Prématurité

bébé prématuré

C’est arrivé plus vite que tu le pensais et pas de la façon dont tu te l’étais imaginé.

Peut-être que tu as perdu les eaux? Peut-être que ton travail s’est déclenché plus vite que prévu? Que le docteur t’a annoncé que ton bébé avait un retard de croissance ou, pire scénario, peut-être qu’on t’a annoncé que tu souffrais d’une pré-éclampsie.

Le soi-disant accouchement de rêve que tu berçais depuis des mois s’est vite transformé en cauchemar.

Ce jour-là, ta grossesse s’est achevée et tu n’étais pas prête. Pas totalement.

La culpabilité t’a envahie – il ne fallait pas. Tu as pensé à toutes ces mères autour de toi et dans ton entourage qui ont mené leur grossesse à terme. Mais pas toi.

Sur l’unité post-partum, il n’y avait que toi, seule, sans son bébé. Tu regardais les couples quitter l’hôpital heureux avec leur nouveau-né. Fleurs, peluches et ballons à la main alors que toi tu n’avais pas eu la possibilité de le voir. Ton état de santé ne le permettait pas, pas à ce moment-là et lors de l’accouchement, le personnel médical est parti avec ton enfant sans que tu puisses le voir, le toucher.

Tu es restée seule.

Ça t’a blessée. Ça a blessé ton âme de maman.

Puis, enfin, tu l’as vu. Ton bébé. Enfin.

Ce n’était pas comme tu l’avais imaginé. Encore une fois. Il était pas rose et dodu comme celui de ton amie.

Non.

Il ne pesait que neuf-cent-quarante grammes et mesurait à peine trente centimètres. Tout juste deux livres.

Il était intubé, connecté à des solutés, un moniteur cardiaque et avec un saturomètre.

Ton tout petit était placé dans un incubateur chauffé luttant pour sa vie.

Tu étais là, devant l’incubateur, telle une spectatrice. Pas question de le prendre. Tu avais trop peur de lui faire mal, de débrancher quelque chose.

C’était déchirant.

La première fois que le moniteur cardiaque s’est mis à sonner, que les chiffres sont devenus rouges et que tu as vu l’infirmière de ton bébé courir vers l’incubateur, ton coeur s’est arrêté.

Tu venais de vivre la première bradycardie-désaturation.

Le coeur de ton bébé avait ralenti de rythme et son taux d’oxygène dans le sang avait baissé. Il avait perdu toute couleur.

L’infirmière l’a secoué, légèrement, et l’a caressé pour le stimuler afin qu’il remonte par lui-même.

Ce jour-là, c’est arrivé six fois. Chaque fois, tu es restée là, impuissante.

Le néonatologiste a prescrit de la caféine. Oui, oui de la caféine. À ton bébé.

Les premiers jours ont défilé rapidement pendant que tu restais à son chevet. Les spécialistes allant et venant pour des examens.

Infirmières, inhalothérapeutes, néonatologistes, techniciens en radiologie, médecins spécialistes.

On t’a beaucoup parlé et tu as essayé de comprendre tous ces termes médicaux.

Ce n’était pas facile. Mais tu t’accrochais.

Les soixante-douze premières heures étaient les plus critiques. C’est ce qu’on t’a dit.

Tu voulais allaiter. On t’a présenté un tire-lait. Tu devais tirer ton lait jusqu’à ce que ton bébé puisse prendre ton sein.

Puis finalement, c’est arrivé. Ce que tu n’attendais pas. Tu as eu ton congé de l’hôpital. Mais pas ton bébé.

Non.

Lui, ne pouvait pas sortir avant la date prévue de ton accouchement. Il lui restait six, huit voire dix semaines à l’hôpital.

Une hospitalisation qui n’a pas été de tout repos. Tu as du prendre un jour à la fois. Une heure à la fois.

Tu as passé tes journées et tes nuits à l’hôpital.

Tu as énormément appris durant ces semaines. Tu en as traversé des épreuves, des émotions. Tu as craint de ne plus voir la lumière au bout du tunnel.

Mais une chose est sûre, après la pluie vient le beau temps.

Et ce petit être, si fort et si combattant, voit maintenant la lumière du soleil.

C’est ton bébé.

GABRIELLE LEFEBVRE

La Collaboratrice Spotanée
LA COLLABORATRICE SPONTANÉE

2 thoughts on “Prématurité

  1. Isabelle Beaudoin Répondre

    Ouffff. .. née à 27 semaines, développé comme un 23 et pesant 590g… de vrai battant par contre c’est loin d’être terminé à la sortie de l’hôpital… très beau texte

  2. karo Répondre

    Née à 26 semaines. Maintenant 7 ans mais tellement le même parcours. Elle s’en ai quand même bien sortie, mon couple non.
    Mais je dis merci à la vie (et à Ste Justine). Mon seul grand amour à survécu. Elle est devenue une belle jeune fille qui pourra accomplir tous ses rêves.
    Très beau texte!!

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