L’allaitement : la fille qui avait trop de lait

allaitement enfant lait

T’sais avant que t’accouches, on te fait ben souvent un lavage de cerveau pour être ben certain que tu vas allaiter ton bébé. Au moins deux ans. Pis, quand tu accouches, y’a la mafia de l’allaitement qui débarque d’abord dans ta chambre d’hôpital et ensuite directement chez vous. Tu te fais tapoter les seins une fois pis une autre juste avant de te faire pincer le mamelon d’une main pendant que de l’autre on te pousse la tête de bébé dans les seins.

À partir de ce moment-là, tu peux expérimenter deux types de problèmes.

Le premier, c’est que c’est ton bébé le problème. Lors de sa sortie, oh! combien difficile, bébé a eu la mâchoire comprimée, ce qui fait qu’il n’ouvre pas la bouche assez grand pour avoir une bonne prise au sein. C’est là que tu découvres l’ostéopathie ou la chiropractie ou l’acupuncture et qu’après quelques séances miraculeuses, le problème est réglé. Alléluia.

La deuxième possibilité, c’est que ce soit toi, le problème. C’est-à-dire que t’as pas assez de lait, que t’as les mamelons qui refoulent par en dedans, que ton lait est pas assez gras pour nourrir bébé, name it, c’est ta faute point. Pis là t’as le choix. Ou tu t’abonnes au chardon béni, au fenugrec pis à la levure de bière, ou tu t’achètes LA trayeuse à lait double électrique pour stimuler ta production, ou tu manges plus santé que le pape pour enrichir ton lait pis tu te colles des téterelles sur les boutes. Avec un peu de chance, tout finit par rentrer dans l’ordre parce que la mafia de l’allaitement est préparée à intervenir dès que le problème survient.

Mais c’est drôle, la mafia manque de moyens quand t’as le problème inverse. Quand t’as trop de lait. Que le débit de ton os*** de réflexe d’éjection est assez fort pour coller bébé au plafond. Quand ton congélateur est tellement plein de sacs de lait congelé qu’il n’y a plus de place pour autre chose pis que le bol de lait maternel avec infusion de colostrum devient ta principale alternative de souper santé.

T’sais quand ton bébé se décolle le palais de ton mamelon pis que t’arroses le divan au complet de ton super sérum. Quand il pleure sa vie parce qu’il n’arrive pas à gérer tant d’abondance. Quand tu passes tes nuits à te déverser dans l’évier de la salle de bain sans toucher à rien ou que t’arroses la céramique de la douche chaque fois que tu te laves.

C’est à peu près là qu’on te dit que c’est un beau problème pis de pas chialer parce que y’en a tellement, des mamans qui aimeraient avoir ne serait-ce que la moitié de ta production.

Ben justement, la moitié, ça t’irait très bien à toi aussi.

T’sais, t’aimerais ça toi aussi allaiter tranquille sur un banc de parc quand ton bébé te réclame au lieu de penser juste à la maudite coulée de lait qui apparaîtra invariablement et qui s’étirera de ton chandail à ton mollet. Sans penser à ton sein qui sera exposé au grand air quand bébé va se décrocher pour arriver à respirer un peu pis aux jets de lait qui arroseront probablement le petit monsieur qui marche à un mètre devant ton banc de parc.

Ben oui y’en a des trucs pour améliorer le tout. Ben oui tu le tires ton premier lait avant de donner le sein et tu les as toutes essayées une fois pis une autre les trois-cent-cinquante positions d’allaitement. Pis ben non, tu ne fais pas trop de tire-lait pour éviter la surproduction.

Mais ça change rien. C’est ça qui est ça.

Bref, ça te donne pas particulièrement le goût d’allaiter jusqu’à deux ans. De te dire que ton budget pour des pads d’allaitement remplacera celui des tampons. Que tu en auras pour autant de temps à sentir le lait sûr et à avoir des traces de lait collant sur tous tes morceaux de linge.

Y’a juste quand tu regardes le sommet de la petite tête duveteuse de ta progéniture pendant qu’il parvient tant bien que mal à téter que finalement, ton cœur fond pis que tu te dis que ça vaut le coût.

Amy Bureau
AMY BUREAU

2 thoughts on “L’allaitement : la fille qui avait trop de lait

  1. Marianne Répondre

    Merci tellement pour cet article!! Je le lis en allaitant d’ailleurs et j’en ai les larmes aux yeux (oui, y a le manque de sommeil et les hormones post-accouchement qui peuvent expliquer ce trop-plein d’émotions, mais pas seulement cela). Juste de ne pas être seule dans cette situation, pcq selon certaines infirmières du CLSC « tu n’as pas à te plaindre, au moins tu as du lait, y en a qui en ont pas » et « y a rien à faire »… ça fait un bien fou. À mon premier bébé, je craignais qu’il fasse ses nuits pcq j’étais certaine que mes seins allaient exploser et mon matelas couler sous les chutes lactées du Niagara. 2e bébé, j’étais heureuse de la voir arriver, mais terrifier par une nouvelle hyperlactie. On a beau essayer tous les trucs (la sauge, la menthe, la lécithine, l’acuponcture, l’ostéopathie, la conseillère en lactation, le changement de positions pour éviter les tab@rn@& d’engorgements et de mastites…), mais ça reste tellement difficile! Mais c’est vrai que de regarder le dessus duveteux de leur petite tête aide infiniment aussi…

  2. Julie Répondre

    Wow quel beau texte!!! Je sais tellement de quoi tu parles. Je suis enceinte là de ma deuxième et malgré tout je veux l’allaiter. Pas évident tout le temps mais on dirait qu’on peut pas rien dire sinon on passe pour des mères indignent. Merci pour vos textes c’est tellement rassurant de voir qu’on n’est pas les seules à vivres à moments plus difficiles avec nos amours.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *