Patience, un mot qui s’est égaré de ton dictionnaire

patience femme crie

Quelqu’un peut me dire où j’étais quand y’ont envoyé le p’tit gars avec un pinch mou faire du porte-à-porte pour distribuer la patience aux nouveaux parents? Ma sonnette est brisée, c’est peut-être pour ça que je l’ai manqué.

Sérieusement, la patience que j’avais jadis s’est envolée aussi vite qu’un sac de Cheetos oublié sur la plage d’Old Orchard peut se faire dévorer par des goélands. Et ça, à la seconde près où le fruit de mes entrailles s’est pointé le bout du nez. T’as la plus belle chose – gluante – entre les mains et déjà tu t’endures pu. Ça promet cette nouvelle vie-là. Ce qui est dommage c’est que ça risque de se transplanter dans chaque plusieurs sphères de ta vie.

T’sais, les choses qui te passaient six pieds par-dessus la tête avant, ben à c’t’heure c’est l’apocalypse. T’es soudainement rendue aussi irritable qu’un junkie qui n’a pas pris sa dose d’héroïne.

Ton chum, le gars que t’aimes, qui t’aime, le père de ta progéniture, celui qui te dit que t’es belle même quand t’as la face verte pis que t’es cernée comme un cadavre mort en 1832, a pas acheté la bonne sorte de yogourt parce qu’il a pris celui en spécial en pensant ben faire. Mais toi, c’est le yogourt grec au citron que tu voulais.

Ton chum, le même, a mis ta camisole préférée dans sécheuse parce qu’il a pris le temps de faire une brassée de lavage avant que t’arrives.

Toujours ce chum, le tien, n’a pas ramassé les miettes autour de la chaise haute.

Watch out. Il va manger un char de marde bêtises.

C’est plus fort que toi, y’a comme une boule de rage qui te monte en dedans. Faut que ça sorte. Si c’est vrai que Jésus pleure à chaque fois qu’un blasphème s’échappe de ta bouche, il doit pleuvoir en masse chez vous.

Juste un peu plus tard, le même jour, ta p’tite affaire sur deux pattes a décidé que c’était une brillante idée de se prendre pour un archéologue, fouiller dans la poubelle, trouver un restant de spag pis l’étendre sur ton plancher que t’avais soigneusement frotté la veille parce que tu recevais de la visite. Tout ça pendant la seule minute et demie que t’as quitté la pièce pour aller pisser. Fait que tu reviens et tu constates les dégâts. Même son sourire naïf à huit dents ne t’attendrit pas. T’es fâchée, tu lui dit NON d’un ton ferme et tu repasses la moppe à coup de grands soupirs avec ton air de boeuf sur ton plancher (dont la deuxième nouvelle propreté est d’ailleurs passée complètement sous le radar de la visite à qui t’as dit de garder ses souliers).  Le même air de bœuf que ta prof de géo en secondaire 3 ou celui de la fonctionnaire au bureau des passeports mercredi passé.

Ton chum en a assez donné ce soir alors il reste évaché assis sur le divan.

Ramasse, fille.

T’as quasiment envie de pleurer. Oui, pleurer pour trois-quatre nouilles étendues par terre.

Et là vient l’excuse facile: ça doit être la fatigue.

Y’a des journées où tu te couches et tu te demandes pourquoi t’as décidé de procréer en te promettant que la chair de ta chair restera enfant unique.

Puis cette même chair se pointe dans le cadre de porte et tu te rappelles pourquoi t’as provoqué la rencontre de tes chromosomes avec ceux de ton chum.

Pis soudainement, il te semble que ça te va pas si mal, dans le fond, le rôle de mère.

Rose-Marie Martel

     ROSE-MARIE MARTEL


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