Vivre sans toi, maman

femme noir blanc

Maman, notre lien est brisé. Depuis des années. Depuis des décennies. J’aurais tellement aimé pouvoir me confier. Tu sais, être à l’aise de poser ma tête sur ton épaule. Pouvoir te considérer comme ma bonne amie, comme une personne significative dans ma vie.

Si tu savais la peine que j’ai. Souvent. Tout le temps. Quand je te parle et que ma voix traverse ton esprit sans y rester. Quand ton regard pue à plein nez cette indifférence qui me rend malade.

Comme si je parlais une langue qui t’est totalement étrangère et que ça t’était complètement égal. Comme si je venais d’une autre planète, d’une autre espèce. Comme si je n’étais rien à tes yeux, moi, la chair de ta chair.

Si tu savais comme j’en veux au monde entier, maman. Comme je t’en veux, à toi. La colère qui m’habite est indétrônable. La peine qui me tient est inconsolable.

Si tu savais comment le fait de vivre sans toi brouille mon identité. En tant que personne. En tant que mère. Parce que je ne sais jamais sur quel pied danser. Parce qu’il me manque ce joyau, ce précieux repère.

Moi, je n’ai pas eu le droit de connaître cet apaisement, ce regard débordant d’amour. J’ai été privée de ce lien unique, de ce sanctuaire qui te remplit le coeur. Qui te guide.

Les années passent, maman. J’espère un jour que tu te souviendras de moi, ta petite fille. Celle qui passait son temps à te réclamer des câlins, celle qui criait ton nom en vain le soir dans la pénombre de sa chambre.

C’est en berçant ma fille, que ces mots me sont venus ce soir. Je me suis demandé comment il était possible qu’un jour je puisse cesser de poser sur elle mon regard débordant d’amour. Ce regard empreint de contemplation, de promesse, d’écoute.

Force est d’admettre que je ne sais pas comment j’arriverai à lui donner ce que je n’ai pas pu recevoir. Ça me terrifie. Mais une chose est sûre, j’accourrai à son chevet soir après soir.

Je m’assurerai de ne jamais laisser se créer en elle ce vide immense. Que dans mes yeux, au grand jamais elle ne puisse déceler l’ombre de cette désolante lassitude.

Quitte à lui donner tout ce qu’il reste de mon coeur. De lui en offrir la toute dernière parcelle.

Je serai prête à mourir d’amour pour ma fille plutôt que de vivre sans elle.

La Collaboratrice dans l'Ombre
LA COLLABORATRICE DANS L’OMBRE

7 thoughts on “Vivre sans toi, maman

  1. Maud Répondre

    Ma mère n’ayant pas eu de mère…enfin si mais passons les détails sordides de son enfance car aussi bien diré qu’elle n’en avait pas…je peux te dire que ma soeur et moi n’avons jamais manqué d’amour! Tu feras de ton mieux, tu l’aimeras ta fille, tu lui donneras ce que tu n’as pas eu…tu seras une bonne maman. 🙂

  2. MJT Répondre

    Oui, l’amour que tu donneras à ta fille va soulager ton cœur, va le remplir de l’amour que tu n’as jamais eu. Crois-moi!
    Moi aussi j’ai eu une mère émotionnellement absente, cruelle…. Mais aujourd’hui j’ai trois beaux enfants qui me remplissent d’amour et qui me font déborder d’amour à mon tour!! Être mère est la plus belle chose qui aurait pu t’arriver! Tu vas être une merveilleuse mère, car tu sais ce qu’il ne faut absolument pas faire….n’est-ce pas?

  3. Sissi Répondre

    J’ai du couper les ponts parce que je n’arrivais pas à assimiler l’indifférence et l’absence de ma génitrice face à moi enfant ( et adulte. ) ainsi de comment, maintenant, elle aime entretenir l’image superficielle et fausse de la grand-mère parfaite (et maniaque) de mon nouveau et premier né.
    L’amour inée et naturel que j’ai pour cet enfant est si intense ! Pourquoi n’ai-je pas eu le droit à autant d’amour de celle qui ma mit au monde ? Je vis un clash face à une femme qui ne s’est jamais vraiment interessé à moi pour me connaitre et créer une relation, qui a donné ce qu’elle pouvait, mais qui n’aurait pas du avoir d’enfant ( Et qui devrait, à son âge, aujourd’hui, être apte a accepter à son tour ce fait et de passer à autre chose au lieu de se retenir à un mensonge superficiel ) et une moi, maman, aimante, douce, tendre, qui console, qui réponds, qui accepte, qui lâche prise…

    … Et comment, socialement parlant, c’est étrange et dérangeant de dire : « Non, ma mère na pas encore vu mon enfant et je ne sais pas si elle le verra ».

  4. Nathalie Lavigne Répondre

    Wow!

  5. Claudette Bérubé Répondre

    Je recommande la lecture de  » Letter from a Mother to her daughter  »
    Juste taper ce titre sur Google

    1. MJT Répondre

      Il n’y a pas plus grande douleur à porter que celle d’un enfant privé de l’amour de sa mère…Ce manque va le hanter toute sa vie….C’est une blessure qui ne guérit jamais. Le seul soulagement que j’ai trouvé est celui de devenir mère à mon tour et d’aimer mon enfant de tout mon cœur….

  6. kina Répondre

    Ton texte est magnifique. Il reflète exactement ce que je ressens vis à vis de ma propre maman….La douleur de ne pas pouvoir partager des moments uniques dans une vie, pendant lesquels la présence d’une mère est irremplaçable…les grossesses, l’éducation de ses enfants…des moments qui ne reviendront pas, irrémédiablement perdus…quel gâchis…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *