L’interminable phase du Chu-capab’-tout-seul-maman

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Donnez-moi la force de résister et de ne pas céder à la folie. Donnez-moi la force de résister et de ne pas céder à la folie. Donnez-moi la force de résister et de ne pas céder à la folie. Parce je suis à un cheveu de craquer en petit bonhomme dans ma cellule capitonnée pis de me taper la tête dans le mur à l’infini.

Ça a commencé la semaine passée quand j’ai ouvert la porte du char :

Fiston,  4 ans : « Nooooon, Maman, je peux le faire tout seul! »

Attends… Quoi ? Depuis quand il est capable d’ouvrir la porte tout seul lui ?

Apparemment, non seulement il sait comment faire mais si je l’oublie (c’est-à-dire tout le temps parce que ça fait quatre ans que je le fais pour lui) et que je l’ouvre à sa place, j’ai droit à une crise de bacon à high dans la poêle parce qu’il-est-capab’-tout-seul. Le genre de crise qui emboucanne ta maison jusque dans l’entretoit parce que le bacon est tellement raide pis noir que même ton chien n’en voudrait pas.

Du jour au lendemain, mon-garçon-qui-n’était-pas-capable-fais-le-maman est devenu un genre de modèle d’autonomie infantile dysfonctionnel persuadé qu’il peut tout faire lui-même. Mais t’sais, toute. Je sais que tu me juges pis que tu penses que je devrais me réjouir. Mais non, c’est un enfer. Parce que tout ce qu’il essaie de faire prend mille ans. Pis je te parle pas de son taux de réussite ni des dommages collatéraux.

Hier, je lui ai donné une barre tendre au chocolat. Je l’ai pas déballée moi-même par crainte de représailles. As-tu entendu ce qui est arrivé ? Non, sérieusement, as-tu entendu la crise qu’il a faite parce que je suis certaine que le pays au complet l’a entendue. J’ai finalement mangé ladite barre tendre au complet dans sa face à son plus grand désarroi. Fuck you.

En rentrant, il a décidé qu’il voulait un verre de lait qu’il allait se verser tout seul même si c’est scientifiquement impossible comme la pinte de lait fait trois fois son poids. Cauchemar. J’étais là, impuissante, les bras dans les airs, à le regarder faire au ralenti. « Est-ce que tu veux que je t’aide ? » J’ai pensé fermer les yeux. « Je pourrais tenir le verre… » Mais j’ai décidé d’affronter la réalité. « Je pense que si tu tiens la pinte… ouin… attention… ATTENTION… Aarrrg. » Ça s’étend sur plusieurs mètres, deux litres de lait dans une flaque. Sa face était même pas désolée. Et c’est là, pendant que je torchais le plancher à genoux, que son autonomie a décidé de prendre un break cinq minutes. « Tu m’aides à ramasser mon grand ? » « Non, c’était pas de ma faute, c’est la faute de la pinte de lait. » Fuck you.

Je n’ai plus le droit de l’aider. Pour rien. Jamais. À part pour ramasser les vestiges de son indépendance. Il se détache du char tout seul (pendant dix minutes préférablement quand il mouille à sciaux), il se «lave » tout seul (parles-en avec son bec orange post-spaghetti), il « s’essuie les fesses » tout seul (ses bobettes sortent un livre sur le sujet dans deux semaines, cœurs sensibles s’abstenir), il met ses bas tout seul (pas de commentaires). C’est éternel. Sans fin. C’est long. Câlisse que c’est long. C’est comme regarder une peinture sécher dans une forêt tropicale à 100% d’humidité.

Le matin, j’ai l’impression de vivre dans The Neverending Story, t’sais le film pas de fin. À chaque étape, mes petites voix intérieures se battent à mort.

« Laisse-le s’habiller tout seul, il apprend à devenir autonome. » «Shake-le, lui pis ses patalons rayés verts avec son tee-shirt à picots, oranges, il va avoir l’air de la chienne à Jacques pareil mais ça va peut-être le faire passer en deuxième vitesse. »

« Dis-lui pas que son tee-shirt est à l’envers, il doit s’en rendre compte par lui-même. » « Câlisse, il voit pas l’étiquette qui lui sort dans le cou ? »

« Il va apprendre en renversant son lait » «Il apprend rien pantoute, ça fait deux semaines qu’il le renverse. »

« Il a mis ses sandales à l’envers, laisse-le le réaliser. » «Il va les garocher au bout de ses bras en hurlant que ça lui fait mal pis se rouler par terre comme le petit Lazard Pronovost dans les filles de Caleb sans l’écume dans 5, 4, 3, 2, 1 and it’s a go ! ».

Je savais qu’apprendre, c’était pas facile. Ce que je savais pas, c’est que c’est encore plus dur d’apprendre à attendre que ta progéniture apprenne. Le congé de maternité, ça devrait pas être à la naissance. Ça devrait être à quatre ans, à l’aube de l’autonomie, quand mettre des bas prend dix minutes, que s’habiller prend une demi-heure, que se servir des céréales prend vingt minutes, trois guenilles, un rouleau de scott pis deux pintes de lait pleines mais que se brosser les dents prend étrangement quinze secondes. Dans la phase de chu-capab’-tout-seul-maman, t’as pu le temps d’aller de travailler, t’es ben que trop occupé à attendre. Attendre tout le temps, partout, avec appréhension, en craignant le pire avec raison. Parce que le pire arrive. Chaque fois.

Ça fait que si tu me cherches, je vais être en position fœtale dans la douche avec mon quarante onces de vodka dans l’attente ultime que le calvaire de la phase du chu-capab’-tout-seul-maman prenne fin pour le bien de la postérité et de ma santé mentale.

Cet article est une adaptation libre du texte The “I Can Do Everything by Myself” Phase: I wrote this entire blog while I was waiting for him to put his shoes on du blogue américain Baby Sideburns.

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