T’as perdu la game : le sex-appeal

lèvres femme

On se le cachera pas, la séduction, c’est une game. Pis toi, depuis que t’es mère, t’es pas mal game over. T’avais ben de l’allure t’sais. C’était facile avant d’avoir accouché d’un obus. Maintenant, quand tu te regardes dans le miroir le matin, on dirait qu’un camion t’est passé dans face. T’as plus de cheveux blancs qui t’ont poussé sur la tête en cinq mois qu’en trente ans. Mais c’est pas grave parce que les hormones en ont fait tomber la moitié.

Les premières semaines après avoir accouché, tu t’en sacrais d’avoir des poches de hockey sous les yeux et d’être blême à rendre jaloux un albinos. Mais après 5 mois, t’as recommencé à vouloir te sentir un peu cute et t’as voulu te prendre en main. Ça fait que t’es retournée t’entraîner. Croyant bien faire, t’as choisi le cours de zumba bébé. Après la période de réchauffement, t’avais déjà envie de vomir, t’avais la bouche aussi sèche que le désert du Nevada pis tu frôlais l’AVC.

Même si t’es en couple, que t’aimes ton chum et ta progéniture, c’est normal d’avoir envie de te sentir séduisante. Alors tu te forces, tu prends cinq minutes de plus le matin pendant que le bébé braille pour appliquer du fond de teint avec une truelle, tu fais le tour du walk-in quatorze fois pour retrouver le morceau de vêtement qui te fait encore et quand il est potable, tu sors te promener. Force est d’admettre qu’à part le gars qui conduit le camion de recyclage, tu ne remarques aucun regard d’homme posé sur toi. Bon , t’es peut-être juste trop occupée à fixer ton bébé avec insistance. C’est à peu près là qu’une petite jeune de vingt ans te rentre dedans en même temps que ta pathétique réalité : t’as déjà eu l’air de ça toi aussi et cette toi-là est restée loin derrière. Tu lui ferais bien une jambette à la p’tite jeune au cul aussi étroit que ferme.

S’il arrive que tu quittes la maison sans ton sac brun sur la tête et que tu ne croises personne qui détruit ton estime, la galère finit toujours par te rattraper quand même. Embarque le sac à couches, la sacoche, la coquille avec un bébé qui chigne depuis dix minutes parce qu’il aime pas ça être attaché et la poussette dans le char et c’est un départ. Arrive au centre d’achat, cherche pendant quinze minutes une place de stationnement pas trop loin de la porte, débarque la poussette, le sac à couches, la coquille. Magasine. Trouve pas ce que tu cherches. Retourne au char dans lequel il fait quarante-cinq degrés, cherche dans quelle poche de quel sac t’as mis tes clés, rembarque la coquille, le sac à couches, la sacoche, sacre après la poussette pas pliable. Change de magasin. Cherche un parking. Trouve. Débarque la poussette, etc. jusqu’à ce que mort s’ensuive, que t’aies eu le temps d’avoir les cheveux gras, le mascara coulé jusqu’en dessous des bras et le col de chandail plein de vomi. Adieu sex appeal. Bonjour le souvenir nostalgique de tes fesses dures et de tes cheveux au vent.

En parlant de cul, t’as pas engraissé de là d’un millimètre durant ta grossesse, comme beaucoup d’autres s’en plaignent. Au contraire, tes fesses sont parties en vacances avec ta libido pis tu es pas sûre qu’elles vont revenir. Par contre, tu t’es cuisiné un beau muffin top au niveau du bourrelet de ventre. Bon, j’imagine qu’il y a sûrement encore des hommes qui aiment les muffins.

Parlons poitrine. T’en avais déjà une généreuse. Même si c’était pas la plus ferme de la gang, elle attirait les regards des hommes comme ceux des candidats de The biggest loser dans un buffet chinois. Enceinte, tu oses même pas dire quelle taille de soutien-gorge tu portais. Le monde pourrait croire que ça existe pas. Des parachutes. Avec la première montée de lait, t’as cru que t’allais devoir te fabriquer une brassière avec une toile de tempo. Maintenant que t’allaites depuis six mois, ta poitrine a presque repris sa taille d’origine mais tu te demandes ben de quoi ça va avoir l’air cette affaire-là quand ça fera pu de lait et que bébé aura été accroché après ça pendant un nombre incalculable d’heures.

Quand t’entends tes amies célibataires parler de leurs sorties, de leurs dates ou quand tu les regardes courailler, tu te sens aussi à l’aise qu’un ours dans un jeu de quille. Imagine si tu tentes le coup de sortir prendre un verre avec elles. Tu vas sûrement finir assise sur le trottoir dans une flaque d’eau à pleurer ta vie, tes souliers dans les mains, des ampoules aux pieds et…ah finalement, plus ça change, plus c’est pareil on dirait.

Virginie Boissonnault
VIRGINIE BOISSONNAULT

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