Ton tire-allaitement

tire-lait

Tu le sais, y’a rien de mieux pour ton bébé que de l’allaiter. Ça c’est un bout que t’as enregistré il y a belle lurette. Première étape de ton allaitement : CHECK! Tu réalises que t’as assez de lait pour subvenir aux besoins de ton bébé. Deuxième étape de ton allaitement : CHECK! Mais pour des raisons obscures, ton bébé ne veut juste rien savoir de se mettre ton bout de sein dans le gorgoton pour s’y abreuver – plusieurs raisons peuvent ici être en cause, mais ce n’est pas le cœur du sujet aujourd’hui!… Troisième étape de ton allaitement : BIG FAIL!

Écoute fille, t’as toute essayé. Les positions d’allaitement différentes, la téterelle, la seringue, le faire boire au cup ou à la cuillère, faire des heures de peau à peau et plus encore, mais y’a rien à faire, ça marche juste pas. Tu t’es donc retroussé les manches pis t’as décidé de tirer ton lait pour lui donner au biberon. C’est ce qu’on appelle du tire-allaitement. Tu t’es procuré un super bon tire-lait électrique pour t’assurer un certain confort pis maintenant tu te plogues là-dessus entre quatre et six fois par jour pour préparer les biberons de bébé. C’est pas mêlant, chaque fois que bébé boit, tu vas le changer, le rendors en le berçant quelques minutes puis une fois que t’as réussi à le déposer quelque part sans qu’il se remette à hurler, tu t’installes pour un bon vingt à trente minutes supplémentaires pour tirer le prochain boire.

Ensuite tu plonges tes doigts meurtris par trop d’heures passées sous l’eau chaude dans l’évier de cuisine rempli d’eau de vaisselle pour laver tout ton stock et le faire sécher pour la prochaine utilisation dans plus ou moins quatre heures. Rectification, ça fait désormais une bonne heure que bébé a fini son boire donc c’est dans trois heures que tu ressortiras ton attirail. C’est donc en soupirant que tu t’enduis les mains de crème hydratante en espérant soulager un peu les gerçures et craquelures qui parsèment tes doigts puis tu t’enlignes pour continuer ta routine.

Une fois de temps en temps, t’es à boutte. Mais vraiment à boutte. Alors tu prends ton p’tit, tes biberons, ton tire-lait manuel (t’sais celui de poche) pis tu te rends dans un organisme communautaire de ta région pour rencontrer une spécialiste en allaitement. Elle te donne des trucs, vous essayez comme vous pouvez de remettre bébé au sein allez-petit-bout-de-chou-c’est-chaud-c’est-doux-ça-sent-maman-et-c’est-bon-prends-leeeeee. Mais non, bébé se tourne, se tord, crache et pleure. Alors c’est en essuyant une larme de ton bord à toi aussi que tu retournes chez vous te reploguer sur ta machine.

Pis à travers tout ça, tu dois essuyer le regard et les jugements des autres.

« Ah t’allaites pas? »

Ben oui. Justement. Tu allaites. Ton bébé boit ton lait? Ben tu l’allaites, peu importe de la manière dont il prend ledit lait.

« Tu optes pour la facilité en lui donnant des biberons. »

WHAT?! Ce serait tellement plus simple de seulement lever ton chandail, brancher le p’tit pis passer à autre chose. Mais non, toi tu dois calculer le nombre de millilitres bus pour te tirer cette quantité de lait – plus une petite gorgée – pour produire juste ce qu’il faut, pas plus pas moins. Tu dois faire des heures de tire-lait par jour enfoncée dans ton divan en brassant du pied le bébé qui pleure dans sa chaise vibrante. Tu te tapes des brassées de vaisselle de biberons et de pièces de tire-lait à répétition dans ta journée ET dans ta nuit! Quand tu nourris ton bébé la nuit, t’es debout pour une heure minimum à chaque fois. Ton sommeil est vachement plus court que si t’allaitais, tranquille, dans ton lit. Quand tu sors, il faut que tu calcules que ton biberon va être bon pour quatre heures dans ton sac à couches à moins de trouver un frigo quelque part en route. Alors pour toi c’est loin, mais ben ben loin d’être la solution facile!

Et qu’on se le dise, faire du tire-lait c’est vraiment pas glamour. Tu te sens comme une vache laitière – pour qui tu développes une réelle empathie – à te tirer des litres de lait. T’es pu capable d’entendre le ronronnement du moteur de ton tire-lait.

Mais dans la vie il faut ce qu’il faut, pis toi fille, t’es une battante. Quand t’as décidé que t’allaiterais ton bébé, t’étais prête à le faire peu importe le moyen. Alors tiens bon. Tu n’es pas seule pis tu fais ce que ton instinct te dicte pour le bien de ton bébé.

Donne-toi une belle grande tape dans le dos parce que tu le mérites.

Amy Bureau
AMY BUREAU

5 thoughts on “Ton tire-allaitement

  1. Doryanne Répondre

    Wow!
    Vous venez de résumer les 6 derniers mois de ma vie!
    J’adore le passage sur le jugement « de celles qui allaitent »! Pour ma part je trouve que c’est ça le pire bout du tire-allaitement….
    Merci pour ce texte

  2. Genevieve Répondre

    Tellement pertinent ce texte! Rare sont les gens qui prennent le temps de penser à combien c’est exigeant « allaiter ». Je me rappelle encore le vrombissement de mon super « tire -lait ».Ce n’est pas dans mes meilleurs souvenirs. ..

  3. Angélique Répondre

    Merci pour cet article criant de vérité je m’y retrouve plus que plus… courage

  4. Diane Répondre

    Un coucou de France.
    Ce texte est mon histoire, de A à Z… Tout est là… Du jugement des autres aux gerçures sur les mains.
    J’en pleure parce que cette réalité me bouffe mais jme sens moins seule à présent.
    Ça fait tellement de bien.
    Merci
    Merci
    Merci

    1. Amy Répondre

      Vous n’êtes pas seule! Aller hop! Un peu de crème hydratante et une pensée pour nous toutes qui faisons la vaisselle en même temps que vous. Ça va bien aller!!!

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