Quand la magie n’opère plus : la fin du règne du Père Noël et de la Fée des dents

enfant automne magie

Ce soir, j’ai le coeur brisé, mon chaton. Ce n’est pas de ta faute, ne t’en fais pas. C’est juste le cours normal de la vie qui suit son chemin. C’est simplement que tu es en train de devenir grand, vraiment grand. Tu te poses beaucoup de questions dernièrement. Trop de questions. Et tu as enfin osé, du bout des lèvres, me poser celle que je ne voulais pas entendre, celle que je redoutais depuis tant d’années : tu m’as demandé si le Père Noël et la Fée des dents existent vraiment. Je me suis pincée, juste pour être certaine de ne pas être dans un cauchemar. Malheureusement, la question est bien réelle. Et tu t’attends à une réponse qui l’est tout autant.

Pourtant, ce n’est pas la première fois que tu abordes le sujet. Mais avant aujourd’hui, j’avais toujours réussi à esquiver de façon magistrale tes questionnements à propos des personnages magiques peuplant ton quotidien. Je sentais aussi que tu n’étais pas encore prêt à recevoir la réponse, à accepter tout ce qui venait avec. Puis, parce que je vais être franche, la vraie de vraie réponse, j’ai jamais voulu te la donner. Et ce soir, j’en ai pas plus envie. Mais toi, cette fois-ci, tu es prêt. Du haut de tes 10 ans, tu affrontes mon regard et me la demandes, cette vérité.

Ma vérité c’est que dès ta naissance, toi, le premier de la lignée, il n’y a pas que l’inquiétude et la culpabilité qui me sont tombées dessus comme une tonne de briques. Il y a aussi la magie. La magie du cœur, celle qui fait qu’on veut rendre tout féérique autour de soi, mais surtout autour de notre enfant. J’ai eu l’impression de retrouver mon enfance à travers toi, ainsi que tous les souvenirs de princes charmants, de princesses, de fées et de pirates qui allaient avec. J’ai voulu te faire vivre toute cette magie, celle qui fait briller les yeux et qui remplit le cœur, celle qui te charge la tête de moments inoubliables.

Pendant toute ton enfance, j’ai construit autour de toi un monde imaginaire dans lequel tu plongeais avec tant de bonheur. Un monde où le Père Noël vient porter les cadeaux la nuit du 24 décembre, où les rennes mangent les carottes que tu as déposées sur le perron en laissant leurs traces dans la neige et où les biscuits confectionnés avec amour disparaissent comme par enchantement. Un monde où tes petites dents de lait déposées sous ton oreiller t’ont rapporté pas mal de sous, mais surtout de joie. Oui, tu y as cru sincèrement à cette magie. Et je dois t’avouer, mon bel amour, qu’en te regardant j’y ai cru tout autant. Ma magie, c’était toi. Et ça l’est encore.

Je me suis rendue à l’évidence que tu étais comme moi, mon beau garçon. Tu fabriquais toi aussi tellement de personnages et d’histoires abracadabrantes pour m’aider à peupler ton monde imaginaire. Nous avons donc ajouté à la liste de nos préférés Jeannot lapin, notre livreur de chocolat officiel, et nos trois jolis lutins adoptifs, plus coquins que toi encore. Et ce n’est pas tout. Toi et moi, on aime tellement être magiques qu’on s’est inventé des rituels fantaisistes que nous avons ancrés dans la routine afin de la rendre plus colorée : la poudre de fleur enchantée pour faire de beaux rêves, les toutous parlants pour régler nos petits tourments… Notre magie, elle est belle, mon chéri. Elle nous transporte ailleurs et ça nous fait du bien.

Je n’ai pas envie que tout ça arrête. C’est si beau de vivre ça avec toi.

Bon. Je suis maintenant rendue au bout de ma vérité qui fait rouler des larmes sur mes joues. Celui où je dois te dire que malgré toute la magie qui nous habite, toi et moi, nos personnages imaginaires ont eu besoin d’un coup de pouce pour exister. Ils ont eu besoin de moi pour prendre forme dans ton cœur. J’ai aidé le Père Noël à déposer les cadeaux sous le sapin et à remplir le bas accroché à la cheminée. J’ai aidé la fée des dents à déposer les billets sous ton oreiller pendant ton sommeil. Mais n’oublie jamais que je nous ai surtout aidés à vivre des moments fantastiques, qui eux, existent réellement, et pour toujours.

Ne m’en veux pas, mon grand garçon. J’ai juste cru en toi. En ta capacité de t’émerveiller.

J’aimerais que nous puissions continuer à faire vivre cette magie, toi et moi. Que tu m’aides à la rendre aussi fabuleuse aux yeux de ta petite sœur et de ton bébé frère. Que tu éclaires leurs sourires avec moi le matin de Noël. Parce que c’est à ça que sert la magie : à rendre heureux. Acceptes-tu, mon chaton?

Je crois sincèrement que tu seras exceptionnel dans le rôle du magicien. Parce que je sais qu’au fond de toi, tu y croiras toujours, à ma magie.

Je t’aime, mon fils.

Audrey Roy
AUDREY ROY

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