La fin de ton congé de maternité

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Ton congé de maternité fini dans un mois. Tu l’envisages exactement de la même façon que si t’allais te faire arracher un bras. Y’a une semaine, tu t’es dit que t’allais ouvrir une garderie. Tu t’es renseignée. Ça demanderait une bonne restructuration du domicile familial et, bien que tu ne vis que pour ton récemment-né, tu t’es profondément questionnée sur ta capacité à t’occuper de six enfants à la journée longue. N’empêche que les déductions d’impôts étaient intéressantes.

Je vais être franche avec toi, tu vois pas clair. Ça fait plus ou moins un an que tu passes 100% de ton temps collée sur l’être qui sera à tout jamais le plus important pour toi. Qui voudrait laisser le grand amour de sa vie pour aller perdre son temps à pousser un crayon dans un bureau insipide ?

Depuis un an, t’es collée sur les besoins de ta progéniture. Tu parles en boucle de ses nuits, de ses boires, de ses céréales, de ses sourires, de la fois où tu l’as mis sur le ventre et qu’il a relevé la tête, de la fois où il a avancé sur les fesses et de ses premiers pas. Tu parles même de la consistance de ses cacas avec une aisance désarmante. C’est ta vie. Ça fait un an que tu vis pour ton bébé et c’est normal. Oui, oui, tu es sortie trois fois dans l’année prendre un verre en regardant systématiquement l’heure toutes les dix minutes et en vérifiant les messages textes sur ton cellulaire pour t’assurer que ton chum s’en sortait. Malheureusement, je suis certaine que toi et moi pouvons nous entendre pour dire que ce n’est pas une grande marque d’indépendance.

Ne vivons pas dans le déni, ton retour au travail va être difficile. La première fois que tu vas laisser ton bébé à la garderie pour aller travailler pour de bon, le cœur va te fendre en mille. Tu vas avoir l’impression de l’abandonner. En plus, il risque de te la jouer mélodrame et il va sûrement pleurer toutes les larmes de son corps en tendant frénétiquement les bras vers toi quand tu vas partir. Il va pleurer dans les bras de la fille qui va s’occuper de lui 40 heures par semaine et toi, tu vas te vider le corps du 60% d’eau qui l’habite dans ton char.

À tout moment du jour, particulièrement la première semaine, tu vas te demander ce que ton bébé fait, ce que toi tu fais là et tu vas avoir envie de t’écrouler en te disant que tout ce que tu voudrais, c’est de prendre le fruit de tes entrailles dans tes bras, le changer de couche ou essuyer le vomi sur le bord de sa bouche. Tu vas avoir des flashback de vos meilleurs moments ensemble, comme un amoureux perdu. Tu vas peut-être même pleurer dans les toilettes. Si tu n’es pas pleinement remise côté hormones, ça se peut que tu ne te caches même pas pour pleurer.

Pour mal faire, tu vas aussi devoir apprendre à vivre avec une nouvelle routine qui va vite et qui ne fait plaisir personne. Les matins pressés, la course à la garderie, les soupers en vitesse suivis des bains, de la chanson, du dodo, où tu te couches avec l’amère et inévitable impression de ne pas avoir pu profiter de ta famille. C’est probablement là que tu vas pleurer le 10% d’eau qui tenait encore entre ton estomac et ton poumon gauche. Parce que tu n’auras pas eu le temps temps de profiter de ton bébé. Ton bébé qui grandit ben que trop vite et dont tu manques la moitié de la croissance pour aller travailler comme une imbécile.

Mais c’est là que tu te trompes. Tu ne gaspilles pas ton temps au travail. Tu ne t’en rends peut-être pas compte, mais tes huit heures au bureau te permettent de retrouver une partie de toi qui était surnoisement en train de prendre le large. Une partie de toi qui ne parle pas de consistance de caca ni de céréales d’orge. Quelqu’un qui répond aux demandes des clients et qui ressent un petit hype quand ils partent, heureux, en te remerciant de ton coup de main. Quelqu’un qui apprend à lire aux petits mousses ou qui soigne les gens malades. Quelqu’un qui parle de plan budgétaire et qui négocie des contrats au téléphone. Quelqu’un qui prend sa pause avec ses collègues et qui jase de tout sauf du développement de son enfant (qui n’en est pas moins important) et qui sort du travail avec un sentiment de devoir accompli qui n’est pas en lien avec famille. Vois-tu où je veux en venir ?

Tu es une super maman. Ta préoccupation première sera toujours ton bébé. C’est parfait comme ça, le contraire serait perturbant. Mais tu gagnes beaucoup plus que ne le penses à trouver l’équilibre entre ton rôle de maman, ton rôle d’amoureuse, ton rôle de professionnelle et tous les chapeaux que tu as envie de porter dans la vie. Rappelle-toi que l’équilibre, même s’il est parfois difficile à trouver, te desservira et desservira ceux que tu aimes plus que n’importe quoi.

La semaine prochaine, va travailler pour toi. Retrouve la fille fonceuse qui carburait aux défis au bureau, à l’hôpital ou au salon de coiffure et reviens chez toi pour redevenir la maman qui se dévouera à tout jamais pour son bébé. Ça te demandera une période d’adaptation inévitable mais tout le monde gagnera au change. Pis en plus, tu risques d’être bonne pour boire un café chaud et manger ton lunch sans te lever.

** Cet article ne vise en aucun cas à diminuer les mamans qui décident de rester à la maison par choix et qui font un travail exemplaire de la même envergure que tout boulot hors de la maison mais à encourager celles qui ont du mal à retourner au travail.

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Une réflexion sur “La fin de ton congé de maternité

  1. Natacha Répondre

    Merci pour ton texte. Il m’aide beaucoup à aborder ma reprise de travail.

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