La légèreté de l’être (1 de 3)

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Lydia Brooks/flickr.com

 

Ce matin, je me suis levée avec la franche envie de rester couchée pour la vie. Je m’étais couchée trop tard, j’avais bu trop de vin la veille, on était trop lundi matin, c’était trop l’hiver et j’entendais trop le vent claquer contre la fenêtre. Le rideau étant tiré, j’ignorais s’il neigeait mais le thermostat qui travaillait fort pour conserver ses 20 degrés Celsius m’indiquait qu’il devait faire beaucoup trop froid pour envisager une quelconque sortie toutefois inévitable.

Je rabattis la couette sur mes cuisses et le mince sentiment de bien-être qui persistait encore au-delà de cette triste réalité matinale mis les voiles. Ainsi privée de toute trace de sérénité, je me résignai à me lever. Je couru littéralement jusqu’à la douche que je dus faire couler un bon 3 minutes en patientant, toute nue, en pestant contre l’eau chaude qui ne venait pas et la vie en général. L’effet bénéfique mais éphémère de l’eau fumante sur mon corps fût totalement anéanti par la bourrasque de froid qui me transit de déplaisir et de démotivation lorsque j’ouvris la porte de la douche.

Coquette, je procédai à une période d’essais vestimentaires audacieux et peu concluants d’une quinzaine de minutes avant de réaliser que j’étais en retard et d’opter pour le vieux kitt avec lequel je finissais toujours, inlassablement, même si j’en étais pourtant particulièrement lassée.

Je me fis un café et constatai à regret que je m’étais fait le coup de la crème qui consiste à laisser la pinte vide dans le réfrigérateur, m’induisant ainsi brillamment en erreur et me laissant croire que je n’avais pas besoin d’en acheter. Après avoir perdu plus ou moins dix minutes à nous trouver moches, moi et mon café avec du lait écrémé, je dus me résigner à m’habiller pour sortir affronter notre glacial mais oh combien féérique hiver.

Trois couches de vêtements, un foulard et une tuque pour écraser mon brushing et une paire de bottes rongée par le calcium plus tard, j’ouvris la porte et ne pus réprimer un « Câlisse » bien senti alors qu’une rafale de vent me fis avaler de travers. Une fois devant la voiture, je constatai que celle-ci était recouverte d’une épaisse et féérique couche de neige malgré le vent qui aurait facilement pu la clairer s’il avait été de bonne foi. Je réalisai alors que j’avais laissé mes gants dans la voiture comme je le faisais systématiquement et imbécilement chaque soir. J’utilisai donc la manche de mon beau manteau de travail beige pour en enlever une couche et ainsi éviter que celle-ci s’invite sur la banquette de la voiture. Évidemment, je n’avais pas pu faire nettoyer la voiture depuis 1994 comme il fait moins trente de façon permanente et c’est avec une grande joie que je constatai une grande trace de marde brune sur ma manche.

Cette salissante manœuvre me permit toutefois d’intégrer la voiture et de démarrer le moteur. Je ressortis à regret pour déneiger mon véhicule en constatant toutefois que ma technique, que j’exerçais et améliorais pourtant depuis des années, laissait dramatiquement à désirer. C’est ainsi que je déblayai la fenêtre arrière avant de déblayer le toit et que je fis le tour de la voiture au moins trois fois afin de terminer le travail pour une raison qui m’échappe.

Lorsque je réintégrai la voiture, les doigts bien gelés sous mes beaux gants magiques, je constatai, la mort dans l’âme, que le pare-brise était glacé de l’intérieur et qu’il ne me restait plus qu’à attendre que la fenêtre dégèle dans un avenir plus ou moins rapproché. Ne me laissant pas abattre je décidai d’écouter un peu de musique. Malheureusement, le bluetooth de ma voiture n’appréciait clairement pas la dernière version d’IOS. Je dus fermer et rouvrir mon téléphone trois fois, désactiver le bluetooth de la voiture deux fois, tourner sur moi-même et flatter mon ventre en tapant ma tête pour que la radio se décide finalement à le prendre en charge. Ce manège plutôt crissant donna toutefois le temps à la fenêtre de dégeler et c’est avec un enthousiasme débordant que je quittai le stationnement 20 minutes plus tard.

Je dus me contenir de répandre toute ma bonne humeur quelques secondes plus tard lorsque l’anti patinage de la voiture, que j’oubliais toujours de désactiver, me freina drastiquement sur une plaque de glace, au grand dam d’une crotte de nez pressée et de bonne humeur comme moi qui se mit à klaxonner, les bras dans les airs, derrière moi. « Va chier esti » pensai-je zennement. Lorsque je rejoignis l’autoroute quelques minutes plus tard, je constatai que le parechoc à parechoc semblait être un style de vie à adopter pour être dans le moule. 40 minutes et 4 sorties d’autoroutes plus tard j’arrivai finalement au travail. À ma grande joie, j’aperçu le déneigeur qui grattait mon stationnement avec trois quart d’heures de retard et je dus faire 5 ou 6 tours de bloc en restant pris dans la neige deux fois avant de pouvoir intégrer mon parking.

Lorsque je sortis de la voiture, une nouvelle rafale de vent m’empêcha à nouveau de respirer mais pas de sacrer parce qu’au Québec, on la capacité de sacrer même dans le vent à moins quarante et je souris en constatant que le vent m’aurait sans doute décoiffée si je n’avais déjà la tête complètement aplatie par mon couvre-chef. C’est donc le manteau plein de marde, les cheveux plats avec mon vieux look, mon humeur de calvaire et ma grande légèreté de l’être que j’ouvris la porte du bureau pour affronter cette journée prometteuse.


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