Le p’tit chien Vileda

yorkshire habillé

T’sais le p’tit couple sans enfant trop parfait, celui qui barbouille ton Facebook de je-t’aime-non-moi-plus pis de selfies trouvez-vous-une-chambre ? Eh ben là, ils viennent de s’acheter un horrible petit chien qui a autant de style qu’une moppe Vileda.

Pis là c’pas toute, j’espère que t’es ben assise sur ton bon gros derrière de bonne femme parce qu’imagine-toi donc que leur bambin-barbu va les préparer ni plus ni moins, et je les cite, à devenir parents, t’sais.

T’es crampée. Tu te peux pu.

T’as des couteaux dans les yeux, toi, le cadavre qui n’a pas enfilé six heures de sommeil depuis l’ère de glace. Les cheveux jackés tout croche cent pieds dans les airs pis le mascara du jour de l’an 2013 en guise de smokey eyes, t’as le goût de mettre tout ça au clair pis de faire une intervention publique devant ton petit clavier d’ordinateur. Un chien pis un kid, c’est deux.

Tes multiples carences des dernières années te poussent inévitablement à te visualiser dehors sur le gazon à lancer du caca de chien à ce couple en hurlant : « Ne voyez-vous pas qu’il est déjà propre, votre chien ? »

Tu te vois sans difficulté pénétrer par infraction à 3h30 du matin chez les deux tourtereaux paisiblement endormis et entrelacés, t’étendre de tout ton long à leur coté en soupirant bruyamment : « Ne voyez-vous pas que votre chien fait déjà ses nuits ? »

Mais tu te retiens  parce que la prison et la vente de crayons Bic, ça t’intéresse pas plus qui faut.

Non mais heille minute-là.

Y’aura jamais assez de visite coupe-griffe chez Mondou pis de piqûres chez le véto pour équivaloir à un centième du calendrier de quatre cents pouces d’épais qui t’attend une fois que tu te reproduis.

Et pis t’sais, ça a l’air ben cute et à peu près semblable vite vite de même mais la réalité parentale c’est qu’un enfant, tu peux pas le maudire dans sa cage avec deux-trois jouets en caoutchouc pis sa doudou pleine de pisse quand t’as besoin d’un break. Parce qu’à partir du moment où t’es catapultée dans ta nouvelle réalité de parent, le mot break se sauve à toute jambe de ton vocabulaire.

La paix, la paix. Quand est-ce que tu as ça, toi, la paix ? Et pis à moins de vouloir faire la une à LCN, tu ne peux pas non plus lui mettre une muselière ou le faire opérer sur le marché noir pour les cordes vocales parce qu’à 4h00 du matin il s’apprête à te réciter le refrain de Caillou. Deux fois.

Pis si tu oses espérer une semaine de repos à Cuba, on s’entend-tu pour dire que le monde se pitche pas pour les garder tes kids là, hein. Oh non, fille. Mais, j’te garantis que le p’tit chien Vileda, lui, va trouver preneur pis qu’il va aller se faire faire des petites tresses.

Le p’tit couple sans enfant peut potentiellement s’ennuyer de son chien resté au Québec et peut-être ben pas aussi t’sais. Mais toi, la sainte-mère qui part sans ses p’tits, autant t’as pu fantasmé sur son tout-inclus pendant près d’une décennie, autant tu risque de finir en p’tite boule entre deux palmiers, ton dixième verre à la main en train de brailler dans les bras d’un Pedro Suave-Sanchez que tes enfants te manquent terriblement. Ça fait que t’es pas plus sereine sans eux finalement, t’sais.

Quoique je ne sous-estime pas les tâches découlant de la possession d’un bambin-barbu, je crois fermement que cela n’est pas susceptible d’affecter ta santé mentale. Que ce soit les poils partout sur le sofa, les vitres de l’auto baveuse ou la crotte de travers sur la gazette qui t’exaspère, j’peux te garantir que tu auras toujours une minute pour souffler. Mais ça, tu risques de le réaliser trop plus tard, au moment où tu troqueras ton rôle de maître pour ton rôle de parent.

Mais écoute, le jour où mes enfants resteront au pied, qu’ils répondront à mes appels et mangeront sans broncher tout ce que je leur donne, y’aura peut-être possibilité que je revoie ma position.

Stéphanie Hébert
STÉPHANIE HÉBERT

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