La phase du pourquoi

Enfant pourquoi
Crédit : jamesteohart / 123RF Stock Photo

Tu te souviens du premier mot que ton être si adoré a prononcé. La larme à l’oeil, le frisson dans le bas de la nuque, le poil hérissé sur les bras, t’as pris son premier semblant de peut-être que ça ressemble à « Maman » comme une médaille d’or aux olympiques. Si fière. Ton bébé commençait enfin à faire autre chose que de baver et te vomir sur l’épaule.

Un an et demi plus tard, un mot si simple et inoffensif, dit à répétition dans un mini-petit-pas-long laps de temps, est pourtant devenu le pire des supplices de ta vie.

« Pourquoi ».

Au début, tu te bombais le torse en entendant des « Maman, pourquoi tu m’aimes? », des « Maman, pourquoi t’es belle? » et des « Maman, pourquoi le ciel est bleu? » en croyant bien que ton enfant avait des tendances romanesques et philosophiques. Mais pas longtemps plus tard, tu te retrouvais au centre d’un labyrinthe de réponses duquel tu ne ressortirais plus jamais.

Tu le sais pas, toi, pourquoi il est bleu le fichu ciel. Ni pourquoi les abeilles piquent pis que les mouches, elles, non. Tu googles ça à temps perdu parce que toi, tes questionnements tournent plus autour des classiques « Pourquoi j’paie encore plus d’impôt que l’an passé St-Crème? » et « Pourquoi j’rentre plus dans mes jeans même si j’cours comme une malade pis que j’mange rien que ça des sales brocolis à marde. »

Soudainement, t’as l’impression d’avoir mis au monde un des gars qui gère Wikipedia. Tu pensais t’être déjà posé des questions fondamentales. Autour d’une table avec tes amies, à refaire le monde autour d’un quatre litres de vin rouge pis tes dents mauves. Mais non. T’as maintenant de la féroce compétition. Messieur veut tout savoir « là-tu-suite-pas-dans-cinq-secondes » pourquoi le monde est monde.

Ça fait que la tendance à répondre « J’sais pas, va donc demander à papa » se met rapidement à te titiller un tantinet. Sauf que Papa aime bien y aller d’un  « Parce que c’est de même pis c’est toute. » Duquel Fiston revient normalement avec un « Pourquoi toi tu le sais pis papa le sait pas, lui ? Pis pourquoi tu l’aimes papa, il sait jamais rien ? ».

À « Pourquoi » t’en viens donc plus souvent qu’autrement à répondre « Parce que », « Parce que c’est de même » et tous ses dérivé incluant la feinte classique du je-l’ai-pas-entendu.

Tu t’en veux ben, quelque part, de ne pas lui répondre pis de faire semblant de ne pas entendre mais t’as besoin d’un break. Tu le vois te fixer du regard du coin de l’oeil. Il attend. Pis il a la patience longue le p’tit. Ça fait que tu te sauves dans ta tête ou tu brasses tes chaudrons assez fort pour ne pas entendre la prochaine question.

À c’t’heure google Kung Fu pis prends des notes, question de devenir une Ninja de la cachette pis d’être prête la prochaine fois que t’entendras papa dire « J’sais pas, va demander à ta mère! « .

Mélissa Rondeau

          MÉLISSA RONDEAU


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