Très cher habit de neige

enfant habit de neige

Très cher habit de neige,

Il me semble que je reviens à peine de la chambre de mes p’tits. À tourner d’un bord pis de l’autre leurs morceaux de linge pendant un bon trois heures, à me gratter la tête en me questionnant si c’était pour leur faire encore l’été prochain. Ça fait que hier encore, je sortais de là, trois sacs de vidange dans les bras, le cœur ben lourd de me dire que forget it, ça ferait pu dans dix mois, ni même dans six. Ça m’a fait réaliser une couple d’affaires. Dont le fait que j’ai le goût de me rouler en boule ben comme il faut, sais-tu. Parce qu’on est l’automne depuis un bon bout pis que j’flaire in extremis ton arrivée, veux-veux pas.

On s’est croisés l’autre jour, toi pis moi. Ouin. L’espace d’un matin frette.

Ça m’a fait perdre une poignée de cheveux pis vieillir de dix ans, j’crois ben. Tu me replaces peut-être pas encore.

C’est moi.

T’sais là, la folle à 6h25. Celle qui a le goût de te découper à l’hexacto avant de te maudire au feu un bon cent fois par hiver, la face rouge vin pis les yeux sortis de la tête.

Maudit sans cœur de deux pièces – oui, j’suis affreusement suicidaire d’avoir pensé que mon coup de foudre allait me faciliter la tâche – avoir su j’aurais pris le une pièce, seigneur.

Vingt-huit minutes.

Ça c’est le temps que ça m’a pris pour mettre leur p’tite main dans la p’tite ma-manche, glisser leur p’tit corps de verre-de-terre-sul-speed dans la soyeuse salopette, leur tronc de maître-contorsionniste dans le mini-manteau-guidi-guidi, leurs p’tits doigts fuyants dans les bons trous et pis de mettre ENFIN leur tuque, la cerise sur mon Sundae, t’sais, ce présage de victoire.

Mais attends un peu là.

Un mot : bottes.

Fille, je vais m’abstenir ici de t’en parler par simple élan de bonté, question que tu passes à travers l’hiver pis que tu finisses pas en psychiatrie avant même de te rendre aux fêtes.

Pour me récompenser, j’suis allée m’éponger le front – fuck le make-up – et pis vider ma vessie de mère-saute-pas-trop-haut-parce-que-j’te-garantis-rien qui se retenait depuis une abominable heure et demie.

Erreur fatale.

Une règle, ma fille : ne va pas pisser. Pas quand tu viens d’achever l’œuvre d’une vie.

Ne va pas pisser. Ne laisse  pas ton enfant tout seul, lui pis son imagination. Pire encore, avec ses frères et sœurs.

Un conseil : va pacter ta gang et pis pisse dans le banc de neige.

Parce que le temps de ta jouissante pause-pipi, ton Chucky lui, peut tout gaiement s’amuser à enlever les bottes et les mitaines de l’un pis de l’autre. Pis tu veux pas ça. Tu le souhaiterais même pas à ta pire ennemie, t’sais.

Ça fait que mon très cher habit de neige, trente-deux minutes. Voilà le temps que ça m’a pris ce joyeux matin-là. J’t’épargne les détails de mon vocabulaire au moment où j’me suis penchée vers l’enfant pour lui remettre l’attirail hivernal et que mon thermos à café s’est déversé partout sur moi, sur lui pis sur le plancher mais en gros y’a une couple de papes qui se sont revirés de bord dans leur tombe.

J’veux te dire que j’aimerais faire la paix avec toi cet hiver, ça se peut-tu ça ? Je t’ai pourtant aimé sur ce support de magasin-pas-achetable, non ?

Y’a-tu moyen que la haine s’arrête, qu’on aille en médiation quelque chose, j’sais pas ?

En tout cas, de mon côté, j’te promets de souffler ben-ben fort par le nez cette année, OK. Mais toi, fais ta part sinon tu finis dans le foyer dès que l’été se pointe la face.

J’espère que j’ai été assez claire.

Signé, la folle des neiges.

Stéphanie Hébert
STÉPHANIE HÉBERT

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