Je suis une mère indigne

maman indigne

Je suis une mère indigne.

J’ai trahi le concept de la maternité utopique qui dit que le fait d’avoir des enfants doit inévitablement faire de moi l’être le plus reconnaissant de la planète et que tout ce que je suis en droit de faire depuis la seconde où j’ai mis bas, voire celle où mon Clear Blue m’a annoncé l’heureuse venue de ma progéniture, c’est de faire la danse du soleil chaque matin en me shakant le mou de ventre postnatal pour rendre grâce à la vie.

Prends ton gaz égal.

Je l’adore, ma progéniture. Personne en ce bas-monde-qui-juge-l’autre-pas-mal-trop-vite ne peut l’aimer plus. Ni mieux. Parce que c’est la chair de ma chair. Parce que je lui ai donné la vie et que je lui donnerais aussi la mienne s’il le fallait. N’importe quand. Parce que personne ne me remplira jamais plus de bonheur. Parce que même dans un état de crissitude avancé, quelque part au fond de mon cœur de mère indigne, j’ai toujours la certitude d’être la fille la plus chanceuse au monde. Parce que depuis sa naissance, tout ce que je fais, je le fais pour elle. Sauf prendre un verre de vin. Mais je pense à elle en même temps. J’y pense tout le temps.

La vérité, c’est qu’on vit pas dans un monde de Calinours pis de balounes roses pactées de Rockets. Pis ça m’arrive d’en avoir ma claque. Souvent. Ça m’arrive de perdre patience. Souvent. Ça m’arrive d’avoir l’impression que je n’en verrai pu jamais le boutte. Souvent. Ça m’arrive d’avoir le goût de pacter mes p’tits pis de décoller pour une destination inconnue. Des fois. Au nord, au sud, whatever. Tant qu’il y a possibilité de boire un Sex On The Beach dans le silence ou une tasse de café encore chaud au complet.

Je me suis longtemps sentie coupable de ne pas avoir envie de jouer aux Legos, aux poupées pis de courir comme une déchaînée au parc pour faire plaisir aux petits. Je me suis longtemps sentie coupable de ne pas respecter le guide alimentaire. Je me suis longtemps sentie coupable de laisser mes troupes devant la télé pour ventiler. Je me suis longtemps sentie coupable d’avoir hâte à la sieste. Je me suis longtemps sentie coupable d’avoir pogné les nerfs en répétant la même affaire pour la cinquante-deuxième fois.

Pis un soir, à l’heure du dodo, mon fils m’a dit je t’aime avec le plus beau de ses sourires. Le même qu’il utilise pour me demander une faveur. Celui qui lui servira aussi à séduire les filles dans dix trente ans. Pis j’ai compris. J’ai compris que ce n’était pas à ses yeux à lui, que j’étais une mère indigne. C’était aux yeux de ceux qui ne nous connaissent pas. Ceux qui prétendent savoir comment on élève les enfants. Ceux qui prétendent savoir comment on les nourrit. Ceux qui prétendent savoir de quelle façon on doit en parler. Ceux qui prétendent savoir comment on les aime.

Et j’ai arrêté de me sentir coupable.

L’épée de Damoclès de la maternité qui menaçait de me fracasser le crâne à tout moment venait de lever le camp. Pis pour m’assurer qu’elle ne refasse plus jamais surface, j’ai décidé de parler. J’ai décidé de le dire, quand j’en avais marre. J’ai décidé d’écrire que j’étais tannée. J’ai décidé de rire de moi, de la maternité pis de tout ce qu’on s’impose à tort et qui ne nous rend pas plus heureux.

Dans mon jardin il y a des fleurs pis des mauvaises herbes. Et j’ai choisi d’arroser les fleurs pis de tirer les mauvaises herbes par la queue une à une plutôt que de les ignorer. Comme ça, je les prends à la racine. Ça évite les invasions pis ça fait un maudit beau parterre dans lequel on rit en gang avec une coupe de vin plutôt que de se scrapper les genoux en braillant toute seule.

Je suis une mère indigne.

Et je suis fière de l’être.

Partagez cet article afin que nous puissions mettre fin ensemble à cette pression que nous contribuons toutes à mettre sur les épaules des mères au quotidien.

