Confessions d’une mère

femme fenêtre

Parfois, t’as peur. Tu te demandes où est passé cet enfant autrefois si souple et malléable. T’sais, celui qui bavait dans tes cheveux, qui n’avait d’yeux que pour toi. Le grand amour de ta vie qui devait toujours être à proximité de ton cœur pour être heureux. Ça te pousse à réfléchir. Ben plus loin qu’à l’habitude.

T’as souvent l’impression que de le voir ainsi grandir implique le fait que votre nouvelle réalité le tire par le bras vraiment loin de toi. Vers un univers où ta voix n’existe pas. Que malgré tes appels insistants, son beau prénom se perd quelques part entre ta bouche et son oreille. Ça t’effraie. Et si faire partie des meubles est le signe imminent de son éventuelle autonomie, à défaut d’être tout autour de lui comme au début de l’aventure, tu devras maintenant te contenter d’être disponible pour lui lorsqu’il en aura besoin. Différent.

Le fait est que ton enfant grandit à une vitesse folle. Ça t’en donne le mal de cœur. Avec tes crayons de maman souvent malhabile, tu t’efforces de lui tracer le meilleur des chemins. Mais t’es pas une magicienne. Tu sais pas plus qu’une autre ce qui va sortir du chapeau. La vérité crue, c’est que tu nages dans le néant le plus total. Pis ça, c’est ton secret national.

Depuis le début, tu carbures à l’amour inconditionnel, that’s it. Tu t’accroches à ça. Parce qu’autrement, c’est dans un égarement des plus épeurants que tu travaillerais à faire évoluer ton adulte de demain.

Tu te sens novice et pis tu pourras rien balayer sous le tapis cette fois, tu le sais. Tu lui dois de la cohérence, de l’assiduité à cet enfant-là. Choses que ta propre existence n’a jamais su te réclamer. Ça fait que oui, parfois tout le temps, t’as peur. Tu doutes encore de tes aptitudes à l’élever comme il le faut, ton bébé.

La gorge nouée, tu anticipes pourtant avec ton sourire à cent piasses tout ce qui s’en vient, plus effrayée que ton p’tit lui-même en soi, t’sais. Tu caches ta peur viscérale de ne pas être à la hauteur dans les abîmes de ton cœur.

Ton unique souhait, au fond, c’est le lui offrir une enfance merveilleuse. Une enfance dont il ne devra pas se rétablir lorsqu’il sera grand. Tu souhaites lui offrir une confiance en lui aussi rigide que du béton armé pour qu’il fonce dans l’avenir la tête haute. Pour qu’il fracasse les barrières sans jamais s’écorcher un millimètre de peau au passage.

T’entends tellement d’histoires d’horreur. Et si toi, t’étais réellement un mauvais parent ? Si t’étais pas capable de l’éduquer comme du monde ? Fuck, tu survivrais pas à ce diagnostic-là, c’est certain. Ça fait que le mauvais sang, lourd de culpabilité sans fondement, te circule dans les veines comme une marée noire. Toxique. Intoxicante. Parce que t’as pas véritablement le contrôle.

Tu ne prétends pas détenir toutes les compétences que la société prône pour détenir le titre de la mère digne mais tu donnes ce que tu crois être le meilleur de toi. Tu te remets sans cesse en question par rapport à tes approches, à son bien-être. Tu t’en fais énormément pour ton bébé. Tout le temps.

Sache que du moment où tu t’en fais à ce point pour un petit être humain, il n’y a pas de doute à savoir que t’es la meilleure personne sur terre pour être la mère de celui-ci.

Et que malgré tes craintes, malgré tes doutes, c’est l’amour qui demeurera toujours ton humble guide, le plus naturellement du monde.

Stéphanie Hébert
STÉPHANIE HÉBERT

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