Quand maman ne veut plus d’enfant

cadenas coeur vert

Cher mon chum,

J’ai quelque chose d’important à te dire. Quelque chose de difficile à exprimer, mais aussi de difficile à recevoir pour toi. J’ai comme le motton. J’ai peur de te faire trop de peine, de te rendre malheureux. J’ai beau essayer de mettre trois paires de gants blancs, j’ai l’impression que ça ne sera pas plus doux à entendre pour toi. Allez. Je prends une grande respiration et j’y vais.

Chéri, je ne veux pas d’autre enfant.

Voilà, c’est dit.

Je sais. Habituellement, ce sont les papas qui sont hésitants à agrandir la famille. En général, ce sont les mamans qui insistent pour en avoir un troisième, un quatrième, voire même plus que ça. Mais comme toutes les familles ne se ressemblent pas, toi et moi on le sait bien que ce n’est pas comme ça que ça se passe chez-nous. Toi, mon amour, tu en voudrais tellement un autre petit poupon à aimer. Pis c’est moi qui brise ton rêve d’une paternité renouvelée.

Je m’excuse, tellement.

Tu le sais que je te considère comme un bon papa. Un excellent papa. En fait, tu es franchement un père exceptionnel. Tu t’impliques d’une façon bien à toi, une façon qui me comble vraiment. Tu aimes ton fils d’un amour vrai, franc et si tendre que ça me ramollit les jambes à chaque fois que je te vois avec lui. Tu es le meilleur pour le consoler, le meilleur pour le faire rigoler. Tu sais en prendre si bien soin que je ne m’inquiète jamais, denrée rare dans le monde des mères. Tu as même appris à changer des cacas, chose que tu croyais impossible à réaliser dans cette vie. Pis je le vois tout ce que tu fais. Je le vois tout l’amour qui t’habite à chaque seconde de ta vie.

Mais je ne suis quand même pas capable de te dire oui.

J’ai l’air d’une belle égoïste dans tout ça. Combien de femmes rêveraient d’avoir un homme comme toi leur demandant d’en faire un quatrième? J’en connais un paquet. Mais je ne suis pas elles. Je suis moi. Une bonne maman, déjà mère de trois. Une maman qui a vécu cinq grossesses, deux de mes petits n’ayant été que de passage dans mon ventre, mais pas dans mon cœur. J’aime mes enfants, j’aime être mère. Mais j’aime être une femme aussi, une amie, une amoureuse. Je suis une maman comblée par sa famille. C’est pourquoi j’ai décidé d’arrêter le clan ici.

Et j’ai ben de la misère à te l’imposer.

Pourtant, je sais que tu me comprends. Tu ne m’as d’ailleurs jamais mis de pression. Et je t’en remercie. Je sais aussi que tu reconnais que ma carrière naissante est importante pour moi, pour me réaliser dans une autre dimension de ma vie. Je considère aussi que parfois, ça brasse pas mal dans la maison. Qu’un de plus viendrait peut-être achever ce qui me reste comme patience parfois, certains soirs. Et, disons-le, qu’une autre grossesse abîmerait encore mon corps que j’ai mis tant de temps à réapprendre à apprécier.

Est-ce si mal comme pensée? Je ne crois pas. Et je suis convaincue que tu me comprends.

Il paraît que l’amour se multiplie, qu’il ne se divise pas. Je sais que j’ai encore ben de l’amour à donner. J’ai peut-être juste envie que l’équation se termine ici. Je suis heureuse avec toi, avec eux. Je sais que ça te fait mal même si tu ne le laisses pas tant paraître. Si nous nous étions rencontrés quelques années plus tôt, peut-être que ça aurait pu être différent. Mais nous vieillissons. Je commence déjà à avoir des cheveux blancs. J’ai envie que nous profitions à fond des enfants qui sont déjà avec nous. De notre famille.

Es-tu d’accord, mon bel amour?

Pis il y a autre chose aussi. Et là, tu ne vas pas apprécier.

Il faut parler de contraception. Je sais que tu ne veux pas en entendre parler, mais affrontons-le, le monstre nommé vasectomie. Tu sais, j’ai donné de moi-même à mes nombreux accouchements. Tu l’as vu de tes yeux. Pis t’es peut-être même traumatisé un peu. Mais moi, mon utérus, il est ben fatigué de faire les frais de ma contraception. Toi, en un claquement de doigt, tu nous permettrais de redevenir insouciants dans nos ébats comme au premier jour. Tentant, non ?

Prends le temps de réfléchir à tout ça.

Sache que je t’aime vraiment, même si je ne veux plus d’enfant. Pis que je veux que nous puissions continuer d’avancer, ensemble.

Toi, moi pis le reste de notre gang.

Audrey Roy
AUDREY ROY

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