Je ne sais pas comment tu fais

femme visage proche

À toi, la maman d’un enfant souffrant d’une grave allergie alimentaire, je ne sais pas comment tu fais. À l’épicerie, tu lis toutes les étiquettes, à la recherche de présence, de présence possible, de traces possibles sachant que la moindre inattention de ta part pourrait mettre en danger l’être que tu chéris le plus au monde. Tu vis avec la crainte constante qu’il accepte le biscuit d’un ami dans la cour de récré malgré tes mises en garde. Tu scannes les tables basses dès que tu arrives dans un party de famille, à l’affût d’allergènes à portée de main de ton rejeton.

À toi, la maman de jumeaux, je ne sais pas comment tu fais. Tu as porté et mis au monde deux bébés, ce n’est pas une mince affaire. Tu vis et fais tout en double : les couches, les biberons, les poussées dentaires, les crises de bacon, les mille excuses pour ne pas aller se coucher. Toute activité te demande une préparation méticuleuse. Il arrive souvent qu’un des jumeaux pleure pendant que tu t’occupes de l’autre. Dans ce temps-là, tu ne peux rien y faire et ça te brise le cœur.

À toi, la maman qui manque de sommeil, je ne sais pas comment tu fais. Tu comptes sur les doigts de ta main les fois où tu as dormi plus de cinq heures en ligne au cours des trois dernières années. La nuit, tu passes le plus clair de ton temps à nourrir, bercer, réconforter, et parfois même divertir ta progéniture. Ça te prend tout ton petit change pour te lever le matin, ton désir le plus cher étant de te cacher sous la couette et de dormir un bon douze heures en ligne. Tu caches tes cernes sous une tonne de fond de teint, tu t’enfiles deux ou trois cafés le temps de préparer la marmaille et tu files au boulot. Dans l’auto, tu te prépares mentalement au 5 à 7 qui s’en vient et pour lequel tu doutes d’avoir l’énergie nécessaire. Et les journées s’enchaînent ainsi sans que tu puisses jamais te reposer.

À toi, la maman monoparentale, je ne sais pas comment tu fais. 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, c’est toi le parent responsable. Tu fais tout, tout le temps. Tu n’as pas de break, pas d’autre parent qui vient à ta rescousse à la fin d’une journée difficile. Quand la chair de ta chair est chez cet autre parent, tu peux souffler un peu, mais tu as l’impression que ton cœur est également en garde partagée, ces journées-là. Tu t’ennuies, tu t’inquiètes, alors tu ne fais qu’espérer le moment où vous serez enfin réunis.

À toi, la maman de trois enfants, je ne sais pas comment tu fais. Tu n’as pas une minute à toi. Le soir, tu aides ta grande à faire ses devoirs tout en préparant celle du milieu pour son cours de natation alors que ton mini est en train de se faire un masque beauté avec son yogourt. Et ça, c’est sans parler de la gestion quotidienne des brassées de lavage, du ménage, des repas, des lifts et des chicanes.

À toi, la maman qui lit ce texte. Il faut que je t’avoue …. Dans le fond, je le sais comment tu fais.

Tu fais de ton mieux. Peu importe ta situation. Tu te lèves le matin et tu donnes tout ce que tu as, jour après jour. Pour être la meilleure maman qui soit. Parce que personne d’autre ne le fera pour toi. De toute façon, personne ne le ferait mieux que toi.

Je sais, il y a des jours plus difficiles que d’autres. Des journées où tu n’as pas l’impression d’être à la hauteur. Quand on a le nez collé sur l’arbre, on en oublie parfois la forêt.

Ça fait que, ma belle, prends un peu de recul, prépare-toi un bon café chaud et admire ta forêt.

Parce que c’est la tienne. Qu’elle est belle. Et que personne d’autre que toi ne sait mieux la chérir au quotidien.

Marie-Ève Piché
MARIE-ÈVE PICHÉ

8 thoughts on “Je ne sais pas comment tu fais

  1. Mélina Répondre

    Mais c’est donc ben beau…. pis ça fait du bien au coeur de maman. Merci <3

    1. Marie-Eve Piché Répondre

      Ca fait plaisir 🙂

  2. Vio la vilaine Répondre

    J’ai cliqué sur un le lien de ton billet qu’une amie à moi a partagé sur le réseau social bleu. Je suis enfermée à double tour aux toilettes, quelques minutes pour souffler, en tête à tête avec mon rouleau de papier déchiqueté. Trois fois rien, quelques minutes de solitude relative avant d’ouvrir la porte et de retourner coucher ma presque grande, actuellement en train de sauter sur son lit en beuglant « Dans sa maison un grand soeur rOgardait par la fOnêtre », pour la quatrième fois. Quelques minutes avant d’aller changer la couche de mon moyen qui pleure tout seul dans son lit, partir en chasse du doudou farceur caché sous la commode, comme d’habitude. Et puis redescendre donner le sein à ma dernière en sirotant mon thé froid préparé à 15h. Si j’ai le temps. Quelques minutes de pas grand chose, où je me demande bien quelle mouche m’a piquée de planter une pareille forêt, moi qui n’ai pas la main verte (mais le coeur dessus).

    Merci pour ces mots Marie-Ève.

    1. Marie-Eve Piché Répondre

      Merci d’avoir pris ces quelques minutes de répit pour me lire, et bon courage pour la suite !

  3. Johanne Jalbert Répondre

    Wow quel beau texte et tellement vrai. Une chose est sûr c’est qu’un jour ils auront 20 ans et ils voleront de leurs propres ailes et toi tu pourras retrouver ce répit tant attendu. Bravo merci ma belle Marie-Eve. Dire que c’est toi qui m’a inspiré pour avoir un autre enfant car tu étais le bébé parfait. xoxox

    1. Marie-Eve Piché Répondre

      Merci ma belle Johanne 🙂

  4. La mère Répondre

    Assise dans les marches, je viens d’en shipper 3 à l’école. Il m’en reste juste 3 à préparer pour la prémat de la presque-grande.. pendant ce temps, épicerie avec les trop-ptites… merci du rappel. Des fois, dans le chaos de mon arbre, j’oublie de regarder pousser la forêt…
    sur ce, couches, dents, vetements, cheveux, et une ptite brassée avant de partir!!!

  5. Nicole Répondre

    Bravo beau message et oui toutes les mamans sont exceptionnelle 🙂

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