Chère Docteure H

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Chère Docteure H,

J’pense que vous l’savez pas encore, comment vous avez été importante pour moi. Possiblement parce que je vous l’ai jamais dit. Je l’sais pas si ces choses-là se disent, t’sais, si vous avez trente mille mercis par jour ou pas pantoute. Ça fait que j’ai longtemps hésité, par peur de vous déranger. C’est si occupé un médecin, pis y a plein de p’tits bébés qui attendent après vous…

Un jour, je suis rentrée au CHUL toute seule, pour une échographie de contrôle, pas certaine même d’être enceinte tellement je n’avais pas de symptôme. Je suis ressortie quatre, quatre cœurs qui battaient sous ma peau. On m’a fixé un rendez-vous avec vous – je vous imaginais comme Docteur Mamour dans Grey Anatomy, pleine d’arrogance et d’évidences scientifiques, vous faisiez plutôt gentille mamie et (choquez-vous pas) un peu champ gauche. Je ne vous ai pas fait confiance au premier rendez-vous – que voulez-vous, je ne confie pas la vie de mes trois bébés tant attendus à n’importe qui, sans méfiance pis sans checker votre CV. J’venais de me taper la gentille nurse, qui venait de m’apprendre en rafale (et dans cet ordre) que j’avais trois fois plus de chance d’avoir un (ou trois) bébés avec une (ou trois) trisomies, que je pouvais allaiter mais qu’y allait me manquer un sein, que j’avais 15% de rabais chez C***** pour les vêtements (on donne des rabais pour les vêtements de triplets trisomiques allaités?) et que ma mère devrait venir demeurer chez moi pour quelques mois. Ah oui, et que je serais probablement hospitalisée as soon as possible. Bref, j’étais royalement larguée, effondrée, pis dépassée par les événements. Quand vous êtes entrée dans le bureau, je me suis demandé c’était qui la gentille bénévole qui me tapotait l’épaule. Pis c’était mon médecin. T’sais, mon coach de grossesse spéciale-olympique-de-course. De dire que j’étais pas convaincue, du genre HEEILLLE arrêtez de niaisez là là, c’t’un euphémisme. Mais bon, j’avais pas tellement de choix là. Fallait faire ça ensemble.

Au cours de ce premier rendez-vous, vous avez répondu à toutes mes questions avec sérénité et gentillesse. Je serais 1.5 fois plus grosse que les autres femmes enceintes (pas trois fois). Oui, je serais encore capable de m’habiller sans recourir à un abri Tempo, mais probablement pas de lacer mes souliers. Non, si c’était pas indispensable vous ne m’hospitaliseriez pas. Oui, mes triplés avaient de bonnes chances d’être tout ce qu’il y a de plus normal (pas d’antenne ni de ventouse) et oui, probablement que je serais capable de faire face à la situation, la plupart du temps en tout cas, sans pleurer (ou en pleurant, selon le cas). Pis vous m’avez renvoyée chez nous, avec ordre de me reposer, avec une liste de rendez-vous pis de recommandations plus longue que l’Ancien Testament.

Mais z’avez fait quelque chose de plus, pis pour ça, j’vous remercierai jamais assez. Vous avez été là pour moi. TOUJOURS. Au fil des rendez-vous, vous vous êtes toujours souvenue des noms de #1 (la caractérielle), #2 (le tranquille) et #3 (le tannant), pis vous les avez jamais appelés Les Triplets. Vous avez chicané les internes qui avaient mélangé mes bébés. Vous m’avez fait plein de tests juste pour être VRAIMENT CERTAINE que je faisais pas de pré-éclampsie. Vous m’avez fait des échos juste pour me rassurer pis me montrer les p’tits cœurs battre, vous m’avez dit que je faisais ça comme une championne, pis vous m’avez promis de m’accoucher, parce que moi j’voulais pas que ce soit un médecin inconnu qui m’ouvre la bedaine pis qui disent le premier bonjour à ma gang. Vous m’avez vue en suivi, même si c’était pas la norme. Vous m’avez fait sentir normale pis comme les autres mamans, moi qui avait la grossesse la plus improbable qui soit. Pis, je l’redis, vous avez été là pour moi. Pis c’est pas rien.

Ça fait que j’étais plus ou moins préparée au fait d’être lâchée tu-seule-comme-une-grande dans le merveilleux monde de la maternité, sans votre présence rassurante. Je l’sais pas ce que je pensais, mais dans ma tête, on continuerait de se voir une fois par semaine pour prendre le thé pis jaser. Pis j’pourrais vous montrer mes trois cocos, continuer de vous montrer mes graphiques de croissance, pis de pogner les nerfs après les internes-qui-l’ont-pas-vraiment-toujours-avec-les-mamans-de-triplés-picky, pis rire de mes angoisses de nouvelle mère. Mais ça s’est pas passé comme ça.

Ça l’air que les obstétriciennes, leur travail finit quand les bébés viennent au monde, fait que sans l’avoir vu venir, après que vous vous soyez assurée que je me remettais bien de mon accouchement, j’me suis retrouvée privée de mon réconfort. Paf, comme ça. J’y avais juste comme pas pensé. Y avait plus personne pour me dire que j’étais bonne, pis que mes trois bébés étaient super cool. On était tu-seuls avec le Mieux-vivre pis Info-santé pour affronter notre nouvelle vie à cinq. Vous m’avez manqué, Docteure H, à chaque jour, puis à chaque semaine, pendant quasiment les deux premières années de vie de ma gang. J’me suis cherché des raisons pour aller vous r’voir à l’hôpital sans passer pour une folle finie. J’ai pensé vous écrire, mais j’avais peur de pas trouver les mots, pis de vous ennuyer.

Fait que ce soir, c’est un post tendre, pis pas très cinglant, que j’ai envie de vous écrire. Docteure H, j’m’ennuie encore. Continuez d’être là, parce que sans vous, j’aurais pas d’anecdotes en triple à raconter. J’s’rais pas la maman-au-cube que je suis. MERCI. Pis j’m’ennuie pareil.

Maman Au Cube

          MAMAN AU CUBE


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