Enfant à bord : ton couple au large

maman cinglante couple frustré pieds

Attache ta tuque avec de la broche, aujourd’hui, j’ai décidé de te parler de l’impact de la naissance des enfants sur ton couple. Ouais. Pis ça se peut que ça ne te fasse pas ben ben plaisir. T’sais, quand je pense au couple suivant la naissance d’un enfant, je pense toujours aux trois petits cochons. Entendre ici la véritable histoire des trois petits cochons, aucun parallèle à faire avec la sexitude… mais ça viendra peut-être.

Pour les besoins de l’exercice et advenant le cas où tu viennes d’une planète lointaine, rappelons-nous que petit porc numéro 1 a construit une maison de foin. Quand le loup est passé dans le coin, il t’a balayé ça dans le temps de le dire en soufflant à peu près aussi fort que sur une chandelle de gâteau de fête. Petit porc numéro 2, lui, a construit une maison de bois et, bien que le loup ait dû prendre deux ou trois shots de Ventolin pour en venir à bout, il a quand même réussi à mettre la maison à terre. Finalement, Petit porc numéro 3 a construit une maison quasi indestructible. Je dis « quasi » parce que si le loup avait eu un bulldozer comme arme de destruction massive plutôt que son souffle légendaire, j’ai comme l’impression que l’histoire se serait finie dans un bain de sang de queues en tire-bouchon.

Évidemment, tout ça, c’est une image. Le punch, c’est que la maison, c’est ton couple et le loup,  c’est ton nouveau-né. Je sais, je sais, il est rose et innocent comme un petit cochon mais ne te laisse pas berner, je te le dis, c’est le loup. Bon, entendons-nous, il n’a pas postulé pour le rôle. On va plutôt dire qu’il lui est revenu par défaut.  Reste qu’il a ben du souffle et que ta maison n’est pas trop à l’abri. Ça fait que ton couple a tout intérêt à être en brique si t’as pas envie qu’il finisse en terrain vague.

Le premier coup de grâce qui frappe ton couple suivant l’arrivée du loup, c’est la fatigue. Quand ça fait six mois deux semaines que tu dors en moyenne deux à trois heures par nuit, la longueur de ta face devient rapidement inversement proportionnelle à celle de ta patience. Normalement, celles de ton chum suivent la tendance. Ça fait que même si vous avez un bébé neuf qui fait l’envie de toutes les grand-mères au centre d’achat, vous avez la mèche courte pis vous prenez l’habitude de vous parler comme des charretiers. Si ta maison est en foin, son toit est pas mal dégarni à ce stade-ci mais elle tient toujours debout.

C’est là que tu te mets à jouer au jeu du martyr. Ça commence habituellement par un sentiment d’amertume sournois; t’as l’impression de tout faire pendant que ton chum fait rien pantoute. Des fois c’est le cas, d’autres fois ça ne l’est pas. Dépend du chum et du moment. Ce sentiment-là prend normalement une ampleur épeurante quand son congé de paternité fini et que tu passes tes grandes journées à la maison à bercer, nourrir, laver et distraire le loup qui souffle sur ta sérénitude, tout en faisant le lavage des pyjamas plein de vomis trois fois par jour, la préparation de purée santé, la vaisselle des accessoires desdites purées et les quatre cents tâches connexes auxquelles s’adonne toute bonne Madame Blancheville. Quand ton chum revient de travailler, qu’il s’échoue sur le divan et qu’il te dit qu’il est crevé, les yeux veulent te sortir des orbites pis tu manques t’évanouir. Non mais quoi, il se prend pour qui, lui, pour revenir de sa journée de travail crevé quand tu as passé la tienne à jouer l’esclave d’un enfant de six mois en torchant la maison de fond en comble ? À ce stade-là, tu transpires normalement l’amertume et tu consacres tes temps libres à lui faire sentir qu’il n’est clairement pas à la hauteur de tes attentes sans verbaliser lesdites attentes parce qu’il devrait savoir d’emblée quoi faire. Deuxième coup de grâce. Ta maison de foin est sur le camp.

Six mois après ton accouchement, aucune sortie en amoureux à l’horizon. (…) Non, aller à la pharmacie acheter des couches pendant que ta mère jette un œil sur le petit n’est pas admissible dans cette catégorie. Le problème, c’est que c’est fondamentalement impossible pour toi de laisser ton bébé à quelqu’un d’autre qui ne porterait pas ton nom, n’aurait pas ta face et ne s’appellerait pas toi-même. Premièrement parce que tu l’aimes trop. Deuxièmement parce que tu as trop peur qu’il s’étouffe avec son pablum. Troisièmement parce que tu as clairement trop peur de manquer le moment ultime où il va tenir assis plus de deux minutes sans support ou l’instant mémorable où il va tirer Sophie la girafe à plus d’un pied. Quatrièmement et finalement parce que tu n’as plus de vie outre ton bébé parce que tu t’y consacres à temps plein jour et nuit et tu ne peux plus te figurer faire autre chose que t’en occuper toute la vie, pour toujours. Coup de grâce numéro trois. Si ta maison est en bois, elle est pas mal maganée.

