Le carnage de l’allaitement

allaitement singe biberon

Sois franche, l’allaitement, c’est un vrai carnage. Quand ça ne l’est pas dans le geste, ça l’est dans le débat. Toute bonne ou exécrable mère de famille a une opinion sur le sujet. Opinion à laquelle elle tient souvent plus que sa foi en l’avenir de sa propre progéniture. J’exagère. Mais pas tant que ça. Existe-t-il quelque chose de plus animé qu’un débat sur l’allaitement entre une gang de mères ?

Ta seule véritable référence en matière d’allaitement, c’est ton expérience personnelle. Expérience qui a vu le jour en même temps que tu t’es fait passer dessus par un truck. Ouais, bon, OK, ça pourrait faire référence à n’importe quel moment des six premiers mois de la vie de ton gars, mais là, je te parle de sa naissance. À moins que tu aies allaité le bébé de quelqu’un d’autre. Mais ça c’est un autre débat, trop grand pour moi.

Bref, quelques heures après avoir enfanté d’un petit paquet rose rabougri que tout le monde trouve ben beau, l’infirmière se pointe et t’annonce que c’est le temps d’allaiter. Son rôle et la façon dont elle va t’intégrer ça sont d’une importance capitale. Personnellement, la mienne a manqué son coup. J’étais sincèrement prête à essayer. Elle, elle était sincèrement prête à ce que je n’abandonne jamais. Jamais. Même avec le cou tranché, si mes seins étaient toujours disponibles, je pense qu’elle aurait continué d’essayer de plugger mon gars dessus.

Tu comprends donc qu’elle insistait vraiment. Rien ne me sortait des seins. J’ai même confondu des bouts de seins gercés arrachés avec des goutes de lait dans l’espoir ultime qu’il se passe quelque chose. Mais l’infirmière revenait à la charge toutes les trois heures comme une seule femme en me parlant de cette fameuse montée laiteuse qui allait ben finir par arriver. À la fin, elle tirait sur mon gilet sans me demander la permission et me trayait. Si j’avais été une vache, on m’aurait sûrement abattue parce que je n’atteignais clairement pas le quota quotidien. Pas besoin de te dire qu’à ce moment-là, ma plus grande envie était de la rentrer dans un mur. Mais du haut de ma césarienne effectuée 24 heures plus tôt et de ma cicatrice de zombie plein de broches, c’était pas trop réaliste.

Quand j’y repense, ça me fait mal de le dire, mais, à quelques détails près, à commencer par son manque flagrant de délicatesse face à quelqu’un sous l’influence d’une dose d’hormones et de fatigue excessive, sa façon de faire avait quelque chose de logique. Parce qu’une mère qui vient d’accoucher n’a normalement pas le seuil de tolérance dans le plafond. En fait, la seule chose qu’elle a dans le tapis, c’est ses cernes et ses hormones. Pis baisser les bras devant un bébé heureusement pas de dent quand même prêt à lui arracher les mamelons dans l’espoir vain de boire sans finalement rien en retirer, c’est tentant. Quand son bébé pleure à fendre l’âme parce qu’il a soif et qu’elle pleure à fendre l’âme parce qu’elle se comprend plus, c’est beaucoup plus que tentant.

C’est pas mal comme ça que, malgré la pression de l’infirmière, du Mieux-Vivre, de l’avis de ma mère, de ma chum qui a accouché le mois passé et des soixante-quinze autres livres que j’ai lu sur le sujet pendant neuf mois, je l’ai fait. J’ai abandonné l’allaitement après quanrante-huit heures. Et l’infirmière du tour de garde suivant est arrivé avec un biberon. Je l’ai confondu avec une fée. Il me semble qu’il y avait un halo de lumière autour de sa tête. C’était peut-être le néon de la chambre. Finalement, je n’ai jamais allaité.

Quand les futures mères potentielles de mon entourage se sont mises à mettre bas à leur tour et que l’allaitement s’est avéré être un véritable massacre de l’humeur, des seins et du sommeil pour la plupart d’entre elles, j’ai eu le réflexe de m’autoproclamer Reine de la connaissance, du bien, du mal, de la parentalité et du haut de mon statut de mère de trois mois, je leur ai toutes dit d’arrêter ça. De laisser tomber l’allaitement parce qu’elles investissaient leur peu d’énergie au mauvais endroit. Quelle prétention. J’étais qui, moi, pour déterminer où chacun devait mettre son jus au lieu de les encourager dans ce qui faisait du sens pour elles au nom de ma propre expérience ?

Aujourd’hui, je pense qu’il est temps d’en finir avec le carnage de l’allaitement. Ça fait que je te le dis clairement et officiellement : fais ce que tu veux. Allaite ou n’allaite pas. Fais ce que tu penses qui est bien pour toi. Le seul manuel à suivre pour t’occuper de ton bébé, c’est toi qui l’écrit et tu l’écris bien. Pis, à temps perdu, apprends à respecter le manuel de la fille d’à côté et à lui donner une tape dans le dos. Il me semble qu’entre mamans, on se doit bien ça.


2 thoughts on “Le carnage de l’allaitement

  1. Josée Savard Répondre

    Ça me rappelle tellement de souvenirs!!! Novembre 1998,Cité de la Santé. Une infirmière à gauche qui plogue la tête de ma fille à la bonne place, une deuxième à droite qui tente de soutenir mon sein pour en sortir quelque chose, ma,fille qui semble dire « ôtez ce sein que je ne saurais boire ».. Et une des deux infirmières qui me dis « Detendez-vous madame!!! » Taboire!!! Au bout de 24 heure à la maison, quand j’ai fini par lâcher prise et que j’ai mis un premier biberon dans la bouche de ma fille, 18 ans plus tard je me rappelle encore les grands yeux ronds pleins de reconnaissance qu’elle m’a fait. Le message était clair: « Merci Maman, c’est booooon!!! » Deux ans plus tard, pour mon gars, j’ai réussi à toffer deux grosses semaines, a raison d’une seule montée de lait par jour. Deux semaines et le réservoir était à sec.

  2. caroline Répondre

    Je m’en rappelle aussi. 36 heures de contractions, finir par un Césarienne, infection, etc… Et l’allaitement. J’ai toffé 3 mois. Les seins en sang, ca prend un bon 2 semaines avant d’arrêter d’avoir mal. Apres ca va. Mais ma fille vomissait tout et je devais allaiter a nouveau comme si j’avais des jumelles. Je suis passée d’un size B a un size DD. J’en pouvais plus. Je me penchait et de mes seins coulait du lait. J’ai passé au biberon et ma fille est en santé pareil. C’est un chois personnel. Arrêtons de juger les meres svp!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *