Toi, la fille cachée derrière sa bedaine

femme bras ouverts

La superwoman, la maman de trois rejetons, celle qui a eu, vu, vécu et bu, c’est la même personne. C’est toi. Mais tu ne la reconnais plus, cette fille-là, dissimulée quelque part en-dessous des deux couches de cache-cernes que tu t’étends dans la face chaque matin.

Un jour, quelqu’un t’a dit que lorsque tu tombais enceinte, ta bedaine devenait une propriété publique, comme un trophée qui te précède ou un chien que tu traînes en laisse. Tu n’y as pas cru.

Et il avait tellement raison.

Même le monsieur pas trop clean qui vient changer ses canettes vides à l’épicerie trouve ça cute et politiquement correct de flatter allègrement la devanture de ta future progéniture. Comme s’il n’y avait personne derrière ta bedaine. Comme si tu n’étais pas là.

Mais force est d’admettre que toi aussi, t’as oublié pendant un bout de temps que t’étais là. Derrière ta bedaine. Derrière la poussette. Avec tes chums de filles et leurs morveux bambins respectifs, à entretenir des discussions sur la maternité aux teintes similaires à la tache permanente sur ton chandail d’allaitement préféré.

Tu l’as tellement voulu cet enfant-là. Tu as tellement caressé ta bedaine. Tu as sans cesse parlé des millions de jeux, d’histoires et de chansons que vous alliez répéter ensemble. Tu as même pratiqué la lecture et le chant pour ton enfant en dirigeant le son de ta voix vers ton nombril pendant la grossesse. Tu as envisagé, le sourire aux lèvres, chaque chatouille, chaque câlin à partager. Tu y as si souvent rêvé.

Maintenant que ça fait partie de ton quotidien, c’est tout à fait normal et évident que tu penses à ces petits bonheurs et aux besoins – toutes les sortes de besoins – de bébé en dépit des tiens. Penser à soi? Pourquoi faire ? Les cours de cardio-poussette, de yoga-bébé, les rencontres postnatales, c’est vraiment plaisant. Ça fait l’affaire non ?

Là, je vais te le dire, pousse, mais pousse égal.

La raison pour laquelle tu as fait ce bébé-là, c’est l’amour. L’amour inconditionnel d’un petit être de trente pouces pis l’amour au sein de ton couple. Mais tout ça ne vaut rien sans l’amour de soi. Quand tu ne te rappelles plus la dernière fois que tu as brossé tes cheveux, porté un parfum – la fragrance eau-de-vomi ne compte pas -, sorti pour de vrai, fait une activité pour toi-même, c’est peut-être signe qu’il est temps de te remettre un tantinet en question.

Sinon tu vas arriver à la fin de ton congé de maternité avec le motton dans la gorge pis la crainte omniprésente que tu ne seras jamais capable de vivre sans ton bébé pis que tu vas passer tes journées à déverser une marée de larmes dans ton grand désespoir.

T’sais, la femme, l’amie, la blonde, elle existe encore, en position foetale avec le pouce dans la bouche quelque part au fond de toi. Tu peux encore la sentir.

Ça fait que ressaisis-toi.

Parce que la mère indigne que t’es va aller travailler, elle va s’entraîner et elle va parler à des adultes d’autres sujets que des dernières selles de son Fiston.

Elle va prendre soin de son corps pour de vrai et prendre plus que cinq minutes pour manger. Assise.

Elle va boire un café chaud plusieurs fois par jour. Et elle va aimer ça.

Et sans regrets, elle va revenir à la maison ressourcée pour prendre soin de la chair de sa chair.

Parce que une maman heureuse, c’est une femme heureuse qui pense à elle. Et ça, ça n’a pas de prix.

Lysiane Beaubien
LYSIANE BEAUBIEN

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