L’Halloween, ta première (fucking) fois ou le postmortem de la fête des bonbons

citrouille brisée comptoir

T’as toujours su, depuis que tu es p’tite, que tu adorerais l’Halloween. Toi, tu serais pas cette mère-là, à boutte, qui a hâte que ça finisse pis qui frise la crise d’anxiété en écartant compulsivement tous les bonbons de la portée de ton mini pis en refusant de faire plus de maisons pendant que ton Minion/Spiderman/Reine des neiges fait une crise de bacon en plein milieu de la rue. Toi, tu préparerais tout d’avance : menu santé et épeurant, bonbons bien choisis, costumes cousus à la main et décor digne de Pinterest qui ferait hurler les petits de bonheur, la totale quoi. Tes enfants renteraient satisfaits et adorables, contents d’avoir ramassé leurs vingt bonbons dans la joie et le bon voisinage. L’Halloween, ça serait votre moment.

La première année, ça a été mignon. T’as pensé et installé ton joli décor tout fait de brins de raphias avec une petite araignée, t’as habillé ton mini en abeille/coccinelle/petit cochon en riant, il s’est endormi dans sa poussette en flattant son costume, t’as mangé la tablette de chocolat qu’il a récolté et tout le monde était heureux. C’était jojo.

Ça faut que l’année suivante, tu penses que ça va être mieux et tu te prépares, t’sais. Tu te donnes, t’achètes le costume de Pat Patrouille, tu fais le plein de cossins et de bonbons sans risque d’allergies au Dollorama, tu te fais un maquillage pis t’as ben plus hâte à l’Halloween que ton kid qui commence à aimer les twrrouilles pis les mawames sowssières.

La veille, quand le p’tit dort, tu t’essaies au décor morbide. Pis tu découvres que c’est cent fois, mille fois pire que les décorations de Noël. Les maudites toiles d’araignées synthétiques te collent dans les cheveux, les citrouilles roulent, les chandelles tiennent pas, les fantômes partent au vent pis au final, tu te retrouves avec un tas de raphia et de mousse bizarre qui accrochent les feuilles au milieu de ton gazon. T’abandonnes ça, en disant que ça fait chic-rebelle pis que les enfants ne verront rien aller. Premier deuil.

Fait que le matin même, tu sors ton costume-à-quarante-deux-piastres pis tous ses accessoires chapeaux-souliers-chaudière-à-bonbons-maquillage-alouette, pis, totalement convaincue de faire le bonheurs sauvage de ta descendance, t’essaies de le convaincre de se costumer. Ça commence soft. « Non, pas chien. » Oui ben mon chéri, tu l’aimes Pat, hen ?  « Non maman, pas chien, moi pas aimer chien. » Tu insistes. Il hurle. Tu t’énerves. Il hurle sa vie « NNNOOONN MAMAN PAAS CHIENNNN! ». Tu l’empoignes fermement pour l’initier au beau chienchien, il convulse, il rougit, la bave sort. Tu tentes le maquillage ? « NNNNOOONNNNOO ». Constat : t’oublies toute forme de modification de l’image pour ton rebelle cette année.

Triste, tu fais une petite entorse à ta routine sacrée, en offrant, pour collation, une mini-tout-petit-échantillon de chocolat. T’sais, une odeur de chocolat. Pis c’est au moment précis où tu vois ton petit goûter la chose, que tu vois ses yeux s’écartiller, ses sourcils se relever, son petit bec se pincer, juste avant qu’il ne grogne, bouche pleine de bave « MMMmmmmmmmhhhhh… bon maman ‘colat » que tu comprends ton erreur. Ton enfant, encore relativement vierge de ce bon vieux glucose, vient, en moins de trente secondes, de se transformer en junkie de trente livres avec un tempérament d’armoire à glace. L’écume (brune) à la bouche, il murmure sur un ton sinister « Encore ‘colattt…. » d’un ton qui laisse pas vraiment place à l’interprétation. Ou tu m’en donnes, ou t’es faite, mère. Comme t’es une newbie pis que tu tentes encore un peu d’imposer ta discipline tu lui dis que c’était un chocolat seulement. Pis c’est là que ta journée d’Halloween, dont la perfection est déjà pas mal entamée, vient de tomber dans une autre dimension.

Ton mini-junkie a pu besoin de costume. Barbouillé de brun, il court partout, les yeux fous, en hurlant. Il ne veut plus manger rien qui ne soit pas enduit, trempé, ou constitué de chocolat. Il en vole, mange l’emballage et grimpe dans les endroits les plus incongrus pour trouver l’or brun. Pis c’est ça au diner, au souper pis avant de se coucher.

T’essaies de passer dans les rues pendant que ton pas de costume hurle sa vie pis essaie d’ouvrir les mini-sacs avec ses dents pour manger le « colat ». Toi, tu comprends l’entièreté de ce que tes amies t’ont toujours dit en un éclair.

L’Halloween, c’est le Purgatoire des mères. Ça a été inventé pour que t’arrives repentie à Noël en expiant tes péchés de l’année. C’est perdre ton enfant aux mains De la Grande Citrouille des Bonbons pour vingt-quatre heures pis prier pour qu’il arrive au premier novembre indemne.

Pis c’est sur cette idée à glacer le sang que tu décides d’arrêter de penser. Bientôt, c’est le lutin de Noël qui va arriver.

Pis ton rêve de gentil Noël blanc qu’il va falloir revisiter…

Maman Au Cube
MAMAN AU CUBE

 


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