Le calvaire des soupers de semaine : comment attraper la salmonellose en 16 étapes faciles

mère souper

T’arrives de la garderie. Les enfants sont survoltés. Ils ont des gros projets pour la soirée pis, guess what, t’en fais partie. Tu prends donc quelques minutes pour jouer à la cachette pis aux petites voitures mais malheureusement, contrairement à Zuchini, l’animatrice de seize ans du futur camp de jour, t’as un souper à préparer. Ça fait que tu y vas pour ta grande annonce en y mettant toute la joie nonchalante que t’es capable d’y mettre.

« Maman doit aller préparer le soupeeeer!!!! »

Annonce qui est accueillie par des lamentations s’apparentant au chant des baleines, baleines manifestant avec vivacité leur désaccord envers cet outrageux abandon.

T’inquiète, un jour, ton plus jeune aura passé le cap des deux ans et t’auras le grand luxe de pouvoir starter le souper avant l’arrivée de l’homme.

T’auras plus à répondre au grand dilemme moral  souper-plus-tard-ou-barrer-l’accès-à-la-cuisine-avec-la-barrière. T’sais, la barrière après laquelle le petit va se pendre, dégoulinant de morve et de larmes de rage. Barrière qu’il finira de toute façon par arracher à grands coups de pied pis de corps avec, possiblement, une partie du cadre de porte.

C’est donc en lui pitchant trois ou quatre morceaux de concombre par-dessus bord tout en prenant soins d’éviter de penser aux animaux de la ferme dans leur enclos que tu tentes de te déculpabiliser de vouloir éviter de l’ébouillanter en t’enfargeant dedans, lui et sa panoplie de blocs étendus devant l’espace fourneau.

D’ici quelques mois, quand ta progéniture sera en âge de s’occuper toute seule trois minutes d’affilée, tu pourras probablement donner libre cours à tes fantaisies dans la préparation du souper. Tant que celui-ci ne te prenne pas plus de six minutes à préparer – soit un peu juste avant que l’eau ne bout,  soit à plus ou mois quatre-vingt-seize degrés.

Et malgré toute ton expérience, certains soirs tu te sentiras plus wild et tu vas viser le plus-de-3-ingrédients-avec-poitrine-de-poulet en seize regrettables étapes.

#1  Lave les mains.

#2  Sors le poulet du frigo.

#3  Commence à déchirer la petite pellicule plastique, ramasse ladite poitrine pour la mettre sur la planche à découper.

#4  Bruit suspect au salon (thumps up pour celles dont le salon est visible de la cuisine).

#5  Rince les doigts à l’eau en vitesse, cours au salon les mains en l’air comme une chirurgienne qui s’en va faire une opération à coeur ouvert.

#6  Aperçois le plus vieux entrain de grimper dans la bibliothèque pour attraper ton cellulaire.

#7  Rappelle à l’amour inconditionnel de tes jours les consignes et règles de sécurité pendant que tu fermes les yeux sur l’autre en train de sauter sur le divan.

#8  Désalmonellisation du cellulaire ben vite à la lingette Purel.

#9  Relave les mains au savon et retour audit poulet.

#10  Pogne le couteau, coupe quatre ou cinq morceaux

#11  Bruit de chicane au salon suivi d’un bruit de pleurs.

#12  Relave ben vite les mains, au savon cette fois parce que t’écoutes ton feeling qui te dit que l’intervention à venir va nécessiter un contact physique.

#13  Arbitrage de chacune des parties. Prise de bec ayant mal viré entre Chase, Marcus contre monsieur Patate. Des petits doigts ont subi des dommages collatéraux dans la bagarre.

#14  Console un, rappelle les règles à l’autre, tente de faire comprendre à un de sacrer patience à l’autre.

#15  Relave les mains au savon en raison de contact direct avec un nombre important de fluides non-identifiés et retour au dit poulet.

#16  Constat : ça fait vingt minutes que le poulet est sorti, t’en as pas la moitié de coupé pis tes mains chauffent.

Ça fait que tant pis pour les recommandations du culpabilisant Mieux-Vivre dont les auteurs doivent probablement vivre avec trois ou quatre esclaves pour arriver à suivre leurs propres règles. Chez vous à c’t’heure, la télé est allumée pendant toute la préparation du souper.

Parce qu’il y a un vieux dicton chinois qui dit : « Mieux vaut s’abrutir devant la télé que de mourir d’une salmonellose».

Karine Ouellet
KARINE OUELLET

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *