Les surprises de la maternité

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Au moment où tu poppes ton poupon, tu t’es préparée du mieux que tu pouvais. T’as lu tous les livres que t’as trouvés, assisté à tous les cours prénataux et pris religieusement des notes à chaque fois que la maternité a été abordée dans ton entourage. Réseaux sociaux, sites web, conversations entre amis, tout y est pour perfectionner tes aptitudes plus que novices en sciences de la reproduction. Et pourtant. Pourtant, tu verras, des surprises, tu en auras.

Tout d’abord, t’as ben beau te préparer, des couches, t’en auras jamais assez. Un bébé, ça boit, ça dort (des fois), ça pleure. Pis ça fait caca. Plein de cacas. Des centaines de cacas. Tout le temps. Pis un nouveau-né, c’est pire que tout. Des fois, son minuscule système va attendre que tu changes sa couche pour évacuer. C’pas une blague. Pis des fois, il va faire ce qu’il a à faire pendant que tu changes le caca précédent. C’est donc le moment idéal pour te désensibiliser au dédain que tu pourrais avoir envers les fluides biologiques humains de couleur jaune moutarde de Meaux.

Les premiers jours suivant l’avènement de la naissance de l’enfant chéri sont scientifiquement appelés la lune de miel. C’pas pour rien, ils servent à te faire croire qu’il y a rien-là, mettre bas, pis que t’es invincible. OK, t’as mal à des endroits où t’avais jamais imaginé être endolorie un jour de ta vie, mais mis à part ça, tu trouves que tu t’en sors pas si mal. Watch out, fille, y’a la montée de lait qui arrive. Tu veux mourir du garde-manger et c’est aussi à ce moment que ton mini humain pogne sa première poussée de croissance et se transforme en un ogre de sept livres et demie. Tu l’sais, tu le pèses presque à chaque jour pour être sûre qu’il reprend son poids de naissance.

C’est ici que tu comprends que ton pire ennemi de la prochaine année est arrivé : la privation de sommeil. Des fois, tu seras tellement épuisée que tu seras prête à n’importe quelle bassesse pour une sieste. C’est à ce moment-là que tu comprends que ce que j’appelle le « sommeil actif » est aussi précieux qu’une longue sieste un samedi après-midi avec des bouchons dans les oreilles. Le sommeil actif, c’est tout simplement un terme pour définir toute situation/position/moyen de transport qui permet à ton magnifique chérubin de s’assoupir pour une période de plus de dix minutes sans pleurs. Pour certaines, ce sera le banc d’auto, d’autres le porte-bébé. Pour plusieurs, ce sera debout, le bébé en ballon de football, en se tenant sur un pied, le bras droit touchant au mur en même temps qu’elles chantent l’hymne national du Japon. Tenez-vous-le pour dit : une formule gagnante est une formule en perpétuel changement. Ce qui marche cet après-midi n’est pas nécessairement ce qui marchera ce soir ou cette nuit.

Y’a la vague d’amour, aussi, qui te rentre dedans comme une tonne de briques. Des fois ça prend une couple de jours, de semaines, mais elle finit toujours par arriver. C’est comme une draft de chaleur qui t’enivre, à proprement parler; tu te saoules de la présence de ton enfant. Ça devient une obsession : son sourire, un regard de sa part, un soupir de bébé repu. Ça devient tellement précieux que tu te sens comme une junkie du bonheur de ton enfant, prête à toutes les bassesses pour avoir ta dose. Pis si t’as le bonheur d’en ajouter un autre dans le portrait, après des mois de doutes quant à ta capacité physique à décupler ton amour, tu vas te rentre compte que ton cœur se divise pas, mais qu’il grandit pour faire de l’espace au prochain. Chaque enfant a sa place, c’est ben fait pareil.

En terminant, au chapitre des prises de conscience inattendues, y’a celle de ce que ta mère a pu ressentir quand elle t’a élevée. Tu comprends donc ben à quel point elle a donc ben fait de son mieux, à chaque jour de sa vie, pour te mettre sur la bonne track. Tu comprends que tu devrais lui dire merci pour ce don de soi. Mais comme c’pas évident, être reconnaissante à quatre heures du matin, tu attends sagement la semaine des quatre jeudis pour procéder, t’sais.

Pis là, c’est le moment où tu réalises que ton enfant a juste quatre mois, pis que la vie a pas fini de t’en réserver, des surprises. Tu te rends compte qu’une des plus grandes surprises que la maternité t’a apportées est de développer la faculté d’apprécier le moment présent.

Parce que tu sais jamais ce que pourrait bien te réserver ta journée de demain.

Michèle Tousignant
MICHÈLE TOUSIGNANT

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