À toi, le collègue qui me juge

femme collègue

T’sais, y’a des grands hommes qui ont dit de jamais juger un homme avant d’avoir marché un mille dans ses souliers. Ben moi je te dis de ne pas me juger avant d’avoir vécu une journée dans ma vie.

Avant de juger mon linge plein de traces de doigt de yogourt, dis-toi que pendant que tu mangeais ton bagel-frais-du-jour pis ton orange pressée, moi, je me battais avec trois enragés qui engouffrent hebdomadairement des tonnes de Cherrios, qui sont sur le bord de faire paraître dérisoires les quotas de lait des fermes québécoises pis qui peuvent manger quatre bols de « gogourt » d’affilée jusqu’au moment où ils décident qu’ils en veulent pu. Moment auquel ils me le pitchent dans la face à moins qu’ils aient décidé de se faire un soin de corps avec. Pis que mon bol de Cherrios à moi a fini plein sur le bord du comptoir, à côté de mon café frette à peine entamé.

Avant de juger mon linge un peu fripé pis mon manque d’accessoires, dis-toi que ledit linge a été enfilé en douze secondes entourée de mes trois plus fidèles spectateurs, qui me tapaient sur les fesses (« Grosses fesses maman !!!»), s’accrochaient à mes jambes ou essayaient d’enfiler mon veston soigneusement pressé la veille avec les doigts pleins de restants de « gogourt ». Ma progéniture connaît ma lingerie mieux que mon chum. Comme #2 essayait d’étrangler #3, j’ai laissé faire les boucles d’oreilles qui de toute façon auraient fait l’objet d’un souque à la corde, les colliers qui auraient fini dans la bouche de ma fille, les bas de nylon qui auraient pas toffé jusqu’à la porte d’entrée pis finalement, tout le reste. Le déodorant et le brossage de dents c’est pour les bonnes journées pis les cheveux peignés, c’est arrivé juste une fois quand j’avais laissé la télé allumée par inadvertance pis les kids étaient jammés là, speachless devant cette aubaine.

Avant de juger mon lunch fait d’un restant de crackers, d’un piment pis de trois tranches de fromage jaune, dis-toi que pendant que tu te faisais une salade-au-thon-méditéranéenne-bio-équitable pis ses petits accompagnements-fraîcheur croquants, je me faisais coiffer sur la ligne d’arrivée par la gang qui clanchait son deuxième pâté chinois format industriel de la semaine sans en laisser une graine, avant d’engloutir les muffins destinés aux collations pis une fois partis, les fruits coupés pour la collation. Quand j’ai essayé de me faire un lunch, il restait juste des croûtes, du céleri pis du maudit fromage jaune. J’aime pas ça moi non plus du fromage jaune pis des crackers pis honnêtement, j’mangerais bien ta salade tranquillement avec un verre de blanc si tu me l’offrais. Ça fait ben quelques mois que j’ai pas mangé un vrai repas tranquillement.

Avant de juger mon manque de préparation pis le rat en plastique installé dans mon porte-document, dis-toi que pendant que tu relisais calmement tes dossiers pour préparer ta réunion, moi, je berçais #3 qui était fiévreux, je courais après des petites-fesses-à-l’air,  je consolais Abi-l’abeille qui devait rester à la maison, je nourrissais les chiens tout en essayant de réunir le stock dont j’avais besoin pour aller à ma réunion, y compris un rat en plastique. J’aimerais vraiment ça avoir l’air cool-and-collected mais c’est pas encore dans le domaine du possible. Bientôt, j’espère.

Avant de juger mon attitude au travail pas assez productive à ton goût, dis-toi que j’ai deux jobs qui m’occupent à temps plein pis qu’en gros, la job me tient debout de six heures du matin à minuit le soir. Que la conciliation travail-famille, c’est comme les Pokémons, tu cherches en esti mais t’en as jamais vus en vrai. Que le dernier film que j’ai vu au cinéma c’était « La grande séduction ». Que ma dernière visite à la bibliothèque date du temps où il y avait encore des fiches en carton. Que déjà, répondre à la demande, c’est faire mon 110%. Que mon gros fun dans la semaine c’est quand les spéciaux des circulaires sortent.

J’suis pas une personne ben ben chialeuse pis quand mes enfants dorment plus de quatre heures d’affilée, tu m’entendras jamais me plaindre de ma vie. Parce que je l’aime de même, débordante, occupée pis pleine de vie. C’est mon choix, je l’assume à 100% pis ça veut pas dire que j’vois pas mes p’tites fautes de parcours. Mais avant de me juger pis de me jeter un regard condescendant quand tu penses que je te vois pas, s’il-te-plaît, viens marcher un mille dans mes souliers. Pis moi, ça va me permettre de prendre un break, pour une fois.

Maman Au Cube
MAMAN AU CUBE

Une réflexion sur “À toi, le collègue qui me juge

  1. Marie-Claude Hamel Répondre

    J’adore!!!!!!!!!! J’peux rien dire de plus à part que vous venez de décrire mon quotidien ds l’détail … Avec mes 5 cocos et ma job temps plein !!! Votre chronique m’a fait un bien fou car j’ai rit en … SVP !!! 😂😂😂😂😂

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