Ton mini bébé et la saga des percentiles

bébé peur

S’il y a quelque chose qui te préoccupe en tant que maman, à part la couleur des cacas, c’est bien le poids de ton bébé. Ton premier est né, tout rose et en pleine santé. Son poids est normal, ton allaitement va bon train.

Puis, lors de ton premier rendez-vous de suivi avec une infirmière du CLSC, tu entends parler des rangs percentiles. Les sacro-saints percentiles, tes amies qui avaient déjà des bébés t’en avaient bien parlé un peu, mais en réalité, c’était un concept plutôt abstrait pour toi. La dernière fois qu’on te l’avait expliqué, c’était dans les cours de mathématiques au secondaire et on s’entend pour dire que t’écoutais pas toujours.

La courbe de prise de poids de ton bébé est en dessous de la moyenne mais tu ne t’en fais pas trop puisque l’infirmière a dû dire la même chose à quatre autres mamans dans la même heure t’sais. Et puis, la balance a servi tellement de fois, est-ce qu’elle est vraiment fiable au fond ?

Au départ, personne ne s’en fait trop avec ton enfant plutôt menu et tu reçois des commentaires mignons du genre « Ah c’est un petit format! » ou « Oh, il est tout menu, c’est pas pesant à transporter! ». Tu trouves encore ça drôle de lui faire porter des vêtements et couches nouveau-né alors qu’il a quatre mois. Mais après t’être assurée que ton esclavage allaitement est correct, la panique s’installe. C’est au troisième rendez-vous avec le médecin, après la pesée, que celui-ci te regarde avec le même regard que s’il venait de voir un champignon atomique par la fenêtre. Ton précieux bébé trône au troisième rang percentile.

Le médecin se garroche sur le téléphone pour parler à des gens qui semblent importants, genre la NASA ou la CIA, sur un ton bas et secret et cédule une batterie de tests pour ton mini. Entre deux banalités dans la conversation se glissent les mots anémie – alias inquiétude -, reflux gastro-oesophagien – alias perplexité – et fibrose kystique -alias arrêt cardiaque -. Effectivement, une bombe atomique vient de t’exploser dans le cerveau pis dans le cœur quand tu imagines que ta précieuse progéniture pourrait avoir une maladie mortelle incurable. Surtout que le médecin te dit ça comme s’il te racontait qu’il venait de manger des toasts au beurre de peanut.

Tu te réjouis bien évidemment à l’idée de venir passer un autre après-midi à l’hôpital avec ton si petit bébé pour des prises de sang, test à la sueur et prélèvements d’urine, toutes des activités plus plaisantes les unes que les autres pour un innocent nourrisson de cinq mois. Tu le trouves tellement courageux et gentil quand il pleurniche à peine lorsqu’une infirmière lui insère un tube gros comme ton petit doigt dans les parties génitales pour prélever de l’urine. Et tu te retiens de ne pas sacrer lorsqu’une autre infirmière mentionne qu’il est donc ben blême ton enfant, quand elle sait très bien qu’une de ses collègues vient de lui enlever trois pintes de sang.

Finalement, après tous les examens et la nouvelle que tout est normal, tu prends un peu plus à la légère le fait d’avoir un mini bébé. Tu acquiesces poliment quand on te dit qu’il a l’air d’avoir quatre mois alors qu’il en a sept.

Puis, tu te dis que tu pourrais utiliser ça à ton avantage. Tu pourrais continuer de mentir et dire qu’il a effectivement quatre mois et que c’est un enfant prodige. C’est pour ça qu’il s’assied, rampe et sait dire les mots ornithorynque et anticonstitutionnellement.

Et c’est là que tu réalises enfin à quoi servait l’inutile volet statistiques dans les cours de mathématiques en secondaire quatre.

Faire paniquer les mères qui ont des enfants qui ne fittent pas dans le moule fabriqué par des personnes savantes, importantes et obscures dans des laboratoires à l’autre bout du pays.

Virginie Boissonnault
VIRGINIE BOISSONNAULT

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