Ta remise en forme

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Tu traînes ça comme un boulet à ta cheville depuis une tonne de jours de l’an déjà pis là, aujourd’hui, t’as le goût de t’aimer au point d’être franche avec toi-même, ça peut pu continuer comme ça.

Tes bébés sont ben beaux mais toi, on va se le dire, la mère, ton corps est en décrépitude. Ta tignasse est un foin sec que les chèvres spottent des milles à la ronde la salive au bord des lèvres pis là, j’te parle même pas encore de ce qui te pend jusqu’au coude. Ouin, t’oses pu sortir ton bras du char au gré du vent parce que t’as peur que ton gras flacotte-que-le-yab. T’évites le vicieux eye contact avec le miroir, t’sais celui qui aurait l’audace de te refléter une version peu flatteuse de ton profil pis qui remettrait tes pendules à l’heure. Tu te fuis, tu t’enterres vivante. C’est ton tabou, celui que tu repousses à grandes bouchées de burgers, ton oversize pis ta remise en forme, fille.

Tu vis pu. T’es grosse pis tu t’aimes pas. By the way, tu fais un high five à toutes les grosses qui ont réussi à s’aimer. T’es d’avis qu’il y a encore plus de travail derrière cette option-là qu’il y a de vitesse sur ton tapis roulant.

Dieu que t’as aimé être enceinte, toi. Parce que pour une fois, c’était politiquement correct de ressembler à Madame Michelin. T’exposais fièrement tes courbes, t’avais une défaite pour passer de biais dans le tourniquet, t’sais. Même qu’au summum de ton euphorie hormonale, tu trouvais que t’avais le derrière de Beyoncé pis ton chum lui, ben, il était mieux de pas te contredire.

Sauf qu’à l’hôpital lorsque la cigogne est passée, elle a joué habilement sur tes sentiments. Sur réception du petit paquet chaud tout emmailloté, tu devais lui laisser ta fermeté, c’était ça le deal.

Et depuis ce temps, pas de changement. Monter et descendre à l’infini les escaliers jusqu’à la chambre de ton toddler qui, à 2h00 du matin joue à cache-cache, faire veiller ta vieille carcasse pour tenter de rattraper tes retards de lavage et pis même suinter de la craque en pleine canicule dans l’espoir de maigrir ou mourir n’ont malheureusement pas exhaussé tes souhaits de minceur.

Ça fait que prend donc soin de toi. Parce que tu le mérites pis parce que t’es belle quand t’es heureuse, t’sais. Parce que c’est toi le pilier de ta famille, que sur tes épaules repose parfois tout l’espoir du monde. Respire.

Arrête de regarder le sommet avec la certitude que tu vas crever avant d’atteindre le milieu. Ne sois pas Reine de la procrastination, du chialage pis du rentrage-de-ventre. Ne sois pas celle qui a manqué son bateau. Parce que t’sais, le bon moment, ne sera pas le premier janvier, ne sera pas lundi prochain ni même demain.

Vas-y une étape à la fois pis rappelle-toi que la motivation est un concept vague que tu te dois de relancer ben souvent à grands coups de discipline pis que l’industrie de la minceur, elle, ne veut surtout pas que tu t’en sortes. Ça fait qu’envoye-moi ça promener tout suite, mets tes souliers, pogne tes bébés pis va voir au coin de la rue si j’y suis.

Si tu penses que c’est le genre de défi que t’es pas capable de relever, c’est que tu te regardes clairement pas aller à l’année longue, fille.

 

Stéphanie Hébert

         STÉPHANIE HÉBERT


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