Ces moments pénibles

enfant pénible faché

Tu pensais avoir tout vu, tout expérimenté avec ton Fiston. Le terrible terrible two, le mordage d’amis à la garderie, le bacon au centre commercial, à l’épicerie pis dans l’entrée avec un suit d’hiver sur le dos, sans oublier l’éprouvant fucking four. Tu pensais que t’avais donné, que t’avais fait ta part et dans ta grande naïveté de jeune maman, tu pensais même que tout ça était maintenant derrière toi. Un soir, alors que t’avais bu trois ou quatre verres de vin, t’as même dit à ton chum que maintenant que Fiston avait six ans, vous alliez pouvoir entamer une nouvelle étape de votre vie de parents. Et, le sourire aux lèvres, tu te voyais déjà, main dans la main avec lui, gambader dans de vertes prairies tapissées de petites fleurs jaunes toutes cutes, paisibles et complices.

C’est beau, rêver en couleur.

T’sais, c’est pas parce qu’on parle tout le temps du terrible two pis du fucking four qu’y’a juste, avant l’adolescence, ces deux bouts-là qui sont rough. Y’a aussi, entre quatre et treize ans, plein de petites périodes pénibles qu’on appelle aussi des phases de régression. Comme quand, par exemple, ton Fiston, à six ans, au lieu de te tendre la main pour t’inviter dans la verte prairie de tes rêves, te pète une crise de nerfs parce que tu lui as supposément coupé la parole ou encore que, sur le chemin de l’école, il décide subitement qu’il ne veut pas y aller pis qu’il pitche son sac à dos et sa boîte à lunch sur le trottoir et ce, bien évidemment, devant une assemblé de petites madames parfaites qui ont déjà eu de jeunes enfants, mais qui ont comme oublié les mauvais côtés de la chose pis qui te jettent un regard scandalisé.

Le soir et la fin de semaine, la régression se poursuit, y’a comme plus de fin, on dirait, à ce que Fiston peut te faire endurer. Tu sais que dans la vie, et en particulier quand on est maman, on choisit ses batailles, mais là, c’est pas mêlant, y’a tellement de batailles à mener que tu sais plus pantoute lesquelles choisir.

Fiston refuse d’aller se laver les mains, fait la baboune à table et ce, peu importe le repas que t’as préparé (non, mais du macaroni au fromage, me semble que tous les enfants aiment ça, non?), il ne veut ni prendre son bain, ni aller se coucher, prend vingt minutes pour choisir ses vêtements puis, une fois habillé, fait une crise de nerfs et se déshabille en lançant ses vêtements partout.

T’as beau compter jusqu’à trois avec un air menaçant, lui annoncer des conséquences plus épouvantables les unes que les autres, l’asseoir dans son coin pendant dix minutes, le priver de ci, de ça et de son contraire, rien n’y fait, ton Fiston s’en fout pas mal.

Un samedi après-midi où t’es particulièrement exaspérée, il ose même te dire, du haut de ses six ans, que la chaise de punition, c’est juste bon pour les bébés lala. Après avoir hésité entre sortir sur le balcon pour crier à l’aide, enfermer Fiston dans la garde-robe pour le reste de l’après-midi ou sacrer ton camp à l’aéroport pour prendre le premier vol pour le Sud, tu choisis de te verser un grand verre de vin même s’il est juste deux heures et quart.

Bébé lala? Ben oui, toi, parlons-en, de bébés lala. Tandis que tu prends une longue, très longue gorgée de ton verre, Fiston se dirige tranquillement vers sa chambre, comme si de rien n’était. T’en profites pour sortir sur le balcon et t’installer sur ta chaise préférée, ton verre de vin à la main. Ton break ne durera peut-être que cinq minutes, alors relaxe.

Ne vois-tu pas, au loin, la verte prairie de tes rêves tapissée de petites fleurs jaunes toutes cutes ? Bien oui, elle est là, encore inaccessible, certes, mais un jour viendra où ton Fiston cessera de faire le bacon pour te prendre par la main et y gambader avec toi.

Parce qu’on finit toujours pas troquer le champ de bataille pour la verte prairie…

Myriam de Repentigny
MYRIAM DE REPENTIGNY


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