Morsures et compagnie : ton enfant Mini-Wheat

fillette colère

Le caractère qui se forge, des fois ça passe comme du beurre dans la poêle et des fois ça fesse comme une tonne de briques. T’aurais ben aimé ça, ne jamais avoir à dealer avec ça, mais on sait qu’une fois que les enfants font partie intégrante de ta vie, t’as beau essayer autant comme autant de garder le contrôle, c’est pu toujours toi qui décide. T’achètes la paix en leur laissant choisir la couleur de l’assiette pour souper trois fois plutôt qu’une et tu les laisses aller à la garderie en pyjama.

Mais y’a des affaires qui prennent plus de logique et moins de lâcher-prise.

T’as la fâcheuse impression d’avoir un Mini-Wheat en guise de fille. 

T’as de la misère à concevoir ça puisque y’a pas une heure de ça, elle te regardait avec un grand sourire, le peigne et les élastiques dans le mains, voulant que tu lui attaches les cheveux et que tu lui mettes du kytex. C’est une soie débordante d’amour et de tendresse. 

Mais une foisque t’as passé le cadre de porte de la garderie, elle se transforme en une sorte d’Édouard-aux-mains-d’argent-cannibale-avec-prédispositions-de-vampire.

« C’est juste une phase! Tous les enfants passent par là, t’en fais pas avec ça, ça dure juste un mois. »

Tes amies maman t’ont rassurée, surtout celles qui travaillent dans les centres de la petite enfance et tout autre dérivé. Tu y as cru avec le plus bel espoir naïf du monde. 

Le temps a passé, mais rien n’a changé. Pire, ta fille a pris de la vitesse et des twists pour agir en catimini sans que les éducatrices s’en rendent compte.

Elle mord. Elle tape. Elle griffe.

Ça fait plus de six mois. Tu désespères. Qu’est-ce que t’as manqué dans son cheminement pour qu’elle en soit rendue là ? T’as pourtant pas changé ta recette. La même utilisée pour son grand frère et lui, rien, niet, nada. Un vrai pacifiste sur deux pattes.

Et là, maintenant, tu te demandes ce que tu pourrais faire de plus que ce que tu fais pas déjà pour que ça s’arrête. Parce qu’on va pas se mettre la tête dans le sable, les gens te font bien sentir que leur patience a atteint ses limites. 

Ta fille est méchante et elle a un problème de comportement.

Ça fait qu’à tous les soirs, tu repars avec les p’tits, la tête basse pour cacher tes sanglots et ton sentiment de culpabilité level cut-off.

T’as suivi à la lettre les recommandations de tes amies , des gens que tu connais à peu près pas, t’as essayé le citron, le vinaigre, les punitions et le conditionnement.

Mais tu ne lui veux pas de mal, à ta fille. Tout ce que tu veux, c’est l’aider. L’aider à s’exprimer. L’aider à se faire comprendre.

T’as fait appel contre ta volonté à des professionnels pour t’outiller à combattre cette grosse tempête pis tu poireautes sur une liste d’attente pas de fin. T’es habituée de faire la file partout. À l’urgence toutes les deux semaines pour une raison qui attend pas l’autre pis à la pharmacie pour les médicaments de la raison qui attend pas l’autre. Sauf que la situation est en train de devenir complètement insoutenable et que les six mois d’attente en file ne font pas partie de tes options.

Ça fait que devant le néant, tu prends la faute sur toi. Parce que si ça doit être la faute de quelqu’un, c’est forcément la tienne ?

Si seulement les parents des petits amours qui ont été victimes des attaques sournoises de ta princesse pouvaient savoir à quel point t’es désolée. À quel point t’es gênée de les croiser, que ce soit à l’épicerie, à la pharmacie et n’importe où ailleurs. Peut-être qu’ils arrêteraient de te fusiller du regard tous les soirs.

Tu ne leur diras jamais que lorsque ton emploi du temps te le permets, t’attends de les voir quitter la garderie avant de te pointer pour aller chercher tes enfants en te disant qu’ils ont ben raison et que finalement, le comportement de ta fille te fait honte.

Tu n’auras jamais la force de les implorer de te comprendre. De comprendre que tu ne comprends plus rien.

Tu ne leur diras jamais que ça arrive le soir que tu pleures à chaudes larmes dans les bras de ton chum car tu les as vu ignorer ton enfant ou t’as croisé le regard désobligeant qu’ils lui ont lancé dans son dos pendant qu’elle s’amusait à jouer tranquillement dans le sable. Cette enfant qui demande juste de l’amour, du plaisir, du bonheur et de la tendresse.

Ça fait que t’en est là.

T’as décidé d’y aller à ta propre manière, celle que ton instinct te dicte. Le soir, pas de chichis, juste ben de l’amour pis des câlins.

Être un enfant et grandir dans un monde de grands, c’est éprouvant. Essayer de se comprendre à deux ans et dealer avec soi-même, c’est pas de la petite bière ma chérie. Je sais que t’as besoin de maman pis maman est là. Viens donc ici qu’on se colle pis qu’on s’aime. 

Demain, on s’occupera du reste.

Mélissa Rondeau
MÉLISSA RONDEAU

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