Les deux côtés de la médaille

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À toi chère maman qui est venue manger au Resto Pub de Montréal ce soir avec ton armée

Lorsque tu es arrivée avec ta ribambelle d’enfants, que tu t’es assise à mes côtés et que tu as envahi mon espace avec ton banc d’auto, ta chaise-haute pis ton booster, sache que je t’ai immédiatement jugée et que j’ai fait une paire de yeux ben complices à mon chum. C’est normal t’sais. Vous êtes arrivés comme un troupeau d’éléphants à 18h45. Franchement, tu parles d’une heure pour faire manger des enfants. À cette heure-là, ils devraient être dans le bain et bientôt prêts à dormir. C’est évident.

Puis on vous a oubliés quelques instants et on a échangé sur notre futur. Mais votre #2 nous a ramenés assez vite sur terre en lançant sa nourriture et en peinturant par le fait même ma nouvelle robe de quelques gouttes de sauce tomate. Puis tu lui as murmuré quelque chose à l’oreille. Ça devait être l’annonce d’une punition épouvantable car il s’est mis à crier si fort que tout le restaurant s’est retourné, figé par la peur. Puis tu l’as assis sur toi et tu as commencé à lui donner des frites. Des frites. Ces bâtonnets de junkfood salés et graisseux. À un enfant d’à peine deux ans. Tu te demanderas, dans dix ans, pourquoi il fait de l’embonpoint et qu’il règne sur ta vie comme un enfant roi.

On va se le dire, en plus, t’as pas choisi l’homme de la situation comme père. Pas mieux que toi t’sais. Pendant que tu gavais #2, lui, il donnait son cellulaire à #3 et brassait quelques fois #1  dans sa coquille du bout du pied. Il ne faut pas s’étonner que les enfants soit moins créatifs qu’avant. Dans mon temps, on coloriait au restaurant.

Quand vous avez enfin décidé de partir, vos enfants ont refusé de mettre leur manteau et vous les avez quand même laissé sortir dehors sous la pluie. Une affaire pour pogner une pneumonie. C’est à cause de parents indignes comme vous que les hôpitaux sont engorgés.

On va mettre les choses au clair, un restaurant dit familial ne veut pas dire jardins d’enfants. C’est mon souper de fiançailles que tu es venue ruiner.

À toi la dame qui était assise à nos côtés ce soir au Resto Pub de Montréal

Ce soir, en revenant du travail, il y avait un trafic du genre salle-d’attente-d’hôpital. Je suis arrivée quinze minutes en retard à la garderie qui ferme à 18h00 pour récupérer #2 car j’ai d’abord dû aller chercher #1 au service de garde. Mon chum, qui a fait de l’overtime, n’a pas pu aller chercher #3 et il est arrivé chez nous à 18h30 en même temps que moi, vidé. Comme il était trop tard pour faire à souper, sans quoi les enfants se seraient couchés passé huit heures, on a finalement décidé d’aller au restaurant qui est juste à côté de chez nous, ce qui nous donnerait aussi un break de vaisselle parce que nous étions particulièrement à terre.

On a malheureusement vite fait de regretter notre décision lorsque #2 a commencé à lancer sa nourriture. Faut dire qu’il a un trouble sensoriel et que son plat était un peu chaud, ce qui l’a fait réagir. Je t’ai vue me lancer un regard de feu et je me suis sentie aussitôt très gênée. J’ai voulu calmer le tout et j’ai dit à #2 que nous lirions la Pat’ Patrouille ce soir avant le dodo. #2 ne voulait rien savoir de la Pat’ Patrouille mais comme il ne fait pas encore de phrases complètes et que je n’ai pas compris sa réponse, il a juste crié le plus fort possible en pleurant en même temps. Il devait être aussi brûlé que nous car je ne l’avais jamais vu réagir comme ça jusqu’ici.

Je suis une maman grano pour mes enfants mais comme j’avais très peur du jugement des autres qui commençaient à nous dévisager sérieusement, j’ai préféré l’asseoir sur moi et je lui ai tendu un petit bout de frite. Malgré le fait que #2 adore les textures molles, je m’en voulais déjà en le regardant engloutir ces petits bâtons jaunes du diable dans sa petite bouche pleine de dents toutes blanches.

Une chance que mon chum était là pour m’aider. Habituellement, les enfants veulent toujours ce que leurs frères et sœurs ont. Pour détourner son attention des frites, il lui a prêté son cellulaire avec une vidéo de son émission préférée. Quel coup de génie! Puis quand #3 s’est réveillé, il a brassé sa coquille avec son pied tout en coupant la nourriture de #1 car la vibration l’empêche souvent de pleurer.

Puis il a été payer et demander nos plats en doggy bag parce qu’on n’avait pas eu le temps de manger moi et lui. Pendant ce temps, j’ai voulu préparer les deux grands à sortir mais mon plus grand a refusé de mettre son imperméable et milieu voulait l’imiter. On choisit nos batailles dans la vie et j’avais juste hâte de sortir de là car j’avais l’impression que les yeux de mes voisins de table me fusillaient.

J’aimerais te dire que je suis désolée que le serveur nous ait placés côte à côte. Tu avais l’air de célébrer un événement important.

Isabelle Larocque
ISABELLE LAROCQUE

4 thoughts on “Les deux côtés de la médaille

  1. Geneviève Groulx Répondre

    J’ai bien aimé ton texte ! En même temps, qui célèbre un souper de fiançailles dans un restaurant familial ? Faut s’attendre à rencontre ce genre de clients ..

  2. Danielle Boudreault Répondre

    Moi, j’ai l’impression que votre commentaire est rattaché à un événement créé de toute pièce …

    1. Josephine Répondre

      Que voulez-vous dire?

  3. Julie Répondre

    Jadore tout simplement quelle idee de genie que cette histoire ait ete vecue par vous ou non on a tous deja passer par une situation quasi semblable pour ma part pas une question de resto mais autre chose simplement que la lecon a en retenir a chaque article c’est qu’on ne doit pas juger car on ne sait pas ce que la personne devant nous a pu vivre ou vie a ce moment precis… Jusqua maintenant c’est mon article preferer puisque c’est justement la que le stop au jugement prend son sens! Merci

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