Le calvaire des vêtements d’enfant


enfant mode modèle

La rentrée scolaire approche. L’heure a sonné pis tu l’sais que tu y échapperas pas, même si tu défais des ourlets pis que t’habilles ta fille en leggings mi-mollets tout l’hiver. T’as beau essayer de lancer des modes grunges pour enfant, y’a des limites à habiller ta progéniture en court au mois de novembre. T’ouvres la garde-robe en grand pour estimer l’ampleur des dégâts pis t’as des picots noirs qui dansent devant tes yeux. Ta salive s’épaissit. Les survivants sont une robe qui est devenue une tunique étirée, deux paires de pantalons mous, les tee-shirts de Cuba ramenés par Mamie pis deux paires de jeans-un-peu-juste-avec-quasiment-pas-de-trous-sur-les-genoux. Devant la catastrophe, tu te résignes : t’auras vraiment pas l’choix d’aller magasiner du linge d’enfant.

C’est pas que t’es cheap là. C’est pas que t’aimes pas ça magasiner pour toi. C’est qu’à la vitesse que tes kids poussent et avec le soin qu’ils apportent à leurs vêtements (not), t’aimerais ben mieux les habiller dans une version prêt-à-porter des plats Glad. T’sais, du linge jetable, ce qui ferait en sorte que tu partirais pas à brailler quand, une semaine après l’achat, ledit morceau serait déclaré impropre à l’utilisation à cause de a) trous (pratique de ciseaux), b) taches (n’importe quelle substance probable ou improbable, incluant la pâte à dents bio, l’huile à massage dénichée dans ta table de chevet ou le Jig-A-Loo à ton chum), c) coutures pétées (compétition de lutte gréco-romaine quotidienne pour moins de trois ans) ou d) une combinaison de ces toutes ces réponses. Acheter du linge pour enfant, c’est pas mal l’équivalent de garocher des billets de vingt piastres par la fenêtre de l’auto en roulant à grande vitesse sur l’autoroute.

Ça fait que la mort dans l’âme (et surtout dans le portefeuille), tu t’enlignes sur le centre d’achat pour rendre visite à ce fameux magasin de vêtements pour enfants. T’sais, celui qui inonde ton fil Facebook de photos d’angéliques bambins habillés en kit-from-the-p’tite-barrette-to-the-chaussette. C’pas parce que tu considères le magasinage de linge d’enfant comme ton purgatoire personnel que tu aspires pas à ce que ta marmaille soit des fashion icons, fait que tu fonces.

La mâchoire déjà crispée par l’angoisse, tu pousses la porte pis la magie te saisit. T’es entourée de robes en lin à crinoline trois-couleurs-pastel, de p’tites vestes à col de lapin angora, de chemises de coton japonais neuf cents fils/pouce carré pis de photos qui t’assurent que c’est le kit que ça prend à ta marmaille pour s’amuser en douceur dans la forêt. Not. Quand tu retournes discrètement une étiquette, ton sang se fige dans tes veines pis tes cheveux se dressent sur ta nuque. À moins d’avoir hérité d’un petit royaume ou ben de ré-hypothéquer ta maison (pis même là), pas moyen de payer ça une fois, pis encore moins trois. En fait, le seul prix du cache-cœur en fil d’or que tu tiens à la main couvre largement le prix de ta garde robe des six dernières années, incluant tes kits de grossesse, ton linge mou pis ta tentative de retour à un habillement normal.

Au moment où tu t’apprêtes à reposer d’une main tremblante le vêtement royal sur le rack, la p’tite vendeuse se pointe au coin de l’allée fait que sous l’effet de la frayeur tu prends tes jambes à ton cou pis tu te garoches dans un autre rayon où tu te retrouves entourée de leggings pour toddler plus chargés de blings-blings que le costume de scène de Rihanna. Si la décharge visuelle suffit pas à te faire faire une crise d’épilepsie drette-là, l’idée de voir ton enfant de deux ans avec un pantalon écrit Sexy en brillant rose sur le derrière ou ben avec un gilet bedaine avec un chaton aguichant dessus suffit à te faire basculer dans la folie. Tu changes de direction illico pour te trouver dans la section thématique. Où tu apprends que dans la vie, ton kid doit décider s’il est un raver, un planchiste ou ben un yo pis sticker à son style à la vie à la mort (ou jusqu’à la prochaine saison) sous peine qu’aucun de ses kits fitent pis qu’il ait l’air du kid le plus weird du CPE.

C’est là que tu abandonnes, quand tu comprends que t’es pas de taille pis que ton estimé de la facture finale challenge tes capacités comptables et dépasse largement le montant que t’as accumulé dans tes REER. Fait que renonçant à ta dignité et au futur de fashion icons de tes enfants (mais pas au dernier dix piastres de ton portefeuille) , tu te rends dans ton magasin bon marché préféré où tu remplis ta minivan de morceaux de linge qui surviveront peut-être aux six prochains mois. Pis tu rentres chez vous, soulagée d’avoir réglé la question jusqu’au prochain changement de saison.

Maman Au Cube

          MAMAN AU CUBE


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