SPM

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Messieurs,

Soyez informés que ce flot d’émotions qui déferle sur vous dans une plainte, un grand cri, un visage larmoyant ou une face de carême est une gracieuseté de mes hormones. Ce n’est pas une justification. C’est la réalité. Et vous n’y pouvez rien. Vous pouvez jeter de l’huile sur le feu mais vous ne pouvez en aucun cas l’éteindre. Mais pire encore. Vous devez agir comme s’il n’y avait pas de feu.

Vous avez la cruelle impression d’être victime de mon air bête ? Plate pour vous. Moi, j’ai l’impression d’être possédée et de constater à retardement, sans aucune emprise, que j’ai pas d’allure. Avec, pour tout réconfort, l’impression de me vider de mon sang comme un porc saigné à blanc en me tortillant de douleur sous l’effet de crampes abdominales qui irradient jusque dans le milieu de mon dos comme des coups de gong ne pouvant être soulagés que par un bain chaud dans lequel je souhaite ratatiner et disparaître pour toujours

Les règles, chez nous, ça dure huit jours. Semblerait-il que c’est le maximum possible. Ça aurait l’air que certaines femmes s’en clairent en quatre. Je ne les connais pas, ces femmes-là. Mais quand j’entame mon cinquantième tampon, je pense fort fort à elles et j’ai envie de taper fort fort dans le mur. Pour me venger, j’envoie mon applicateur en plastique dans la toilette. Ça me soulage. Jusqu’à ce que la toilette bouche ou que j’y pense, une semaine plus tard, et que je me sente responsable du débalancement de l’écosystème et du réchauffement de la planète. Parce que je le suis. Pensez-y. J’ai 32 ans. Je suis menstruée depuis 20 ans. J’ai vécu 240 périodes pendant lesquelles j’ai utilisé 8400 tampons et 8400 applicateurs. J’ai jeté au moins 1000 applicateurs en plastique dans la toilette par vengeance et je n’en ai recyclé aucun (ark).

Mais au-delà de la fonte de la calotte polaire, ce que vous devez principalement retenir, c’est que je me suis fait chier dans la souffrance 1680 jours. Et qu’il en reste plus ou moins 1680 avant que ça finisse et que je me tape la ménopause à bouffer des hormones pour mieux vivre et virer cramoisie chaque fois que j’ai une ostie de bouffée de chaleur.

Qu’on se comprenne bien, tout ça ne justifie pas mon humeur. Mais je crains que ça y contribue. Ça fait que vos commentaires sur mon air bête ne sont pas les bienvenus. Et « Bon, t’es encore patchée ? » sur un ton de reproche est on ne peut plus inapproprié et devrait vraiment être rayé de votre vocabulaire jusqu’à la fin des temps. Je suis patchée, c’est ma réalité et mon calvaire 8 jours par mois, 12 fois par année. Votre fatalité à vous, c’est d’apprendre à vivre avec. J’ai beau revirer ça dans tous les sens possibles et inimaginables, vous me semblez pas mal gagnants.

Pensez-y la prochaine fois que vous pourrez établir une corrélation entre le contenu de la poubelle et la face de votre blonde. Et si la poubelle est vide, rappelez-vous qu’elle a peut-être jeté son applicateur en plastique dans la toilette auquel cas vous devriez redoubler d’empathie.

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