Je m’appelle Maman et je suis coupable

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Je m’appelle Maman et je suis coupable. Je suis coupable de tellement d’affaires qu’un jury intransigeant me condamnerait sûrement à une peine sévère si je ne purgeais pas déjà une sentence de travaux communautaires à perpétuité depuis la naissance de mon fils et si l’emprisonnement ne s’avérerait pas une excellente opportunité de me laisser faire la grasse matinée jusqu’à 6h00 du matin.

Je suis coupable d’avoir mangé beaucoup de cochonneries enceinte. Je n’ai pas suivi le guide alimentaire. Je m’en suis tenue à un régime de réglisses aux fraises et j’ai bu au moins 5 verres de vin en 9 mois. En plus, une fois, j’ai mangé des sushis. Ils étaient au légumes mais t’sais, on ne sait jamais avec la contamination croisée. Toutes les fois que mon garçon bégaie ou qu’il me soudoie pour manger des bonbons avant 8h00 le matin, je sais que c’est ma faute. 1 + 1 = 2.

Je suis coupable de ne pas avoir allaité mon enfant. Je n’ai pas de seins et le peu que j’ai n’a jamais rien contenu. J’ai essayé d’allaiter pendant 48 heures. Semblerait-il que si j’avais persévéré et que j’avais attendu la fameuse montée laiteuse au lieu de me plaindre sur mon sort après deux nuits sans sommeil à me faire tripoter l’utérus par une infirmière qui tentait de me vider de mon sang tout en me promenant comme un zombie de Walking Dead avec ma cicatrice de césarienne, ça aurait pu marcher. Il faut croire que je n’étais pas un modèle de persévérance. Aujourd’hui, mon enfant de 4 ans, qui fréquente un CPE plein de bébés qui mettent tout ce qui leur passe sous le nez dans leur bouche, enchaîne les grippes et les gastros. Il n’a pas les anticorps d’un enfant nourri au sein, c’est pour ça.

Je suis aussi coupable de lui avoir donné de la nourriture solide avant 6 mois. Il en avait 3, il pleurait. Le jour, la nuit, tout le temps. Et moi, je ne dormais plus. Ni le jour, ni la nuit, ni jamais. À cette époque lointaine il y a 4 ans, le Mieux-Vivre, cette bible ultime, annonçait clairement qu’il ne fallait pas donner de nourriture solide avant 6 mois sous peine de diverticulite. La face de l’infirmière est descendue tellement bas quand je lui ai dit que mon fils de 3 mois mangeait des céréales que son menton balayait le plancher. « Madame, il est beaucoup trop tôt pour les céréales. » Maintenant, on la « le droit » de commencer la nourriture solide à 3 mois je pense… mais bon, je suis quand même coupable. En 2012, ce que je faisais, c’était mal.

Aujourd’hui, je suis coupable de lui donner de la nourriture en canne et des repas préparés d’avance, des fois, un mardi soir, quand j’ai la tête dans le derrière ou que je suis restée pris dans le trafic en revenant de travailler. Avec des gras trans pis du mauvais sucre là, toute le kitt. Je suis aussi coupable de négliger certains groupes alimentaires; des fois, mon enfant ne mange pas 48 portions de fruits et légumes dans sa journée. En plus, chez nous, on mange du pain blanc. Il va sûrement devenir obèse. Ou diabétique. C’est ma faute.

Je suis coupable d’attendre régulièrement les siestes. Oui, j’adore mon garçon. Mais des fois, je suis fatiguée. Parce que je suis stressée par le travail. Parce que j’ai moins bien dormi. D’autres fois, ben j’ai juste envie de lire un livre dans le silence avec une tasse de thé encore chaud, pour rien, juste parce que c’est ça qui me ferait plaisir. Ça fait que ça arrive que j’aie hâte à la sieste. Et pendant que j’ai hâte à la sieste, je ne profite pas de ce moment de bonheur en famille qui ne repassera plus jamais. Ça fait que je suis coupable. Et je me sens coupable.

Le problème, c’est que souvent des fois, je n’ai pas envie de jouer. Les camions pis les jeux de Spiderman, ça ne m’allume pas tellement. Je suis de même t’sais. Je l’aime mon gars, mais je suis une fille. De 30 ans. Après 5 minutes, je ne sais plus ce qu’il est supposé dire, Spiderman, et je trouve que 18 courses gagnées par le p’tit char rouge, c’est ben en masse. Pis les jeux vidéo, ben je trouve que c’est un maudit bel échappatoire pour penser à ma vie, parcourir mon fil d’actualité Facebook ou faire du lavage. Je ne suis sûrement pas assez dévouée au bonheur de mon fils. Que je me le tienne pour dit, si mon fils ne s’épanouit pas comme il le devrait, ce sera dû au fait que je n’ai pas passé assez de temps à faire des batailles de Ninjago.

Ça fait que c’est ça, tout est ma faute. Je sais que ça ne suffit pas que je l’aime gros comme un arc-en-ciel, que je lui cuisine des Kraft Dinner comme il les aime, que je le prenne dans mes bras pour l’embrasser dans le cou, que je lui chante la reine des neiges avant le dodo, que je le borde, que je le console quand il se mord la langue et que je l’aide à mettre ses bas « pour ne pas qu’il y ait de petites bosses ».

Mais étrangement, ça semble lui suffire, à lui, toutes les fois qu’il me dit « Je t’aime » en sautillant autour de moi, les yeux pétillants de bonheur. Et dans ma grande culpabilité, j’ose croire que je suis coupable de ça aussi.

Et vous, de quoi êtes-vous coupables ?

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Une réflexion sur “Je m’appelle Maman et je suis coupable

  1. Marianne Caron Répondre

    hahaha très bon, très juste! dieu que l’on se met beaucoup de pression les mamans et dieu que tout le monde qui nous regarde de haut semble toujours tellement plus parfait que nous avec leur enfants!…

    Je ne suis pas un terrain de jeux mais une maman, et une personne à part entière!
    Bravo!

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