Une lettre de l’éducatrice de ton enfant

enfant garderie xylophone

Tu l’as porté, il est la chair de ta chair, il est précieux, ce petit être. Tu lui as donné la vie, tu l’as nourri, cajolé, bercé, baigné, soigné, passé des nuits blanches juste à le regarder dormir et à l’écouter respirer. C’est devenu instantanément la personne la plus importante à tes yeux. Tu n’as jamais autant aimé.

Puis est venu ce matin où tu as dû le laisser à une inconnue. Tu as quitté en pleurant en silence dans ta voiture, je t’ai vue. J’ai ressenti la peine qui emplissait ton coeur, la boule dans ta gorge qui t’empêchait de respirer. Je t’ai assuré que tout irait bien, même s’il pleurait et tendait les bras vers toi. Au fond de toi, tu étais terrifiée. Terrifiée à l’idée que je ne puisse le consoler, qu’il se blesse, qu’il s’étouffe, qu’il pleure à s’époumoner sans que tu puisses le serrer dans tes bras. Je te comprends. Je sais l’inquiétude que ça t’inflige. Je suis une maman aussi.

Ton bébé, je l’aime. Ce n’est pas le même amour que je porte à mes propres enfants, c’est certain, mais je l’aime profondément. Je ne laisserai jamais du mal lui arriver. Je le protègerai. Je lui donnerai tout ce dont il a besoin, comme je le ferais pour mes enfants. Je vais le nourrir, le cajoler, le bercer, le soigner, l’amuser et je l’éduquerai du mieux que je peux. Pendant ces 50 heures hebdomadaires, je deviendrai la maman par intérim, pendant que tu iras gagner ton pain afin que ton amour ne manque de rien. Je sais que tu préfèrerais rester à la maison avec lui. Que personne au monde n’est mieux placée que toi pour s’en occuper, mais tu peux aller travailler l’esprit en paix, je veille sur lui.

Ton bébé, il s’habitue rapidement à sa nouvelle petite vie de groupe. Il aime ses amis, qui s’occupent déjà de lui en lui donnant ses jouets préférés, en faisant semblant de tomber par terre juste pour le voir éclater de rire, en lui caressant les cheveux quand ils passent à côté de lui. C’est beau à voir!

Ça lui arrive de pleurer le matin quand tu passes la porte. Qu’il ne veut pas que tu le quittes. Tu lui manques aussi. Je sais que je ne suis pas sa maman et que quand il pleure sans raison apparente, je sais que ce sont tes bras et ton odeur qu’il veut. Ces jours-là, il est plus content de te retrouver le soir venu.

Les soirs où tu te dépêches de venir le chercher car il te manque, ça se peut que lui ne veuille pas partir. Qu’il veuille continuer de jouer ou ne pas quitter mes bras, et je sais bien que ça te fait de la peine. Mais dis-toi que c’est beaucoup mieux ainsi que de le voir me fuir et vouloir partir à tout prix. Ça prouve qu’il est bien chez moi, qu’il s’y sent à sa place.

Aie confiance en moi. Je ne suis peut-être pas allée à l’école pour être éducatrice mais j’ai laissé tomber mon métier pour prendre soin de ton enfant et lui offrir une deuxième maison quand tu dois aller travailler. Le courage dont tu as fais preuve en me laissant ton plus précieux trésor pour la première fois, moi je ne l’ai jamais eu. Chapeau à toi maman et sache que je prendrai toujours soin de ton enfant comme je voudrais qu’on prenne soin du mien.

Chaque matin pendant les quatre prochaines années, j’aurai le plaisir de vous accueillir chez moi les bras ouverts. Je profiterai de chaque moment avec lui. Jusqu’à ce qu’il ait assez grandi pour faire son petit bout de chemin vers l’école. À ce moment, ça sera à mon tour de pleurer et d’avoir une boule dans la gorge. La différence, c’est que je ne le retrouverai pas le soir venu, mais je le garderai toujours dans mon coeur.

Nadine Nantel
NADINE NANTEL

3 thoughts on “Une lettre de l’éducatrice de ton enfant

  1. Marie-France Lehoux Répondre

    Telllllllllement ça! Prendre soin des enfants des autres, parfois ceux d’amis, de connaissances mais souvent ceux d’étrangers qui sont venus visiter ta maison, voir ta famille et qui t’ont choisie après que tu aies vidé tes poumons et ton sac à expliquer pourquoi chez toi serait la meilleure garderie pour la prunelle de leurs yeux. Pour certaines l’important c’est de combler les places, une place vide ça rapporte rien. Pour d’autres c’est de trouver cet enfant qui deviendra un « membre honorifique  » de ta famille, un ami pour ton enfant. Trouver une famille avec qui il y a des atomes crochus ainsi que des valeurs en commun et que tu apprends à connaître au fil des jours. J’ai la chance d’avoir 5 de ces petits mousses chez-moi pour jouer et apprendre avec Minie ( 18 mois) et je les adore ( de même que leurs familles 😉)

  2. Johanne Jalbert Répondre

    Quel beau texte… très ressentit…wow…Bravo Nadine!

  3. Lysanne Forget Répondre

    Une lettre de l’éducatrice de ton enfant

    Aie confiance en moi. Je ne suis peut-être pas allée à l’école pour être éducatrice…

    Il faut faire une différence entre la maman et celle qui est allée à l’école. Il s’avère que des mamans pleines de bonnes intentions n’ont malheureusement pas tout ce qu’il faut pour s’autoproclamer éducatrice. J’ai l’occasion de côtoyer des mamans des deux groupes et de pouvoir émettre cette opinion.
    Maman de 6 enfants qui aurait aimé avoir étudié afin de connaître plus sur l’enfant. Ils sont tous devenus de bien beaux adultes mais disons-le, j’aurais sûrement été moins essoufflée de connaître plus. Ils ne viennent pas avec le mode d’emploi comme on dit mais, voilà le pourquoi de ces études.
    Voilà !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *