Les nerfs Madame Blancheville : les germes

femme peur

Tu te croyais naïvement à l’abri, toi, la fille qui n’est pas fan de la guenille pis de Purell. Tu te disais que si le pullulant microbe de la gastro pis l’infâme virus du streptocoque ne s’en prenaient pas à ta famille, c’était forcément parce que toi, tu ne capotais pas avec ça, les germes, contrairement à toutes ces mères fanatiques de la désinfection permanente qui rendent leurs enfants faibles et malades à grands coups de stérilisation.

Pis le malheur s’est abattu sur ta maison-pas-plus-propre-que-ça et après avoir vécu rien de moins que la troisième guerre mondiale de la gastro laissant ta famille et ton toit à feu et à sang, tu as rejoint la ligue des sautées-sur-le-Monsieur-Net. Il faut préciser que la poursuite effrénée de tous les membres de ta famille avec des guenilles de Lysol jetables nuit et jour pendant cinq jours consécutifs t’a peut-être endommagé une couple de neurones. Ça pis les recherches que tu t’es mise à faire de façon compulsive sur Google pour en savoir plus sur la propagation des microbes. Rien de trop jojo hen ?

Ça fait qu’à c’t’heure, tu vis dans un sanctuaire javellisé, les enfants sont priés de se laver les mains une fois toutes les heures, tu hurles en te garrochant sur ta progéniture comme une joueuse de baseball qui s’élance vers le deuxième but quand elle s’apprête à boire dans le verre de l’autre, tu désinfectes ta toilette pis l’ensemble de ta salle de bain à la brosse à dent quotidiennement avec ton masque à bouche, tu donnes un bain de javel à tous les jouets de la maison une fois par semaine, tu spins les toutous de la chair de ta chair dans la laveuse à la même fréquence pis tu décontamines tout ce qui vient pas de chez vous avant que quiconque puisse mettre la main dessus incluant les poignées de portes, les paniers d’épicerie, le jouet baveux de la dix-huit-mois de ta chum, les chaises de parterre, les tables de restaurants, les restants de pommes pis les cadeaux de fêtes préemballés. T’es sincèrement persuadée qu’aucun virus, même le plus stratégique de tous, ne pourrait pas rentrer chez vous. Même avec un cheval de Troie. Même avec un jet. Même avec une cape d’invisibilité.

J’ai deux grandes nouvelles pour toi.

La première, c’est que t’es pas plus à l’abri du prochain virus que le petit singe qui mange les poux sur la tête de son fraternel dans un dépotoir. Je veux pas te faire peur, mais le millier de bactéries qui est accroché à ta progéniture en permanence a la couenne dure. Pis même si je suis d’avis qu’un bon coup de Lysol a tout à fait sa place dans ta toilette, ça sert à rien de te baigner dedans en permanence. Tu y échapperas pas. Tu vas rien que finir les genoux gercés. La vie est ainsi faite. Ça fait que vas-y molo sur le Purell.

La deuxième, c’est que le Spic and Span t’a peut-être monté à la tête dans le dernier mois mais les effets devraient se dissiper d’ici une couple de semaines pis que, aussi incroyable que cela puisse te paraître dans le moment, tu vas oublier le vomi, les dégâts, les cacas mous, le goût du 7up flat pis la cruelle impression de mourir par en dedans. Peu à peu, tu vas te réconcilier avec les poignées de portes pis les toilettes publiques, tu vas serrer ton eau de Javel pis tu vas baisser tes gardes en clamant haut et fort qu’on vit dans un monde stérilisé qui tue nos enfants à petit feu jusqu’au prochain round.

Je te souhaite la bienvenue dans le cycle infini de la parentalité pis des germes !

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