Le jour de la photo

garçon gel cheveux

S’il y a un jour que tu vois arriver avec grand stress, c’est bien celui de la photo d’école ou de garderie, qui vient te mettre de la pression solide sur ton matin déjà pressé.

Ton épreuve photographique commence le soir d’avant, car tu dois laver les cheveux de tes enfants, t’obstiner avec eux sur ce qu’ils vont porter, céder devant ton garçon qui veut absolument mettre son chandail de la Pat-Patrouille, virer sans dessus dessous la chambre de ta fille pour retrouver les collants assortis à sa robe et arpenter ton plancher de maison à la recherche d’élastiques à cheveux qui ont de l’allure.

Le matin du grand jour qui immortalisera l’année de tes enfants, tu te lèves à cinq heures malgré tous tes préparatifs de la veille.

La pression est aussi élevée que ce que tu veux bien te mettre sur les épaules, la mère.

Alors qu’il fait encore noir en ce matin d’automne, tu commences par mettre à l’épreuve tes talents de coiffeuse avec ta fille. Inspirée de tutoriels regardés sur Internet, tu t’essayes à faire des tresses en couronne à ta princesse. Devant le résultat qui te confirme ton manque de compétence absolu, tu te résignes pour une couple de rubans dans des lulus ben ordinaires agrémentées de quelques bouclettes. Tu achèves ton œuvre en mettant à ta puce un peu de gloss, même si ça paraîtra clairement pu à l’heure de la photo.

Il te reste juste assez de temps pour t’occuper de ton garçon, dont tu te rends compte qu’il ne donne finalement pas sa place au rayon de la coquetterie. Inspiré par la chiquitude de sa sœur, il veut finalement mettre sa chemise propre des grandes occasions et te demande de sortir ton gel pour lui faire une crête, ce qui est pour lui le summum de la coiffure chic.

Avant de partir, tu peux pas résister à l’envie de les prendre en photo dans le salon, tes enfants, les plus beaux du monde.

Une fois embarqués dans l’autobus scolaire ou déposés à la garderie, c’est selon, il ne te reste plus qu’à aller travailler, même si t’es déjà à moitié morte, et attendre impatiemment l’enveloppe du photographe.

Quand elle arrive enfin, des semaines plus tard, tu veux passer vite par-dessus la photo de groupe mais ton enfant tient à te nommer un par un tous ses amis jusqu’à ce que tu saches les noms toi aussi. T’es contente de constater que c’est pas le tien qui a fait la pire face au moment de la prise du cliché et tu te sens désolée pour les parents du petit dans la rangée d’en avant qui a la bouche ouverte pis de l’autre qui regardait ses pieds.

Avant de passer aux choses sérieuses, tu poses un regard admiratif sur la femme rayonnante au milieu de ce groupe qui a pas l’air de tout repos.

Vient enfin le moment de découvrir les épreuves des photos individuelles. C’est avec le cœur battant que tu les examines. Là, j’peux pas te dire exactement comment ça va se passer, parce que ça dépend de la face que tes enfants ont faite pendant le millième de seconde où le photographe appuyait sur le piton.

Y’a des bonnes chances que la chair de ta chair arbore un sourire complètement fake en tenant une pomme d’une drôle de manière, ce qui ne manque pas de te charmer. Tu remarques tout de suite la couette qui dépasse un peu, mais tu te félicites devant tes choix de vêtements dont les couleurs fittent parfaitement avec le décor. Ton cœur de maman ne peut s’empêcher de fondre devant ces portraits princiers de tes rejetons.

Tu te pensais au comble de l’émotion quand ton cœur fondu a fait trente-six tours devant la liste des prix du photographe, qui se remplit les poches avec ton orgueil d’avoir enfanté une si belle lignée. Tu commandes le kit pas-trop-cher à vingt-huit piastres par enfant, qui inclut seize photos de format portefeuille pour partager avec les amis, deux portraits 5X7 pour les grands-parents, pis au diable la dépense, un portrait format géant pour lequel t’as un projet d’encadrement qui aboutira à rien peut-être à quelque chose pour une fois.

Même si cette année encore tu t’es ruinée dans cette folie pas prévue à ton budget, tu te consoles parce que ça fait tellement plaisir aux grands-parents et que tu peux pas dire non à tes enfants qui ont déjà hâte d’échanger leurs photos avec leurs petits amis.

Et parce que tu les as conservées précieusement, tes vieilles photos du primaire, t’imagines qu’eux aussi chériront ces souvenirs pour le reste de leur vie.

Ou qu’elles finiront sous une tonne de paperasse dont elles ne ressortiront plus dans les trois jours suivants.

C’est selon.

Sophie Perron
SOPHIE PERRON

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