Le dernier coup de grâce, tu t’en doutes bien, c’est l’extinction du sexe qui n’est ni plus ni moins que le résultat de tout ce qui est venu plus tôt. De un, t’es crevée. Tu passes la plupart de tes journées cernée jusqu’aux coudes, en jogging et encrassée dans ton sébum parce que l’alternative d’une longue douche chaude est aussi envisageable que le concept de perdre les vingt livres qui te collent aux hanches en faisant des redressements assis. De deux, ce même vingt livres qui te sert de mou de ventre a le don de te faire sentir sexy comme un pneu crevé. As-tu déjà vu ça toi, un pneu crevé avec de la libido ? De trois, le jeu du martyre enraye pratiquement toute trace de désir à l’égard de ton chum que tu regardes pas mal plus avec des couteaux qu’une lumière charnelle dans les yeux et finalement, force est d’admettre que votre sortie bisannuelle à la pharmacie ne vous a pas permis de vous retrouver. Là, même si ta maison est en briques, elle a besoin d’un homme à tout faire, ça presse.

Ça fait que c’est ça. Tu ne l’as pas vu venir mais un an plus tard, le loup a soufflé fort. Même si votre maison tient toujours debout, elle a sérieusement besoin d’un coup de scellant pour éviter les infiltrations d’eau. C’est sournois t’sais, les infiltrations d’eau. On prend pas ça au sérieux, on se dit que c’est mineur , qu’on peut vivre avec et on laisse ça aller… longtemps. En plus, de dehors, rien n’y paraît. Mais ça gruge les charpentes.  Ça fait que sors ton Epoxy, donne un marteau pis des clous à ton chum et patchez les trous. Rappelez-vous qui vous étiez avant l’arrivée du Grand Méchant Loup et ne le laissez pas vous dévorer tout rond.

logo parfaite maman cinglante


8 thoughts on “Enfant à bord : ton couple au large

  1. Marie-Lou Borduas Répondre

    J’aime bien la métaphore des trois ptits cochons, quoiqu’un peu satyrisé. J’ai moi-même un bébé de 4 mois et publié sur Face de Book un texte dans la même veine que le vôtre. Inutile de dire que j’ai frôlé la lapidation virtuelle venant de mes « amis » Facebook. Mais comme vous, j’aime bien exprimer tout haut ce que les autres s’empêchent obstinément de dire. Je constate que la maternité est et sera toujours idéalisée et surévaluée, car si on est un minimum honnête avec nous-mêmes, avoir un bébé, c’est du masochisme par torture. Mon côté pragmatique a soulevé un tollé quand je me suis mise à peser les bons côtés (2h de sourires par jour) vs les mauvais (tout le reste). Mais j’assume pleinement mes paroles car je pèse mes mots et que je les pense tous.

    1. Marie-Lou Borduas Répondre

      voici le texte que j’ai émis sur FB:
      Je travaille présentement pour un employeur-tyran-tortionnaire qui me crie dessus très souvent, sans que je n’aie le droit de lui crier dessus en retour. Je suis toujours sur appel, car je travaille 24h par jour, 7 jours sur 7: quand il a besoin de mes services, je dois tout abandonner ce que je suis en train de faire pour aller l’aider, même si je suis en train de dormir, manger, pisser, etc. Mon collègue de travail et moi avons signé pour un contrat d’exclusivité à vie non annulable non négociable. Ce contrat, nous l’avons signé aveuglément de plein gré sans avoir aucune idée de ce qui nous attendait. Je suis sous-payée: 1 à 3 heures de sourires par jour seraient normalement suffisantes pour compenser les conditions de travail inhumaines dans lesquelles je vis au quotidien. Question d’ancienneté, apparemment…. Quand mon boss me hurle après, avec son cri strident à fendre mes tympans, mon rôle à moi consiste à lui répondre par de la tendresse, de la douceur et de l’affection. Même si j’ai souvent envie de lui dévisser la tête, et de tout sacrer là, je dois absolument continuer à lui plaire. J’ai le droit d’aller chercher de l’aide extérieure, mais je ne le fais pas très souvent. La formation que j’ai reçue spécifiquement pour ce travail, personne d’autre que moi et mon collègue (qui fait ce métier à temps partiel) ne l’a reçue. De plus, je ne saurais pas par où commencer si je voulais former quelqu’un d’autre pour prendre ma relève et me donner un répit.
      En gros, mon emploi consiste en: consoler, nourrir, habiller, déshabiller, endormir, nettoyer les dégâts de pipi, de caca, de vomi…, soigner, gestionner (mot inventé signifiant « gérer comme on peut »), divertir, entraîner, encourager, s’excuser aux autres des hurlements de mon boss, entretenir la maison, les animaux, les plantes ainsi que mon couple, s’endormir sur commande (pour se faire réveiller par le perroquet), faire les commissions essentielles et se pointer en catastrophe aux rendez-vous importants.
      Être parent, le métier le plus ingrat du monde. Non-masochistes s’abstenir.
      http://www.yapaka.be/texte/les-bonnes-raisons-pour-une-mere-de-hair-son-beau-bebeparfois

      Être mère, le métier le plus ingrat du monde. Non masochistes s’abstenir.

