Ce que t’entends trop souvent à l’épicerie

panier épicerie pixabay.com

C’est samedi matin. Avec ta face pas démaquillée de la veille, tu arpentes les rangées de l’épicerie pour faire tes achats hebdomadaires de victuailles et de produits pour ta marmaille.

Quelques fois, tu te sens wild pis tu y vas toute seule. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, tu y vas avec tes trois enfants, une petite blondinette charmeuse et tes deux jumelles qui se ressemblent à peu près autant qu’une girafe peut ressembler à un hippopotame. Tu le sais comme moi, quand tu sors avec des enfants, t’en entends des vertes et des pas mûres de la part de la clientèle. Des fois, tu serais mieux de te boucher les oreilles avant qu’elles frisent.

Le vieux monsieur pas propre propre

Tu le vois venir à cent milles à l’heure avec sa chemise carreautée et son haleine pas fraîche de cigarette je-me-suis-pas-brossé-les-dents-depuis-vingt-ans. Un p’tit vieux comique qui peut pas s’empêcher de faire des jokes plates qui concernent à peu près toutes la chambre à coucher. Le même qui tette son café durant deux heures avec ses amis chez McDo en chialant sur l’actualité du Journal de Montréal. Il te lâche toujours deux ou trois commentaires savoureux à propos de ta progéniture féminine.

«Ton mari est fertile ! C’est quoi, il est pas capable de faire des gars ? Pas trop trop viril, ça ! Moi j’ai eu quatre beaux gars, veux-tu que j’y montre comment faire ?»

Wow, des cours privés. T’as appris ça où ? Dans ton manuel How to do kids pour les nuls ? Si tes fils sont pour te ressembler en vieillissant, j’pense que je vais passer mon tour pis espérer que mes filles les rencontrent jamais.

Le pire c’est qu’il en rajoute.

«Eille, pis je vois que t’as des jumelles. Finalement, il est pas si pire ton mari pour en avoir fait deux du coup. »

«Ah, c’est parce que c’est pas du même papa.»

Dans tes dents.

La femme qui trouve que tu fais pitié

Tu sais jamais où tu vas la rencontrer durant ton magasinage. Ça peut être à la caisse comme dans l’allée du savon. Elle a toujours le même air. Une face étonnée que tu réussisses à sortir avec ton trio. Elle n’est pas vraiment méchante, elle connaît juste beaucoup trop de sujets de conversation inutiles.

«Sont toutes à toi? C’est du sport hen? As-tu de l’aide toujours? J’me demande comment tu fais. Avais-tu des jumelles dans ta famille? Ma cousine Rita, elle en a eu des jumelles, blablabla… »

Non, elles ne sont pas toutes à moi. J’aime ça emprunter des enfants dans le parking pour leur faire faire une ride de panier laitte et pas confortable. Des fois que ça me donnerait plus de rabais. Veux-tu payer mon épicerie?

Les amies sourdes

C’est clairement tes préférées, ces deux amies aux tempes grisonnantes. Elles ont le poil des jambes excité juste à la vue d’une poussette double. Attention, l’attraction touristique arrive ! Elles te posent mille questions, mais se foutent de ta réponse.

« Ohhhhh, deux bébés! C’est des jumeaux?»

« C’est des jumelles.»

« Ah des p’tits jumeaux, j’ai toujours rêvé d’avoir ça moi.»

« C’est des jumelles.»

« Ils se ressemblent dont pas! Regarde celui-là est plus gros et plus grand que l’autre.»

 … (Suces, vêtements, doudous, jouets ROSES, ça sonne pas une cloche?!)

« Ah bin oui Georgette, c’est ça je disais c’est des jumelles. C’est même pas des vraies, elles sont pas pareilles.»

La finale aux caisses

C’est un mal nécessaire. Ton dernier arrêt avant de retourner chez toi. T’as le droit à la totale : le monsieur pas propre propre, la femme qui trouve que tu fais pitié et les amies sourdes. Comme t’es rendue expérimentée dans le domaine de la réponse punchée, tu te gâtes.

«Mon dieu! Sont toutes à toi ?»

« Ah non, tu viens de me démasquée ! Le p’tit à droite, je l’ai kidnappé dans l’allée des céréales.»

« T’as des jumelles ? Bin voyons, elles se ressemblent même pas!»

« Ah ben oui, t’as raison. Ça doit pas être des jumelles d’abord. J’ai dû rêver que j’expulsais la deuxième.»

« Tu me niaises, elles ont pas le même âge ? T’es sûre que c’est des jumelles, elles ont même pas la même couleur de cheveux ?»

« C’est juste que j’ai teint les cheveux de celle-là parce que c’était trop difficile de les différencier.»

« Vas-tu t’essayer pour un gars ?»

« Sors ton calendrier chinois, je vais te dire quand j’ovule. C’est des citrons qu’il faut manger ? J’te niaise, j’aurais ben que trop peur qu’il aille ta face à soixante ans.»

Soupir.

Veronique Martel

     VÉRONIQUE MARTEL


3 thoughts on “Ce que t’entends trop souvent à l’épicerie

  1. raynald Répondre

    Si c`est vraiment ce que tu ressens quand les gens t`accostent , je te pains pauvre toi . Ne viens pas vivre ici en Gaspésie ou tout le monde parle avec tout le monde . En tout cas je préfère nettement ca à l`attitude je-m`en-foutisme des gens de la ville.

  2. Claudine Répondre

    5 enfants, dont des jumelles. J’ai entendu ca 300 fois au moins.

    Ma réponse préféré au « sont tu toute à toi? »: Non, j’en emprunte aux voisins pour me compliquer la vie!

    Ma plus bizarre: « y’on combien de mois de différences vos jumelles? » (et elle était sérieuse…)

  3. Minic Répondre

    Le fait que tout le monde se parle est bien correct. Tant mieux même. C’est plutôt LA façon de parler. Dans les cas rapportés dans l’histoire, il y en a qui font dur s’ils disent des propos comme ça.

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