L’intimité post-natale

maman douche

« Parfait mademoiselle, maintenant il est temps de pousser! »

Pis là, t’as hâte, t’es excitée à l’idée de pouvoir tenir ton mini, le câliner, l’allaiter, l’endormir mais personne t’a dit comment ton intimité allait en prendre un coup. On t’a parlé de la fatigue, la patience mise à l’épreuve mais jamais qu’aller aux toilettes deviendrait pour toi aussi facile que pour un serviteur de la reine Elizabeth d’aller à sa pause dîner.

Le médecin ne t’a pas parlé de l’alarme anti-intimité à l’intérieur de ton poupon qui s’active lorsque tu t’apprêtes à peut-être éventuellement avoir une petite pensée pour un câlin avec ton chum. Ta mère ne t’a pas parlé du setup pis de l’organisation de malade que tu vas devoir mettre en place telle une organisatrice de mariage juste pour pouvoir avoir dix minutes pour te laver les cheveux, ces cheveux qui, avant d’avoir l’air d’un balai qui a passé l’hiver dehors, étaient toujours si parfaitement entretenus.

Alors voilà qu’arrive la première semaine, votre retour à la maison. Maintenant vous n’êtes plus deux mais trois. Vivre à trois n’est jamais bien compliqué mais vivre à deux avec une tornade potelée et intrusive n’est jamais une mince affaire. Tu te dis  »Hey je vais prendre une douche, le bambin dort (hallelujah) », donc tu retires tes vêtements d’ancien combattant car oui, l’explosion dans la couche de ton mini ressemble très étrangement à la scène où le cinéma explose dans le film Fury avec le beau Brad Pitt.

Vêtements retirés, tu pénètres dans le pays des merveilles, là où tu crois que tous tes rêves se réaliseront, puis tu profites du moment pendant un gros deux minutes et demie, le temps d’ouvrir la bouteille de shampoing et d’en appliquer dans ta main. Puis la reine se réveille. Parce qu’elle doit impérativement être changée ou manger ou t’empêcher de te laver les cheveux. Alors tu fais tes adieux solennels à ta salle de bain, du moins jusqu’à se que ton copain te dise que tu aurais besoin de raser la forêt amazonienne qui te pousse sur les jambes.

Miracle, l’heure du dodo de la nuit finit par arriver. Tu es passée à travers une nouvelle journée. Allez hop, le bain, le pyjama, la couverte, la suce. Ton bébé semble à son aise, ces petits yeux se ferment peu à peu. Tu utilises tes skills de ninja pour sortir de la chambre sans le moindre bruit.

Maintenant, c’est ton moment à toi pis t’en profites pour écouter ton émission de Game Of Thrones. Cette même émission qui t’attend dans ton lecteur DVD depuis deux semaines. Tu t’assis sur ton divan avec ton gâteau McCain et tu tends ton oreille pour t’assurer que ta progéniture dort bien et qu’elle ne se réveillera pas en hurlant tel un vilain loup géant affamé de ton seul temps de loisir de la journée.

Comme tout semble paisible, tu appuies sur le bouton, tu entrevois le beau Jon Snow puis ton mur de glace de la garde de nuit s’effondre. Le roi du trône de fer dans la chambre à coté s’est réveillé.

Est-ce vraiment utile de mettre ton émission sur pause ou est-ce préférable de la laisser pourrir dans le lecteur DVD un autre deux semaines ? Les hurlements qui te déchirent les tympans te confirment que la deuxième solution est plus réaliste.

Vois le bon coté des choses, tu as pu déguster trois bouchées de gâteau et tu auras peut-être droit à un autre petit cinq minutes demain soir.

Pour te supporter dans les matins difficiles, tu te prépares un café ou tu réchauffes celui de la vieille qui est resté dans ta cafetière, c’est selon. En attendant ton précieux nectar, tu lèves ta reine, la changes, la nourris puis tu la déposes dans sa récréathèque personnalisée où elle ne pourrait pas avoir plus de jouets même dans ses rêves les plus fous puis tu te verses une tasse de miracle liquide, t’assois et tu dégustes ta première gorgée. Puis tu réalises que ta piscine de balles et les jouets à musique qui allument ne feront jamais autant le bonheur de ton enfant que ces chers fils électriques qui ont passé de par terre dans un coin sécurisé aux mains puis à la bouche de sa majesté.

Alors nous y revoilà. Tu abandonnes ton café encore chaud pour confisquer ledit fil pour le remettre à sa place et entrevoir le regard déchirant plein de tristesse de mademoiselle. Tu sais très bien que c’est la pointe de l’iceberg. Tu te résignes et  te dis que demain matin, tu réchaufferas pour la troisième fois ton vieux café et que tu pourras peut-être ingérer assez de caféine pour reprendre le sommeil qui t’échappe un peu plus chaque nuit.

Devant ta nouvelle réalité maternelle, tu te rendras vite compte que ces moments intimes qui te relaxaient et qui te donnaient un break sont derrière toi.

Mais en même temps, tu te diras que tu ne seras jamais plus seule dans les moments de la vie où tout était trop calme et trop triste.

Tu prendras conscience que tu as tout aussi besoin de ton trésor qu’il a besoin de toi. Sinon plus.

Et tu réaliseras qu’au final, tu as beaucoup de chance.

Émilie Fournier

          ÉMILIE FOURNIER


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