Parfaite Maman Cinglante Michèle Tousignant Isabelle Martineau
Parfaite Maman Cinglante Michèle Tousignant Isabelle Martineau
Pénélope Jacques Mélissa Rondeau Laurianne Loyer
Pénélope Jacques Mélissa Rondeau Laurianne Loyer
Rose-Marie Martel Maman Au Cube Annie Fréchette
Rose-Marie Martel Maman Au Cube Annie Fréchette
Andréanne Gignac Karine Ouellet Anaïs Leclerc-Gignac
Andréanne Gignac Karine Ouellet Anaïs Leclerc-Gignac
Annie Richard Stéphanie Hébert Émilie Fournier
Annie Richard Stéphanie Hébert Émilie Fournier
Marie-Hélène Tremblay Annie Chamass Sarah Perron
Marie-Hélène Tremblay Annie Chamass Sarah Perron
Émilie Verret Isabelle Larocque Audrey Roy
Émilie Verret Isabelle Larocque Audrey Roy
Virgine Boissonnault Sophie Perron Myriam Gélinas
Virginie Boissonnault Sophie Perron Myriam Gélinas

6 thoughts on “Je suis une mère indigne

  1. Sylvie Auger Répondre

    Bonjour
    Je suis auss une maman de 2 grands enfants de 28 et 30 ans et comme J aurais aimé pouvoir lire tes textes quand J avais 2 petits cocos et que je ne savais plus où donner de la tête en plus de taper sur cette dernière en me disant que J étais la pire des mamans pour toutes les raisons que tu mentionne dans tes textes.
    J’ai même voulu mourir tellement le regard que je portais sur la maman que J étais était dur.
    Aujourd’hui à 56 ans j’°aimerais recommencer afin de vivre pleinement ma vie de maman
    Aujourd’hui je peux dire que j’ai été et que je suis encore une bonne maman, mes enfants me le disent et me démontre par les bons adultes qu’ils sont devenus
    C’est toujours avec grand plaisir que je partage tes textes qui pourront sans dédramatiser et rendre la vie de maman plus douce
    Bravo ma belle

  2. Martin Répondre

    La culture du « ce que j’ai envie » et non du « ce qu’il doit être fait ». C’est ce qui fait en sorte que des systèmes sociaux évolués acclamés et trop cités tels qu’on les retrouve dans certains pays nordiques comme la Finlande ne fonctionneraient jamais ici, là où le coeur et le sang latin domine la raison du cerveau. Le texte manque de nuances mais est un très bon départ pour se questionner sur la sociologie de l’Occident au moment d’écrire ces lignes.

  3. Diane Répondre

    Je suis une mère indigne et quand je vois mes deux grands enfants de 15 et 20 ans je suis remplie de fierté. Ils sont équilibrés, débrouillards, intelligents, responsables, drôles…. Grâce à eux et pour eux, je suis devenue la PARFAITE mère indigne.

    J’ai réalisé qu’ils avaient besoin d’une mère indigne quand l’un mes fils m’a dit qu’il ne m’avait jamais vu assise sur le divan et qu’il aimait ça passer du temps assis avec moi à « chiller ».

    Mes deux fils sont heureux pis en plus, ils sont certains d’avoir la meilleure mère du monde, celle qui s’amuse et qui « chil » avec eux plutôt que celle d’avant qui voulait que tout soit parfait. Bah, j’ai encore des sursauts quand je vois les « mères parfaites » avec leurs bambins. Dans ces moments-là, je prends un verre de vin (ou deux) et ça passe.

  4. Audrey Répondre

    Merci pour ce texte. Il m’a mis mes larmes parce que je suis aussi cette mère indigne. Mais je sens toujours cette culpabilité. Mais ce texte, m’a ouvert les yeux. Je ne suis donc pas la seule à ressentir ça.
    Moi aussi j’ai commencé à retirer les mauvaises herbes de mon jardin et cela fait un bien fou.
    Merci encore pour ce message, l’air de rien, ça m’a beaucoup aidé.

  5. Sylvianne Laflamme Répondre

    Il n’y a pas de mère parfaite il y a que des femmes avant tout, devenues maman. Ces femmes que nous sommes, avons oublié qui nous étions avant de prendre le rôle de la mère indigne. Une grand-maman qui a connu la mère indigne.

  6. Angie Répondre

    Je tombe sur cet article au meilleur moment possible. Mon fils de 18 mois me pousse à bout en ce moment et chaque soir je me sens coupable de tout, d’être une mauvaise mère, de ne pas avoir assez de patience, de ne pas avoir envie de jouer au train pendant des heures, et j’arrête là longue longue liste. Je me suis reconnue dans ce que j’ai lu et ça m’a rendu le sourire. Merci.

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