Bébé comète

comète

C’était un vendredi 13. À chaque année, j’y repense, quand la date approche. C’est comme si un tout petit quelque chose refusait que je l’oublie totalement. Mon étoile, mon petit qui n’a pas vécu, mon bébé. Avorté.

Jamais je n’aurais pensé un jour avoir à faire un tel choix. Un choix qui allait à l’encontre de mes valeurs profondes, de ce que je suis fondamentalement. Au plus profond de moi-même, je suis maman. Dans mes actions, je suis maman. Même à douze ans, je me prenais pour une maman avec mes cousins les plus jeunes, avec les enfants que je gardais. Et une maman, eh ben, ça veut avoir des bébés. Pas s’en débarrasser.

Mais quand c’est arrivé, j’avais pas douze ans.

J’étais plutôt dans la trentaine, au beau milieu d’un divorce, en plein déménagement, en changement de carrière, en pleurs face à la perspective d’une garde partagée équitable. Par-dessus le marché, on peut aussi dire que le timing d’une grossesse imprévue avec un tout nouveau chum aussi papa de plusieurs bambins n’était pas ce qu’il y a de plus génial comme nouveau départ.

Après une relation malsaine de dix ans, où, justement, il n’y avait pas de « relations », les occasions de jouer avec le feu se sont multipliées. Et ce qui devait arriver arriva.

C’est donc avec des gants de travail et de la poussière de gypse dans les poumons que je lui ai annoncé tout bonnement, une bière à la main, que j’étais enceinte mais que bien évidemment, je ne comptais pas le garder. Tout bonnement alors que je pleurais depuis deux jours. Tout bonnement alors que je m’étais promis de ne jamais même songer à l’avortement.

Tout bonnement par peur de me retrouver seule. Encore.

On peut dire que c’était ma décision. On peut dire aussi que ce sont les circonstances qui ont décidé pour moi. Une chose est sûre, j’y pense souvent. Le regret, la culpabilité, les doutes… Ne pas avoir eu la chance de vivre une autre relation mère-enfant, ne pas savoir ce que ce petit être serait devenu…

Si j’avais pris l’autre voie.

Je ne suis pas parfaite. J’ai choisi en fonction de mes besoins à ce moment précis dans ma vie. Et je dois vivre avec cette décision. Pour toujours.

Et pour toujours je penserai à mon bébé comète.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L’OMBRE

2 thoughts on “Bébé comète

  1. Julie Répondre

    Merci pour ce beau texte. J’ai eu à prendre une décision comme celle là quand j’avais 19 ans et encore aujourd’hui, près de 14 ans plus tard, j’y pense encore.

  2. Lydia Tabard Répondre

    Je ne te comprends que trop bien. Mon deuil d’un 3e enfant n’est pas encore fait. Fâché d’avoir pris la décision de me faire avorter, je me suis fait ligaturé 6 mois plus tard. Aujourd’hui c’est un bébé comète qui traverse mes pensées quotidiennement (ou presque), et une mauvaise décision qui me hante (trop souvent).

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