Jouer avec ses enfants : le gros fun noir

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Aujourd’hui, je vais faire de quoi pour toi. Je vais te soulager d’un lourd fardeau que tu portes à tort depuis la naissance de tes enfants et qui te fait sentir cheap en moyenne deux à trente-huit fois par semaine. Un poids désagréable qui vient gâcher ta vie de parent. Une affaire que t’as jamais dit à personne.

J’aimerais mieux que tu ne dises pas trop fort que c’est moi qui te l’ai dit, le monde a le jugement facile t’sais, mais écoute, je m’assume.

Je me lance.

Ça se peut que tu trouves ça vraiment poche de jouer avec tes enfants souvent des fois. C’est dit, l’abcès est crevé, je viens de briser le mur du silence.

Non mais, soyons honnêtes, même si l’éventail de jeux d’un enfant de quatre ans est large, ça ne le rend pas forcément plus intéressant pour un adulte qui en a trente-deux. T’sais, l’amour inconditionnel c’est fort, ça te permet de nourrir ton nouveau-né nuit et jour sans dormir pendant quarante-huit heures pis de sauter à l’eau à moins quarante pour le rescaper s’il prend une débarque sul’ bord du lac mais c’est pas une machine à remonter le temps qui te téléporte à l’époque où faire des courses de chars invisibles, c’était vraiment enthousiasmant. Ça fait que, même si tu n’as pas le prétexte d’être vidé de ta dure journée de labeur au bureau, qu’on est samedi matin et que t’as rien de mieux à faire que boire ton café chaud en pensant à ta vie, ça se peut quand ça te tente pas pantoute de construire un abri en couvertes pour les pirates avec un foulard sur la tête dans le salon. Peu d’adultes pratiquent cette activité; c’est pas un hasard.

Les jeux inventés sont de loin les pires de la gang. Shame on me, je sais, ils permettent à ton enfant de développer sa créativité. Fine. SA créativité, pas la tienne. Tu essaies sincèrement de participer pour l’encourage parce que tu l’aimes et qu’il est cute avec son imagination débordante. Sauf qu’entre deux nouvelles règles inventées v’là trente secondes, un balai qui vient de se transformer en fusil et l’enjambée de crocodiles invisibles, t’as le droit d’admettre que tu regardes l’heure dans l’attente ultime qu’il se tanne et qu’il te demande d’écouter un film pendant lequel tu pourras t’évacher et pratiquer le sport national de tout parent qui se respecte : checker ton téléphone. Terrible hen ?

L’autre grand moment de la semaine, c’est la sortie au parc. Le parc. C’est tu plate rien qu’un peu ? « Regarde-moi Maman, je vais glisser! » Super. Je pensais sauter en parachute le mois prochain mais j’ai vécu une telle montée d’adrénaline en regardant mon gars fendre l’air dans la grande glissade jaune en spirale qui se fini dans une flaque d’eau qui lui mouille le derrière pour la millionnième fois que j’ai tout annulé. Mon cœur ne s’en remettrait jamais. Pis là, ben, t’es debout pis t’attends. T’attends qu’il se tanne. T’attends qu’il mouille. T’attends qu’il se blesse ou qu’il aille envie de pipi pour pouvoir retourner chez vous, là où il y a quelque chose d’intéressant pour un adulte qui touche à terre dans le trapèze en métal rouge qui fait mal aux mains. Tu tournes autour des modules de jeu comme un tigre en cage en lançant des « C’est beau ! » pis des « Oui, je t’ai vu! » avec un paquet d’autres parents qui vivent la même affaire que toi. Des fois, tu pitonnes sur ton téléphone mais tu crains le pire depuis que tu as vu le vidéo du gars qui aborde les enfants au parc et qui part avec eux sans que les parents aient eu le temps de s’en rendre compte. D’autres fois, tu joues. T’sais, la fameuse minute où tu réalises que le temps passe vite, que tes enfants vont grandir pis que tu vas t’ennuyer de ces moments magiques passés au parc. Juste de même, la nostalgie a tendance à influencer les souvenirs d’une manière surpositive. Bref, normalement, après quinze minutes à glisser dans la glissade spirale, les fesses trempes et à te donner mal au cœur en te faisant aller dans les balançoires, tu coupes le fun court. Envoye, tout le monde à la maison !

Je le sais que tu me trouves un peu heavy. Je beurre épais pour que l’image soit claire mais je suis certaine que tu te reconnais quelque part. Ça se peut que t’atteignes ton quota de courses de petits chars pis de peignage de poupées tous les jours des fois même si t’aimes tes enfants plus que tu ne t’aimeras jamais toi-même. Pis c’est normal. Pis tu te reprends. Pis tu leur consacres déjà toute ta vie. Le jour. Le soir. La nuit. La fin de semaine. Ça fait que sois indulgent avec toi-même. Tu peux rester écrasé sur le divan encore 5 minutes en toute quiétude pendant qu’ils développent leur autonomie. Ça ne fait pas de toi un mauvais parent.

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