Les 5 grandes étapes de la naissance de ta progéniture sur Facebook

femme photo enceinte

L’annonce

Quand ton petit pipi s’avère positif, vite ton cerveau se met en marche pour trouver la façon la plus originale d’annoncer la venue d’un poupon. D’abord à ton chum, le géniteur, pis à tes parents, à tes beaux-parents pis à ta meilleure amie. Après ça vient l’incontournable annonce officielle sur Facebook. Tu voulais des Likes, en v’là ma belle. Comme si le fait que ta voisine de pupitre de deuxième année chez-qui-t’es-allée-te-baigner-une-fois-pour-sa-fête-de-huit-ans pis que l’ex de ton cousin avec-qui-t’es-allée-en camping-l’été-passé cliquent « j’aime » sur ledit post, t’apportait réellement quelque chose de gratifiant.

Le dévoilement du sexe

C’est tellement excitant ce jour-là de te rendre à l’échographie pour enfin savoir ce qui se trouve entre les deux jambes de ton fœtus. C’est aussitôt assise dans le char que t’as ouvert ton Facebook pour annoncer à la communauté entière que ce sera une petite fille. Appelle pas ta mère pour rien, elle a sûrement déjà lu ton statut boosté à grands coups de « Félicitations » pis de « Ah je le savais ta bedaine était basse ».

Le jour J

Le matin que tu perds tes eaux et que t’es en direction pour aller pousser comme t’as jamais poussé de ta vie, tu prends le temps d’updater ton statut. Sûrement pour mettre au courant le voisin de biais que t’es en route pour l’hôpital. Pis t’sais, c’est un fait établi que ton accouchement va mieux se passer avec deux-cent likes et quatre-vingt-huit «bonne chance».

La naissance

La petite créature est encore toute chaude, emmaillotée dans sa nouvelle-doudou-en-bambou-qui-respire-avec-sa-tuque-pis-ses-mitaines-assorties, et aussitôt tu prends le tout premier cliché. Hop, sur la plate-forme web avec sa face, son nom, son poids, la date et l’heure exacte de sa naissance et son numéro d’assurance sociale. Prends soin de taguer ton chum sur la photo, les anciens coéquipiers de sa ligue de bière garage du jeudi soir vont pouvoir se donner à cœur joie dans les thumbs up. Au diable le temps où le monde allait visiter les bébés et les nouveaux parents en leur apportant des fleurs et du chocolat. À c’t’heure y’a les émojis pour ça !

Tu reçois des tonnes de félicitations. Même ton amie qui vient de finir son doctorat en médecine pis qui-va-sauver-des-vies-guérir-des-enfants-malades-et-donner-naissance-à-des-centaines-de-bébés en reçoit pas autant sous sa photo de finissante.

Ta photo de profil

T’as à peine un grain de riz dans ton ventre pis tu penses déjà à ton shooting photo de bedaine pis celui de ton bébé dans un panier. Pour vrai, c’est une des choses les plus tripantes. Surtout quand tu penses à tes parents qui peinent à trouver une photo d’eux en-noir-et-blanc-avec-les-coins-abîmés-qui-traîne-dans-une-vielle-boîte-de-souliers-dans-le-fond-du-garde-robe-de-cèdre-dans-le-sous-sol. Mais eux, c’était moins grave. Y’avaient pas besoin de mettre leur photo de profil Facebook à jour régulièrement. Toi oui. Parce que tu veux te faire dire que la maternité te va si bien et que t’as l’air épanouie.

Plus tard, n’oublie pas qu’il va aussi falloir que tu publies la fois où vous êtes allés au pommes en famille avec le plus beau des selfies pour illustrer à quel point vous êtes heureux et que la vie est tellement meilleure à trois. Ce que tu dis pas par exemple, c’est qu’il a fallu que tu mettes un filtre Instagram solide pour cacher tes yeux bouffis parce que ton chum et toi vous vous êtes engueulés dans le char parce-qu’il-a-pas-mis-la-compote-de-la-p’tite-dans-la-glacière-comme-tu-lui-avais-demandé. Et qu’il a fallu que tu prennes trente-huit photos avant que le bébé aille-l’air-de-regarder-l’appareil-sans-loucher-pis-qu’il-aille-un-semi-sourire-la-bouche-ouverte-mais-sans-le-menton-plein-de-bave. Ouais parce que toi aussi, tu veux avoir l’air de vivre dans un univers Pinterest à la mode. Ça fait qu’au souper de famille, au lieu de profiter du moment présent avec les gens qui comptent réellement et d’admirer ta mère bercer ton trésor, tu te fais aller le pouce sur ton écran aux cinq minutes pour voir si t’as pas une nouvelle notification. D’un coup que le Pape aille partagé ta dernière publication. T’sais celle de toi qui mange une pomme avec ta progéniture sous le bras. You know.

Pathétique de même.

Mais t’inquiète, j’te juge pas. J’ai moi-même une photo de profil-parfaite-sur-un-fond-blanc-pur-avec-du-gloss-rose-sur-mes-lèvres-pis-mon-bébé-heureux-d’in-bras. Et je sais très bien qu’il y a de beaux et bons côtés à partager une partie de notre vie sur les réseaux sociaux. Moi aussi j’ai une tante qui habite à quatre heures de chez nous pis une amie qui fait le tour du monde et qui aiment ça voir mon p’tit homme grandir via ce que je publie. À peu près autant que ma quatrième-voisine-de-pupitre-de-cinquième-année-qui-m’avait-donné-la-picote.

T’sais, dans le fond, t’as le droit d’être fière de ta progéniture et de vouloir lui montrer la binette.

Mais la fois où elle avait du yogourt partout dans la face en seize clichés, I don’t care. Je dis ça de même.

Rose-Marie Martel

      ROSE-MARIE MARTEL


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