      À ceux qui disent que c’est merveilleusement gratifiant et que toute mère devrait être comblée par le bonheur que son enfant lui apporte, je leur ferais respectueusement… un doigt d’honneur! (pour l’instant ;))

      Marie-Lou, mère de Cora Paquet

      http://www.yapaka.be/texte/les-bonnes-raisons-pour-une-mere-de-hair-son-beau-bebeparfois

    2. Marie-Lou Borduas Répondre

      Sur une note plus positive, je constate que le phénomène d’amertume envers le fainéant de conjoint est généralisé. Bref, suffit de les former et de déléguer pour en venir à bout d’une semblant d’équité. Notre tâche consiste à lâcher prise sur tout ce qui n’est pas vital, et déléguer le plus possible. L’attachement mère-enfant est selon moi presque aussi important que celui père-enfant. Et les papas aiment se sentir utiles. Moi j’ai failli faire un burn-out à cause de mon besoin de contrôler tout dans la maison. Au final, je garde la lessive , les boires la nuit et je fais des siestes chaque fois que bb est endormi. le matin, j’ai la chance de pouvoir dormir entre 5h et 7h car papa prend la relève. activités de couple hebdomadaire seraient ideales mais bon! jsuis pas rendue là dans ma guerre pour sauver mon couple du Grand méchant Loup.

    3. Marie-Lou Borduas Répondre

      oups! …oublié de cocher la case « prevenez-moi de tous nouveaux commentaires par email ». voila c fait!

  2. Marie-Josée Simard Répondre

    Sérieusement… je t’aime toi! Tu me fais rire et réfléchir à chaque fois que je te lis! J’y prends pas mal de plaisir! J’aime ta façon de voir les choses, ton franc-parler et ta couleur! Bonne continuation, tu as une nouvelle fidèle!

    1. Marie-Lou Borduas Répondre

      Eh bien, Marie-Josée Simard, je fais désormais partie de l’équipe de collaboratrices pour ce blog. Alors, si tu apprécies toujours mon style d’écriture, sache que je signe le nom de Marie-Lune. Bonne lecture!

  3. Mila Répondre

    Je suis tellement contente que tout cela est (presque) derrière moi. Mon garçon a 2 ans et je peux dire que nous avons travaillé très fort moi et mon conjoint pour garder notre couple. C’est tellement vraie ce que tu dis. En plus il y a aujourd’hui tellement de pression de la société par rapport de la société qu’on aimerait être les meilleures dans tout! Je ne comprends pas pourquoi on n’ose pas de parler de nos difficultés. Comme si se plaindre c’est indigne pour une mère (t’as tellement la chance). J’ai fait une depression post-partum et je me suis sentie très seule dans tout ça, ainsi que très coupable de ne pas rayonner de bonheur tout les jours just parce que je suis mère. Je n’osait pas dire que mon travail me manque, ainsi que mes occupations d’adulte.
    Je te remercie de ce texte! Bon courage! Les bébé grandissent un jour 🙂

  4. Anonyme Répondre

    Euh…j’ai moi même un bébé de plus de 5 mois et je ne reconnais pas mon couple dans votre texte.
    Bien entendu j,entends ce que vous dites mais avant d’avoir ce fameux p’tit Loup, les choses étaient claires avec mon conjoint, on ne voulait pas arrêter de vivre et le plan de match de la 1ére année était déjà planifié avant l’arrivée du tsunami.
    Aujourd’hui, on peut dire que l’on est vraiment chanceux, cet enfant a fait ses nuits au bout d’un mois, on a lâcher prise sur le ménage (je m’y consacrais 2h par semaine avant, on est à 2h aux 3 semaines je pense…).
    On laisse notre fille aux amis pour aller au resto et tout se passe trés bien.
    Aprés mon congé maternité j’ai repris le travail, Papa prend le RQAP et s’occupe maintenant de toutes les tâches à la maison (pas à ma manière mais à la sienne et tout fonctionne).
    Le p’tit Loup est devenue un trésor et s’en va à la garderie quelques matinées semaine, sourire aux lèvres.
    Je pense que bien des couples font des enfants sans en avoir planifié l’arrivée, ça fait 7 ans que l’on est ensemble avec mon conjoint et bien 3 ans qu’on parle de bébé, savoir comment chacun voyait les choses, ce que chacun voudrait, l’enfant idéal, la vie idéale…
    On savait pas quel bébé on aurait mais on savait ou on voulait aller.
    Je ne nie pas qu’il y a eu quelques ajustements, tensions et discussions sur le chemin mais on ne lâche rien, on ne vit pas pour et à travers notre enfant et ceux qui nous connaissent diront qu’on a pas changé.
    Trop de mamans se dévouent à leurs progénitures et se plaignent du Papa mais leurs laissent t-elles la place?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *