Quand se nourrir fait mal

femme ventre main

Chère amie,

Je t’écris parce que tu ne vas pas bien. Oui, je sais, tu t’entêtes à me dire le contraire. Tu t’époumones à me répéter que tu n’as pas de problème, que ta vie est sous contrôle. Plus tu te fâches, plus tu me confirmes que tu as mal. Mon amie, je le sais, parce que moi aussi, je suis passée par là. Par ce chemin sombre appelé trouble alimentaire. Écoute-moi, je t’en supplie. Juste un petit peu. Pour que tu comprennes que tu n’es pas seule.

Dernièrement, je le vois, ton mal de vivre à travers tes yeux vides entourés de cernes gris. Je la vois, ta peau quasi-transparente, tes ongles bleuis. Je le vois que tu as constamment froid, que tu as mal à la tête à chaque instant de la journée. Et je vois surtout que ton sourire a disparu. La lumière que tu dégageais, où est-elle rendue mon amie? Je le sais qu’il reste encore une étincelle au fond de toi et il est possible de la rallumer. Laisse-moi t’aider. Je te comprends ma belle amie, j’ai vécu ce mal de vivre moi aussi. Mais je le sais bien que toi, tu ne comprends pas encore. Ça viendra.

Tu vas encore me répéter que tu n’as aucun problème, trouble ou maladie quelconque. Que puisque tu n’es pas squelettique comme les filles que l’on voit dans les reportages, ça va bien. C’est là que tu te trompes, mon amie. Les troubles alimentaires, c’est bien plus qu’une question de poids. En fait, c’est surtout une question d’image de soi. Une question de la façon dont tu te perçois dans le miroir. Et ça, tu ne peux pas me le nier.

Tu n’es plus capable de te regarder sans pleurer. Sans haïr ce que tu vois. Sans te détester. Le vrai problème, il est là ma beauté. Parce que oui, tu es belle mon amie, mais tu ne le vois pas.

Tu as commencé par vouloir perdre quelques livres, rien de dramatique. Si seulement ça s’était arrêté là. De plus en plus, sournoisement, l’obsession de la nourriture s’est infiltrée dans ta tête. Jusqu’à y prendre toute la place. Toi, tu me dis que tu fais seulement attention à ce que tu manges. Moi, je te dis que tu ne manges pratiquement plus. Et quand tu te nourris, ça te fait mal. Mal à l’âme. C’est ce bout-là qui est dramatique. Que chaque heure de chaque journée, tu penses à ce que tu dois manger. Que chaque fois que tu ingurgites un aliment, tu comptes et recomptes sans cesse les calories impliquées. Que tu te culpabilises à l’infini parce que tu as pris une bouchée dans le gâteau de fête de ton chum, que tu te dises que tu vas devoir te reprendre demain parce que tu as osé manger un bonbon à quinze calories.

Cette culpabilité-là, elle n’est pas normale mon amie. Mais pourtant, elle t’envahit. Elle prend toute la place.

Tu en veux aux femmes qui mangent ce qu’elles veulent. Tu les trouves tellement plus belles que toi. Tu fais la cuisine, mais ne goûtes plus à rien. Tu évites les sorties, parce que tu serais obligée de manger en public. Puis parce qu’entretenir une conversation te demande tellement d’énergie, toi qui n’en as presque plus. Je le vois bien que tu changes. Plus tu perds de poids, plus tu portes des vêtements amples. Parce que toi, tu te trouves tellement grosse, tellement imparfaite. Tu as peur que quelqu’un remarque ton ventre, observe tes fesses.

Tu as tellement honte de toi. Surtout quand tu n’en peux plus et que tu manges enfin, sans retenue. Puis que tu vomis et te roules en petite boule dans un coin pour pleurer. Ce n’est pas ça la vie, mon amie.

Tu ne dors plus. Tu ne souris plus. Tu as de la difficulté à affronter le quotidien. Tu disparais sous ton mal de vivre. Tu te sens engloutie, tu as l’impression de te noyer.

Regarde-moi, mon amie. J’ai pu revenir à la surface, moi qui avais touché les bas-fonds. Tu le peux aussi, mais tu dois d’abord faire le premier pas, le plus difficile, celui qui te demande des efforts surhumains, toi qui est si fatiguée. Tu dois accepter que tu es malade. Parce que oui, c’est de ta santé mentale dont on parle. Et ta santé physique en prend aussi tout un coup. Tu as besoin d’aide, ma si chère amie. Fais ce premier pas. Pour toi. Pour ta vie.

Je t’aime tellement. Je sais à quel point tu as l’impression d’être seule. Il y a quelques années, c’est ce que je croyais aussi. Mais ce n’est pas le cas. Nous sommes là, moi et tous ceux que tu repousses autour de toi.

Va chercher de l’aide. Cesse d’avoir honte. Choisis-toi.

C’est ce que j’ai fait. Et maintenant, je vis. Vraiment.

Tu peux le faire. Ton sourire me manque tellement, mon amie.

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Audrey Roy
AUDREY ROY

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