T’es là, fille

femme cheveux ciel

Ça fait que c’est ça. T’es devenue une mère. Les premiers mois sont derrière toi pis déjà flous à cause de la carence de sommeil dans laquelle tu les as vécus, entre deux boires en pleine nuit, ta purée de patates douces au blender pis toutes les douches que t’as rêvé de prendre.

Si je te demandais de te définir, tu dirais quoi, fille, outre une maudite bonne mère de famille ? Ou une mère de famille qui aimerait faire plus pis mieux ? Ou une mère de famille brûlée par les deux bouts ? Ou une mère de famille qui aime ses enfants plus que tout au monde monde pis qui est ben ben comblée ?

T’es qui, toi, fille, au-delà de la mère que t’es devenue ?

Parce qu’on va se le dire, si ton p’tit a changé ta vie pis ta perception du monde, qu’il crie pas mal fort pis qu’il est ben demandant, il a jamais eu le pouvoir d’enterrer la femme que t’étais six pieds sous terre. C’est toi qui a creusé sa tombe à ton propre insu entre deux séances de Jolly Jumper, qui a revêtu ses joggings pour l’éternité pis qui a rangé son kit de dessin, sa guitare, son vélo et ses runnings à la même place que ses rêves. Dans un placard poussiéreux fermé à clé.

Toi, la fille qui s’était promis qu’elle ne laisserait jamais la routine la dévorer tout rond pis la famille dérober ses quatre cents projets de voyage, de passion pis de vie au profit d’une jaquette en flanelette enfilée à la hâte à huit heures et quart pour aller se coucher, tu as cédé à ton propre insu. Tu t’es trahie toute seule. Toi-même.

C’est beau la maternité. Mais c’est sournois aussi. Ça s’insinue dans tous les pores de ta vie. Pour le meilleur. Mais aussi pour le pire.

Pis c’est à grands coups de j’ai-pu-le-temps, de j’ai-personne-pour-garder, de je-suis-rendue-trop-vieille, de je-suis-pas-assez-en-forme, de ça-marchera-jamais, de maintenant-qu’on-a-une-famille-c’est-fini-les-folies, de j’ai-peur, pis de c’est-du-passé que tu jettes les dernières pelletées de terre sur la tombe de la femme que t’étais v’là six mois, un an, cinq ans, dix ans.

Ça fait qu’aujourd’hui, j’aimerais ça que tu débarres ton vieux placard, que t’en ressortes tout ce qui a déjà compté pour toi pis que t’arrêtes de regarder tes rêves, tes projets pis tes passions  comme un vieux tas de souvenirs nostalgiques d’une époque qui se peut pu.

La terre a pas arrêté de tourner quand t’as accouché.

Pis ta vie t’attend encore, elle est patiente.

Saisis-la.

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