À toi, qui me fais violence

femme derrière porte

Dès le début, j’ai été charmée. Par ta douceur, ton empathie, tes gestes empreints de sincérité et de calme qui ont allumé les étoiles dans mes yeux. Celles-là mêmes que je croyais éteintes à tout jamais tellement j’avais eu mal. Sortie depuis peu d’une relation qui s’en allait tout droit dans un cul-de-sac, j’avais espoir de changement, d’un vent qui tourne, qui me donnerait un second souffle. Une chance au vrai amour. J’y croyais dur comme fer. J’étais, à cet instant, bien loin de me douter que derrière ta carapace à la fois frêle et robuste sommeillait un dragon sorti tout droit d’un épisode de War of Thrones.

Rayonnante dans ma robe blanche, te regardant dans ton beau tuxedo-loué-pas-cher-chez-La-Baie, j’y croyais encore. Pendant des mois, des années, nous avons cheminé dans une lune de miel sans accrocs ou presque. En y repensant, il y en a sûrement eu pas mal, mais je ne les voyais pas. J’étais bien. Je voulais y croire. Nos vœux. T’sais, le « dans les jours les plus beaux comme dans les jours les-plus-pires je serai là à tes côtés pour te supporter »? Je me rappelle encore avoir pris le petit papier roulé en parchemin miniature avec l’inscription dessus. Je l’ai mis dans la poche du coussin sur notre lit. En me disant que ça protégerait notre amour.

Puis j’ai décidé d’enlever mes lunettes roses et de regarder la vérité en face. Aujourd’hui, je me rends compte que mon désir d’amour est tellement fort que tous les actes de violence dont je suis victime me passent sous le nez sans que je les voie. Ça ne pue pas assez, il faut croire. La façon que tu as de toujours douter, de surveiller mes moindres dépenses, de t’immiscer dans mon minuscule jardin secret est subtile mais tout de même là. À coup de « on sait ben, toi … » et de « ça me surprend pas », j’ai fini par croire que j’avais réellement des choses à me reprocher. Mes amis, mes loisirs, mon travail – tout est propice à la critique et au chantage. Le seul droit que j’ai semble celui d’être au foyer avec nos enfants. Est-ce que c’est une bonne à tout faire que tu voulais marier?

Je veux que tu saches que tes regards méprisants, tes paroles dénigrantes et tes moues accusatrices me font mal. Parfois ben plus mal qu’une claque. Mais t’es ben trop wise pour me frapper. Tire, bardasse, pousse. Pousse égal, mon homme.

Désolée de t’apprendre que le voile est tombé et que la lune de miel est terminée. J’ai peut-être, par un orgueil mal placé, voulu te donner toutes les chances possibles avant de te larguer. J’ai attendu pas mal plus que trois prises avant de te caller out. Je sais que tu vas me dire que tu regrettes, que tu vas changer et que je vais avoir droit au fameux je-t’aime-donc-ben-tellement-fais-pas-ça-chérie accompagné de ton regard de chien piteux. Mais cette fois-ci, ça ne marchera pas. Ta cassette ne jouera plus jamais. Sa bande est finie tellement elle a été jouée.

J’ai peur de te le dire, mais je me sens enfin prête. C’est à mon tour de jouer au dragon et de te montrer de quel bois je me chauffe.

Pis watch out parce qu’il va faire chaud dans la maison.

C’est fini.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L’OMBRE

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