Les nerfs Madame Blancheville : le souper

maman cuisine fachée

Mardi, 16h29. T’as le pied dans le cadre de porte du bureau, t’es en position, prête à sprinter comme tu n’as jamais sprinté jusqu’à la garderie en passant par l’école pour filer jusque chez vous telle une étoile filante plus vraiment brillante qui perd un peu plus de sa lumière à chaque minute de sa course folle. Parce qu’un soir de semaine, c’est rien de moins qu’une course à obstacles. Ça fait que sors tes running shoes, ta patience pis ton efficacité. À tes marques, prête, cours championne.

Je t’épargne le trafic. T’as pas besoin de détails. T’as appris à sacrer en silence. Jusqu’à ce que casquette-par-en-arrière-man-de-vingt-ans te coupe sur l’autoroute et que t’échappes un mon-esti-câlisse-d’épais entre tes dents ou de façon plus audible en fonction du nombre de minutes qui se sont écoulées depuis que t’es jammée en plein bouchon de circulation en regardant l’heure plus ou moins toutes les trente secondes pendant qu’un sentiment de colère-extrême-et-impuissance envahi ton être contre ton propre gré.

À la garderie comme à l’école, les enfants respirent la joie de vivre. C’est super. Mais ça implique aussi qu’ils prennent le temps de savourer chaque seconde de leur existence en gambadant sur le trottoir pis en cherchant des fourmis dans le gazon au lieu d’embarquer dans le char. Namaste, la jeunesse, mais si on veut souper avant sept heures à soir, va falloir y aller.

Tu rentres chez vous comme un voleur, en sacrant sacs à dos et boites à lunch sur le plancher de l’entrée pour te tirer dans tes chaudrons. T’as trouvé une recette ben simple de pâtes efficace pour un mardi soir. Qui s’avère finalement prendre trois chaudrons. Dans lesquels tu dois respectivement faire cuire des pâtes, du brocoli vapeur pis une béchamel-qui-faut-jamais-arrêter-de-brasser tout en faisant réchauffer un reste de jambon cuit.

Comme ta progéniture meurt de faim et rôde autour de toi comme une horde de hyènes affamées, tu te lances simultanément dans la préparation de crudités et du lunch de la plus vieille tout en fouettant le roux de ta béchamel, en surveillant tes pâtes qui ne sont toujours pas prêtes après huit tests de goût qui t’ont brûlé la langue à qui mieux-mieux et en commentant la nouvelle œuvre d’art du plus jeune qui te demande maintenant d’aller lui ouvrir la télé pendant que ton deuxième voudrait avoir le livre en-haut-en-haut de la bibliothèque pis que ton chum fait les devoirs avec la plus vieille.

Par un tour de passe-passe que seule l’expérience peut t’apporter, tu t’en sors indemne même si on ne peut clairement pas dire la même chose de ta patience pis tu sers ton petit monde dont la reconnaissance se traduit instantanément par ah-non-je-voulais-pas-manger-des-spaghettis-ark-des-brocolis-j’aime-pas-ça-le-jambon. Après avoir pris cinq minutes pour expliquer à tout le monde les notions de respect, de reconnaissance pis de temps de préparation d’un repas pour cinq personnes, t’avales le moton d’amertume que t’as dans la gorge et t’entreprends de couper les pâtes de tout le monde pendant que ta plus vieille veut du jus-mais-que-c’est-non-la-semaine, que ton plus jeune voulait manger-avec-une-cuillère-pas-une-fourchette-bon pis que tout le monde proteste à l’idée de boire du lait.

Quand tu t’assis finalement pour manger toi-même en constatant que c’est déjà ben frette, la plus vieille a fini et redemande une deuxième portion au même moment où ton plus jeune entame les négociations d’encore-trois-bouchées-pour-avoir-un-dessert. Ton chum ressert ta grande pendant que tu divises les restes du plus jeune en deux tas plus communément appelé ça-c’est-ce-que-tu-manges-ça-c’est-ce-que-tu-manges-pas. Ton deuxième profite de l’occasion pour sacrer son verre de lait par terre. Impossible de savoir si c’est accidentel ou volontaire comme tu étais occupée ailleurs mais tu le ressers par vengeance ou nécessité.

Ton cadet n’en fini plus de manger ses trois dernières bouchées obligatoires pendant que les autres semblent s’être fait greffer un spring dans le derrière et te demande toutes les dix secondes s’ils peuvent prendre leur dessert tout de suite.

Cinq minutes plus tard, les desserts sont consommés, la table est désertée, jonchée des cadavres d’assiettes à moitié vidées, de papiers de Ah! Caramel et verres de lait.

Ça fait que tu finis ton assiette frette pis les restants de table de ta progéniture en les regardant crier en courant autour de la table basse du salon. À c’t’heure tu sais d’où vient ton mou de ventre.

Reprends ton souffle, il te reste dix minutes pour clancher la vaisselle pis garocher tout le monde dans le bain.

Lâche pas, huit heures s’en vient.

logo parfaite maman cinglante


3 thoughts on “Les nerfs Madame Blancheville : le souper

  1. Geneviève Desbiens Répondre

    ????

  2. Geneviève Desbiens Répondre

    J’adore!

  3. Bryan Cunningham Répondre

    Vous nous avez espionné chez nous pour écrire ça ou quoi?? hihi. C’est pratiquement du copier-coller.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *