Les frayeurs de la maman hypocondriaque : les boutons

bébé rash

T’avais pas vu ça venir, ce matin-là, quand t’as déposé ta trâlée au CPE. T’étais heureuse, ça faisait quasiment trois jours qu’il n’y avait pas eu de fièvre, de nez qui coulent ni de diarrhée. T’étais zen. Tout le monde allait bien. Fait que quand le téléphone a sonné, tu t’es pas méfiée, t’as répondu comme si de rien n’était.

« Bonjour, Madame. C’est l’éducatrice. #3, ben… y’a des boutons. Y est plein de petits boutons rouges-roses là, sur le chest pis les bras ».

T’essaies de louvoyer pis d’en faire une joke en ricanant.

« Ben, ça doit être l’adolescence !!! ».

Silence de mort à l’autre bout de la ligne. Ça passe pas. Le danger est là, grave et réel. Tu t’essayes.

« J’vais le chercher sur l’heure du dîner ».

Re-silence et raclement de gorge.

« Ben, il est peut-être, ben, possiblement, ben, sûrement contagieux. Pis, il fait de la fièvre. Trente-huit degrés solide ».

Ça fait que t’as pas le choix. En sacrant dans tes joues, tu fermes ton ordinateur, tu annules toutes tes activités du jour pis tu files au CPE où t’attend ton grand malade.

La mine sombre et préoccupée, l’éducatrice s’empare de #3, assis à l’écart du groupe, pis lève son chandail. Tu fronces les sourcils, à la recherche du furoncle incriminant. Pis soudain, tu le vois. Un petit pustule bien ceinturé de rouge. Pas gros, mais bien là. Tu le grattes du bout de l’ongle. Il part pas. Pis soudain tu remarques ses voisins. C’pas un bouton qu’il a, c’est une légion. #3 a les joues rouges pis les yeux cernés.Tout d’un coup, ton cœur manque un battement. C’est officiel, #3 est malade. Pis l’éducatrice te lance un regard consterné.

« Pis ça nous prendrait un diagnostic, hen ? Parce que si c’est contagieux, nous, hen… ».

Son ton sombre finit de caller l’alerte 911.

Tu fonces chez vous, ton bébé sous le bras pis tu consultes ton meilleur médecin, Google. Les premiers mots qui sortent sont typhoïde, scarlatine et angioedème mononucléosique à crampon. Tu capotes. Tu tombes sur un document qui te suggère de regarder son blanc d’yeux. Ça fait que te v’là, à tirer les paupières de #3 qui n’en croit justement pas ses yeux pis à essayer de détecter, à l’aide de ta flashlight de iPhone, la p’tite teinte d’yeux jaunâtre qui t’aurait confirmé que ton enfant avait bien une maladie orpheline extrêmement rare qui transformerait sa peau en carapace croûtée. Nada. L’œil est blanc comme le lait. Tu lui pinces la langue entre deux doigts pis tu tires. Fort. Ce qui déclenche la colère divine en plus de te confirmer que ton petit mourant n’a pas la langue comme une fraise, ni quoi que ce soit de ce genre.

Ça fait que tu t’appliques à distinguer le rash réticulé du prurit sévère pendant que ton bambin t’étudie, de plus en plus inquiet. Tu ressors ton Almanach du peuple, à la recherche de remèdes de grand-mère qui pourraient sauver ton enfant. T’essaies, individuellement puis en combinaison, le bain de lait d’avoine, la petite vache, la mousse de bière brune dont tu avales la substance au passage, la calamine, le froid, le chaud. Tu badigeonnes #3 d’argile verte, tu le fais sécher au soleil en chantonnant, mais ben non, quand tu lui retires la croûte verdâtre, les boutons sont toujours là.

Craignant le pire, tu t’en vas poireauter huit heures de temps à la clinique médicale du coin où ton petit boutonneux liche littéralement toutes les chaises de la salle d’attente pendant que tu regardes l’horloge, le cœur serré par ton incapacité à, sinon guérir ton enfant, du moins comprendre ce qu’il a. Tu poireautes en repassant en boucle les cent-trois diagnostics possibles pis en te faisant deux ou trois scénarios pour chacun. Quand vient ton tour, tu t’attends quasiment au pire. Tu te lèves, un peu tremblante mais digne et pleine de courage, pis tu tends la chose, maintenant profondément endormie, au médecin.Qui te regarde, perplexe.

« Mais qu’est-ce qu’il a, Madame, votre enfant ? ».

Hagarde, tu lèves le chandail de ton enfant. Pour découvrir sa poitrine lisse et intacte. La horde de boutons est partie pis avec elle la fièvre et tout autre simili-symptôme qui aurait pu te convaincre que tu n’étais pas allée passer ton jeudi soir à la clinique pour le fun.

Fait que tu repars chez vous, ben frustrée.

Toi, l’hypocondriaque, tu sauras jamais ce qui aura causé ta frayeur.

Maman Au Cube
MAMAN AU CUBE

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