as trouvé un fossile de griffe de vélociraptor que t’as vendu trois-cent-cinquante sur eBay pour aller acheter le kit d’hiver le plus cher à ton dernier grâce à cette généreuse cagnotte. Pis si jamais je te pogne avec un contour à lèvres brun pour matcher avec un rouge à lèvres argenté, je te donne une médaille de vétéran de la guerre en te chantant Call the Mr Vain.

Ah, pis tes sourcils! Je les oubliais. Comment oublier quelque chose d’aussi… présent. Avant, t’étais capable de les extirper directement de ta deuxième couche de peau, alors qu’ils étaient encore dans un bulbe pilaire. Aucun poil de sourcil n’osait poindre de manière hirsute sans se faire extirper violemment au son d’une toune de Kiss en te préparant pour une sortie avec un rhum-and-coke-trop-fort. Pourtant, cette semaine encore, tu as bien vu dans le rétroviseur, en faisant ton parallèle, ce mono-sourcil qui t’a fait douter que nous étions bien au vingt-et-unième siècle et non dans l’Holocène, période reconnue pour l’extinction de grands mammifères tels que le mammouth laineux.

Mais tout cela n’est tellement pas grave. T’as encore un peu de boucane dans les yeux mais ça te revient. Tu vas choisir entre ce qui est maintenant important pour ton estime de toi, et ce qui ne l’est plus. Tu vas t’ajuster, comme dans n’importe quoi. En autant que toi, tu sois bien dans ta peau.

Oui, c’est quétaine. Je le sais. Mais ton contour à lèvres brun aussi et je t’aime de même pareil, p’tite mère.

Annie Richard
ANNIE RICHARD

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